Maman

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(c) May et son si joli kit à thé pour la fête des mères

Je fais souvent le contraire de ce qu’elle me conseille. Elle est la personne la plus courageuse que je connaisse, et celle aussi qui croit plus que tout en la bonté humaine et en est l’incarnation même. Evidemment, c’est la plus belle. Et la plus gentille (et je ne dis pas ça parce que c’est ma maman, mais parce que c’est vrai), elle est toujours là pour les autres et notamment pour les gens qu’elle aime. Un simple « ça va aller » me remet sur les rails et j’aimerais la protéger de tous ceux qui seraient tenter d’abuser de sa gentillesse, ceux qui quand on leur donne la main voudrait le bras. Elle est ma première fan et souvent, ma première lectrice et celle qui me dit, que je devrais être écrivaine (et si elle le dit, c’est que c’est vrai). J’ai hérité de toutes ses expressions, et des fois les gens me demandent d’où elles viennent. Ma maman et ses expressions imagées, ma maman et ses cheveux blonds et moi, mes cheveux bruns. J’ai aussi hérité de son caractère de cochon, elle ne dirait pas que c’est vrai mais je crois que si je suis aussi têtue, c’est qu’il y a une bonne raison. Elle est toujours là quand je pars et des fois c’est elle qui me pousse un peu, qui me donne de l’élan parce que j’ai un peu peur et qu’elle croit en moi un peu plus que tout le monde réunit et si elle sait que je peux le faire, alors elle a raison. Oui, parce qu’évidemment elle a tout le temps raison (à part quand c’est moi qui ait raison). Elle n’est plus là pour me coudre des écussons quand je tombe (je crois d’ailleurs qu’elle l’a rarement fait parce que les jeans troués c’est la vie et que j’aimais un peu trop faire des cascades et rouler droit vers le seul arbre du parc en vélo), mais elle est toujours là pour me relever, m’écouter. Elle m’a toujours fait relativiser aussi, il y a toujours pire que nous, comme il y a toujours mieux. Je crois qu’elle m’a mis une gifle. Une seule. Dont je me rappellerai longtemps et elle aussi. Il n’y a qu’avec elle, je dirais, que je suis vraiment moi, je suis au summum de ma bêtise, au summum de ma folie, de mon humour. Je chante beaucoup de chansons niaises et je fais des blagues pas drôles, qui souvent ne font rire que moi mais vu que c’est pas drôle, elle rigole aussi. Ma maman elle sait tout mais elle vous dira rien.

Ma maman, elle, par contre, fait des blagues très drôles, et tant pis si tout le monde ne les comprend pas. Elle crie devant le sport et les films d’action, ou elle se cache les yeux comme moi et on finit par changer de chaîne. On pleure aussi ensemble devant les scènes tristes et elle dit toujours au monsieur du film, de faire attention derrière lui, et il se peut qu’elle hurle la réponse aux candidats qui se trompent. Je la skype pour lui montrer que ma cheville a enflé ou que je me suis coupé le doigt, c’est mon SOS docteur personnel même si elle rigole beaucoup, parce quand c’est à distance, elle ne peut pas faire grand chose.

Elle n’est peut être pas celle qui me dit de boire de l’eau citronnée le matin ou de d’arrêter de manger tous ces bonbons, au contraire c’est celle qui me pousse à cuisiner des meringues parce que « les tiennes sont les meilleures » (si elle le dit, c’est que c’est vrai), et c’est elle avec qui je mange des bonbons sur le canapé devant la série policière du soir (parce que ma maman elle adore les séries policières et que des fois, on pourrait presque refaire les dialogues à nous deux et deviner la fin. Il nous arrive de nous dire qu’on a loupé notre vocation). Ma maman, elle fait la meilleure blanquette de veau du monde, et elle sait pas vraiment dire Badminton, ni Google ou Ipod et tout pleins d’autres mots, que je lui demande sans cesse de les répéter juste pour rigoler, juste parce que ça me fait rire et elle aussi, et son rire c’est un peu mon plus cadeau.

De ma maman, j’ose croire que j’ai hérité un peu de sa force parce que c’est un peu la maman la plus forte du monde et si je pouvais être aussi forte qu’elle, même qu’un dixième alors je serais comblée. J’ai aussi héritée de sa façon de faire le pitre, parce quoi de mieux que d’imiter l’otarie ou le singe pour dérider l’atmosphère, et un peu de son accent du sud qu’elle prend des fois quand elle se met en colère, qui me fait donc pouffer de rire. Et oh oui, ses grands yeux bleus qui sont si beaux, et qui me valent tant de compliments, ils ne peuvent venir que d’elle pour qu’on me dise du bien (et même le serveur entre le plat et la carte du dessert).

Ma maman, j’aimerais qu’elle ait autant confiance en elle, qu’elle a en moi. Qu’elle s’accorde ce même amour qu’elle m’offre et qu’elle soit fière d’elle comme elle l’est de moi. Ma maman, elle dit tout le temps qu’elle kiffe, et en fait, c’est moi qui la kiffe grave, même plus que grave, to the moon and back (and more more and more).

Bonne fête maman ❤

Partir faire du volontariat, oui mais bien !

Le volontourisme

Le volontariat existe depuis longtemps, mais au début cela était géré par des associations, comme Peace Corps, qui s’occupaient en priorité de répondre aux besoins des pays en développement par l’envoi de volontaires formés et qualifiés pour de longue durée. Cependant ces dernières années, il s’est développé le volontourisme qui est le fait de permettre aux gens de faire du tourisme tout en venant en aide aux populations locales. En conséquence, le volontariat s’est monétarisé. C’est alors un phénomène largement décrié dans le milieu du développement international.

Faire du volontariat quand on voyage, NON !

  • Payer pour aider

Le volontourisme est décrié car il monétarise le développement international et le volontariat qui est à l’origine à but non lucratif. Des associations dites de volontariat recherchent alors des personnes pour partir dans les pays du sud pour aller donner un coup de main. Cependant, ces organisations font payer des personnes désireuses de partir, ces coûts varient selon les organismes, mais c’est quelque chose qui n’est pas cohérent avec le principe même du volontariat. Pour aider, on ne devrait pas avoir à payer. Ces entreprises commerciales reprennent le concept de l’humanitaire pour en faire un business. Peu de l’argent perçu par l’organisme sera alors reversé à l’établissement d’accueil. Ces organismes font donc de l’argent sur le dos des bons sentiments car les gens qui veulent partir sont en général pleins de bonnes intentions et sont dans une démarche fondamentalement bonne. Et puis en y réfléchissant, si l’on vous demande de payer pour faire du volontariat dans un orphelinat ou une école, ces organisations en encaissant votre argent ne profitent-elles pas de la situation de ces enfants pour faire du profit ? Ne font-elles pas du profit sur le dos de ces enfants ?

  • Et l’éthique alors ?

Cela pose aussi des problèmes éthiques. La misère, la pauvreté et les pays du sud deviennent alors des parcs d’attractions, et souvent les missions se font selon ce qui est vendeur, selon le souhait des volontaires, et ce qui marchera le plus auprès d’eux ; et non selon les besoins du pays d’accueil. Il existe des tas d’exemples de choses faites (murs, puits, etc) par des volontaires, non acceptés par la communauté locale, et reconstruits par la suite ou laissés à l’abandon.

De même, dans certains pays, cela installe la politique de l’assistanat qui veut qu’un gouvernement délègue ses responsabilités souvent en matière d’éducation ou de prise en charge de l’enfance à la société civile (aka le milieu associatif et le milieu de l’aide internationale) et n’y fait pas face car il sait que des ONG feront le travail à sa place via des envois de volontaires. Au Cambodge par exemple, des orphelinats sont montés de toute pièce pour accueillir des volontaires et alors recevoir de l’argent de l’entreprise et du gouvernement, alors qu’il n’y a pas le besoin de créer d’orphelinat. Des enfants sont donc dits orphelins alors qu’ils ont des parents vivants. 74% des enfants dans les orphelinats au Cambodge ne sont pas des orphelins, ce chiffre parle de lui-même, non ? ou encore 3/4 enfants dans les orphelinats au Cambodge ont un ou leur deux parents vivants, selon l’UNICEF.

En lien avec la politique d’assistanat, est l’impact sur l’économie locale. Ne vaudrait-il pas mieux engager un professeur localement et l’aider à améliorer son niveau de langue avec un partenariat avec les pays du nord anglophones par exemple ? De même, les volontaires qui viennent construire, ne serait-il pas mieux qu’ils laissent leur place à des travailleurs locaux qualifiés ?

  • Le blanc, ce sauveur

Cela pose aussi le problème des habitants des pays du nord venant en aide aux habitants des pays du sud, dans une optique de sauver le monde, de leur apprendre ce qu’ils ne savent pas, de leur montrer comment on fait, et comment on le fait mieux qu’eux, de leur inculquer des valeurs qui ne sont pas les leurs, et un mode de vie occidental qui n’est pas le leur. Souvent le volontaire peu préparé se trouve et se place dans le rôle du sauveur. Soigner un bobo à l’aide d’un pansement vous fait passer pour un médecin aux yeux de tous alors que vous n’en avez pas la compétence. Il y a cette idée de mieux faire. On parle alors de nouvelle forme de colonialisme ou alors d’une forme d’aide extrêmement condescendante.

  • L’humanitaire est un métier

D’autre part, cela entraine la déprofessionnalisation du secteur humanitaire. Pour aider il ne suffit pas de vouloir aider. Il faut aussi les qualifications et les capacités pour. L’humanitaire est un métier. On a souvent pour la plupart un bac +5 et des années d’expériences sur le terrain. C’est souvent soulevé lors des catastrophes naturelles où les gens veulent juste enfiler leurs baskets et aller donner un coup de main pour enlever les gravats – sauf que ces personnes sont une charge en plus à gérer pour les professionnels sur le terrain. Ils sont sous leur responsabilité et il faut les garder en sécurité, les nourrir, les abriter alors que ces professionnels ont bien souvent plus important à faire. On ne cesse de répéter que dans ce genre de situation, il est mieux d’apporter son aide depuis chez soi, par des dons d’argent mais aussi de matériels de première nécessité.

Envoyer des touristes sur le terrain sans qu’ils aient de compétences ni de qualifications, et sans connaissance du contexte socio-politique et géopolitique, décrédibilise souvent l’action des organisations internationales et les ONG. Souvent cela ne sert pas non plus la population. Tout comme cela ne sert pas aux enfants d’apprendre toutes les trois semaines l’alphabet, ou l’heure, ou la célèbre « head shoulder knees and toes ». Vous auriez aimé vous à l’école changer de professeur toutes les trois semaines ?

  • La pérennité

Un autre avis soulevé par les « humanitaires » est le fait que pour une action durable et efficace, il faut une action qui s’inscrive sur le long terme. Un volontariat de quelques semaines, voire quelques mois ne suffit pas. Certains parlent d’actions « cosmétiques » qui n’ont pas un réel impact sur la vie des populations locales mais qui existent pour faire venir les volontaires, cela rejoint le point sur le commerce de l’humanitaire. Il a été demandé aussi si le volontourisme ne serait pas un des maux de notre société, cette société qui veut tout faire et vite. Sauf que dans le développement, il faut du temps, et beaucoup de temps.

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Volontariat avec des enfants, NON NON et NON !

Il est important d’insister sur les missions de volontourisme avec des enfants, car ce sont la majorité des volontariats représentés. Qui ne connait pas quelqu’un qui est allé donner des cours de langue dans un pays en développement, ou faire de l’animation dans un orphelinat ?

C’est alors là que le volontourisme porte le plus préjudice.

Les enfants souvent sont des enfants en difficulté, venant de milieux difficiles ou pauvres avec une histoire souvent lourde. Avoir un volontaire auquel ils s’attachent pour quelques semaines, et qui repart, impacte négativement leur développement avec notamment des troubles émotionnels. Des études de l’UNICEF montrent le préjudice moral qui pèse ensuite sur ces enfants. Malheureusement aussi, quand cela touche aux enfants, on peut voir le pire comme le meilleur, je parlais de faux orphelinats créés, de structures non enregistrées qui encouragent la corruption, la traite d’enfants, mais il existe aussi tous les problèmes relatifs aux abus sexuels sur ces enfants. Aucun backup n’est fait sur les volontaires, on ne leur demande pas de preuves concernant leur casier judiciaire.

« Si tu étais un prof sans compétence chez toi en Angleterre ou en France, est-ce qu’on te laisserait débarquer dans une école et commencer à enseigner à une classe pendant deux semaines ? »

Je reviens aussi sur la problématique du volontariat en tant que professeur. Comme cité plus haut, souvent les volontaires s’engagent sur une courte durée, allant de quelques jours à quelques semaines, voire quelques mois. Il existe, il est vrai, un réel manque d’enseignants dans beaucoup de zones rurales de pays en développement (comme des pays développés) et notamment de langues étrangères (l’anglais devient nécessaire en Asie du Sud Est par exemple avec l’expansion du tourisme et l’ouverture des frontières souhaitée par l’ASEAN). Cependant, un volontaire qui vient trois semaines, et refait le programme déjà fait par un précédent volontaire, est-ce vraiment utile ? Il existe souvent peu de coordination entre les nouveaux arrivants et ceux qui partent. C’est aussi le risque que ces enfants aient un professeur d’anglais pour trois mois et après plus rien, jusqu’à la fin de l’année, chose que vous n’auriez pas toléré lors de vos études, ni vos parents et que vous ne tolérerez pas avec vos enfants. Alors pourquoi le tolérer dans les pays en développement ? sous prétexte qu’eux sont plus démunis que vous ? (et là, encore je ne m’étalerai pas sur la question qui est tout à fait relative, ces pays et leurs habitants regorgent de richesses que peu voient du fait qu’ils cherchent les richesses qu’ils connaissent).

De même, accepteriez-vous qu’un professeur non qualifié vienne enseigner à vos enfants ? Quelqu’un à qui on demande seulement un niveau B1 en anglais (niveau début de lycée) quand on sait qu’en France pour enseigner, il faut minimum un master ?

Le volontourisme, une démarche altruiste ou égoïste ?

« Faire du volontourisme, c’est une contradiction bizarre entre de l’égoïsme et de l’altruisme »

Certainement un peu des deux.

Une des premières critiques qui a été faite au volontourisme était les motivations des touristes. Tout d’abord concernant la destination mais aussi les activités à faire. Comme dit précédemment, les « tours opérateurs (aka organisations dites de volontariat) construisent les missions dites humanitaires sur les envies du volontaire et sur les destinations phares du moment – qui n’aimerait pas en profiter pour visiter Bali en même temps, ou les Bahamas, ou le Cambodge, et puis les Philippines c’est aussi drôlement joli – et non sur les besoins du terrain, de l’organisme d’accueil. Quand on parle avec de jeunes volontaires, on entend  beaucoup que c’est un devoir d’aider car ils sont plus chanceux, ils se sentent redevables d’avoir pu aller à l’école par exemple. J’ai déjà lu, « les enfants ont la chance de t’avoir » ou « c’est super pour les enfants ». L’idée est dérangeante. La question à se poser en premier est de savoir si une aide est vraiment demandée, et si oui quelle type d’aide et puis comment aider.

Le volontourisme s’est développé car il ne semble plus suffisant maintenant d’être un simple touriste. Avec la circulation de l’information et le développement d’internet, la misère, la pauvreté de ces populations pourtant lointaines sautent aux yeux et les gens, notamment les plus jeunes, veulent faire quelque chose. L’idée est très bonne, les intentions sont louables. Mais je crois qu’il est important de se concentrer sur ce quelque chose, pour que ce quelque chose ait le plus d’impact et soit le plus sain possible, pour soi-même et pour ceux à qui on veut venir en aide.

Cela reste une question ouverte et très complexe, et je trouve important de la poser là, pour ceux qui sont déjà partis mais aussi pour ceux qui souhaitent partir.

1c2a1edb3e58c35fddc3ccbd7c4e9e8bFaire du volontariat, non. S’engager, oui !

C’est peut-être moins glorifiant mais regardez à côté de chez vous, engagez-vous dans des associations qui vous tiennent à coeur, faites-y du volontariat régulièrement, votez, faites du lobbying, aidez dans les activités de plaidoyer, faites des dons à de « bonnes » ONG, faites du volontariat régulièrement chez vous.

Ne vous engagez pas pour trois jours, une semaine, un mois. Si vous voulez vraiment faire du volontariait, faites-le à long terme, et avec une association reconnue, une à qui vous faites des dons depuis longtemps, mais pas la première venue parce que tu comprends, faut que je fasse ma BA pour l’année 2016.

Il existe des systèmes de volontariat reconnus, comme le Volontariat de Solidarité Internationale (VSI), le Service Civique, le Service Civique Européen, les Congés de Solidarité, les Volontaires des Nations Unies, les Volontariat en Entreprise (VIE) ou en Administration (VIA), etc. Beaucoup d’ONG recherchent aussi des bénévoles pour aller rendre visite à des enfants à l’hôpital, pour aider avec les migrants, pour passer du temps avec des animaux, etc.

Avec toutes ces activités, vous avez plus de chance d’avoir un impact qu’en trois semaines sur le terrain, et surtout vous ne prenez pas le risque de faire plus de mal que de bien.

Et puis, si vraiment vous êtes un peu trop têtu, une des premières règles à suivre, c’est de ne pas payer. Rien du tout. Du moment où l’on vous le demande, alors vous tombez dans la machine commerciale du volontourisme.

Une autre des règles d’or est de ne tout simplement pas faire de volontariat avec les enfants. N’allez pas vous présenter dans toutes les écoles, orphelinats que vous rencontrez sur votre chemin pour toutes les raisons sus-mentionnées. Un enfant n’est pas un jouet ou une marionnette, une école ou un orphelinat n’est pas un musée. On ne vient pas visiter votre maison et vous demander si on peut donner un coup de main pour le ménage. Vous imaginez un tourisme japonais vous demander de garder vos enfants parce que, vous comprenez il faut que je me sente utile en plus de voyager ? Vous auriez accepté cette situation pour votre petit-e frère, soeur ?

« Pourquoi existe t-il cette conscience dans l’industrie du tourisme qu’il est acceptable de le faire dans un autre pays (alors que cela ne l’est pas dans le sien) ? »

Children-are-not-tourist-attraction-banner *Toutes les citations sont tirées du film, The Voluntourist de Chloé Sanguinetti 

Les phrases trop entendues quand tu vis à l’étranger


« Non mais toi, tu n’es pas très famille de toute façon »

C’est la phrase clichée que j’ai entendu pour la première fois au Cambodge et depuis, j’ai l’impression qu’on me la dit assez souvent. On me l’a dit plusieurs fois, on l’a aussi affirmé pour moi, ou alors on me l’a laissé deviner « Non mais moi, je suis très famille », est-ce que cela sous entend que je ne le suis pas ? Parce que je ne suis pas rentrée à Noël dernier ? Parce que je n’étais pas là pour l’anniversaire de ma maman ? Parce que je ne vois pas les bouts de chou grandir ? Parce qu’on se parle par écrans interposés? Je ne suis donc pas famille parce que je vis à plusieurs milliers de kilomètres ? Parce que ce n’est pas parce que je ne suis pas rentrée à Noël, que je ne vis pas à 10 min de chez mes parents que je ne les aime pas autant que ceux qui ne partent pas, que je ne tiens pas à eux autant? Et depuis quand de toute façon c’est devenu un concours d’aimer les gens ? Depuis quand je me dois de justifier que j’aime ma maman plus que tout au monde, et que mes neveux sont les prunelles de mes yeux ? Depuis quand je dois remporter ce concours d’amour encore plus que les autres parce que je suis à l’étranger ?

«  Et tes amis en France ? »

On ne me l’a jamais fait ressentir, je crois que mes ami(e)s comprennent et me soutiennent dans le choix de vie que j’ai fait. Certains se sont éloignés, d’autres oublient que je suis rentrée. Ils oublient de me mettre dans la boucle des emails, ils oublient de m’ajouter à une conversation groupée parce que même quand j’étais en France, j’étais loin. Et puis d’autres, viennent me voir, m’envoient des sms, des emails, prennent des rendez-vous skype. Je loupe leurs anniversaires, je loupe les fêtes surprise, j’envoie un whatsapp rempli de coeur, et je culpabilise. Je suis une mauvaise amie parce que je suis loin, parce qu’on a 5h de décalage, parce qu’on ne peut pas vraiment m’appeler instantanément quand quelque chose va mal. Je suis une mauvaise amie qui essaye de ne pas oublier les anniversaires mais se laisse piéger par le décalage horaire. Jamais ils ne me l’ont dit, je ne sais pas s’ils le pensent. Mais quand on me dit, « Je ne veux pas être loin de la région pour revenir aux anniversaires », je me dis mince, je ne suis jamais là, moi pour les anniversaires. Je fête les miens avec des étrangers, des gens avec qui peut-être dans 5 ans je n’aurai plus de contact, et je ne suis pas là pour ceux de mes amis.

« Mais t’es tout le temps en vacances ? »

C’est aussi un cliché sur ceux qui vivent à l’étranger. On est toujours en vacances parce qu’on part dans des destinations qui paraissent exotiques, vivre et en vacances. Parce que souvent il fait tout le temps beau. Il faut savoir qu’au Cambodge, il y a 26 jours fériés, j’ai pu y ajouter mes heures supplémentaires, et mes vacances comme tout salarié de droit francais. Je suis donc partie dans trois pays différents que celui dans lequel j’ai habité et j’ai aussi presque visité en long, en large et en travers le Cambodge. Cependant, oui j’ai des vacances mais non je ne suis pas tout le temps en vacances. Par contre, oui en général il fait beau et j’ai pu aller le midi manger au bord de la piscine, la plage n’est qu’à 4h et j’ai vécu en jupes et sandales toute l’année. Cela ne fait cependant pas de moi quelqu’un en vacances 365 jours par an. Je travaillais dans un bureau où je vois peu la lumière du jour, je travaillais plus que je n’ai eu de pause au bord de la piscine dans la journée (normal, me direz-vous).

« Ah mais tu dois être riche »

On rejoint le point précédent. Vivre à l’étranger a un coût et pour certains, cela signifie que si on peut se le permettre, on a de l’argent (encore plus, si c’est en famille, avec la scolarité des enfants, etc.) Evidemment aussi comme je voyage, je suis riche et puis je vais au restaurant trois fois par semaines, et puis je fais du Pilates et je me fais faire des chaussure sur mesure. Sauf que non, voyager ne veut pas dire être riche, voyager peut aussi vouloir dire économiser, mettre de côté pour un voyage et faire des choix sur d’autres choses. Déjà pour moi être riche est tout un concept, qu’est-ce qu’être riche ? Une personne n’est-elle pas plus facilement aisée que riche ? Et puis, on revient aussi au coût de la vie qui au Cambodge était, vraiment moindre que celui en France, et donc oui manger au restaurant deux fois par semaine ne coûte pas un bras, et faire des chaussures sur mesure en cuir ne coûte pas plus cher que la paire achetée à Zara ou les 40 000 tongs qu’on aura acheter en un an car abîmée avec la chaleur, la route, etc. Je pense que tout est relatif et que tout est une question de priorité. Il y a aussi la proximité, il est plus facile pour quelqu’un vivant aux Etats Unis, d’y faire des road trip, comme pour quelqu’un en Australie d’aller à Bali et pour quelqu’un vivant au Cambodge d’aller en Thaïlande « facilement ».

« J’espère que tu es entouré(e) »

Je l’ai souvent lu, et il y a eu cette discussion où on se demandait s’il était plus facile de se faire des amis dans une ville inconnu à l’autre bout du monde ou dans une ville inconnue en France. Je n’ai pas la réponse. Je n’étais pas seule là-bas, je ne suis pas seule quand je rentre en France. Mes amis sont éparpillés comme moi je suis éparpillée. Je rentre, je repars, je reviens. Je fais, je défais et je refais des valises. J’ai mes moments seules parce que je sais être seule avec moi-même, parce que je veux et j’ai besoin de ces moments, pour réfléchir, pour écrire, pour avoir le nez en l’air. Mais j’ai des soirées, des restaurants, des verres à aller boire, des séances cinéma à domicile, des brunchs, des massages à plusieurs ou seule, ce QG seule ou à plusieurs, je pars en vacances seule ou à plusieurs. On se fait des amis comme on se fait des amis en France. Cependant, je crois qu’effectivement l’expatriation, des fois, pousse à connaitre des gens qu’on aurait peut-être pas forcément côtoyer en France, à créer des liens plus vite aussi peut-être.

« Tu as l’électricité – internet – de l’eau potable ? » (rayée la mention inutile) / « Tu portes des sacs de riz ? »

Celle-là est spécifique pour les gens qui travaillent dans le développement international. Il y a une sacrée différence entre développement international et l’humanitaire (là où on pourrait croiser des gens qui portent des sacs de riz et encore !) et puis travailler dans le développement international ne veut pas forcément dire vivre en pleine brousse avec pas d’eau, ni d’électricité sous une moustiquaire à cause des milliers de moustiques et en compagnie des rats (même si cela peut arriver). Ne se laver qu’une fois par semaine et porter des petits enfants sur son dos. Ou encore être une hippie qui veut aider les autres. Je vous laisse regarder cette vidéo.

« Tu es payée ? »

Celle-là, je l’ai entendu pas mal de fois. Je pense qu’elle va avec le cliché typique du travailleur humanitaire qui porte des sacs de riz et dort dans une hutte en pleine brousse sans eau et électricité avec une barbe (pour les garçons de 10 mois). Mais oui, je suis payée, parce que le développement international/humanitaire est un champs/domaine de métier. Je ne suis pas « humanitaire » mais je peux être logisticienne, coordinatrice de projet, chef de mission, ingénieur, comptable, chargé de protection et j’en passe, et ce sont des métiers. Depuis quelques années, on parle de plus en plus de la professionnalisation de l’humanitaire, car il existe de plus en plus de diplômes, donc oui comme mes copains ingénieurs, j’ai un bac +5 (et je pourrais même être juriste ou passer le barreau si je le voulais) et donc oui je peux prétendre aux mêmes salaires que mes copains ingénieurs.

Et vous des questions qui vous agacent ? Ou des questions à poser ?