Les phrases trop entendues quand tu vis à l’étranger


« Non mais toi, tu n’es pas très famille de toute façon »

C’est la phrase clichée que j’ai entendu pour la première fois au Cambodge et depuis, j’ai l’impression qu’on me la dit assez souvent. On me l’a dit plusieurs fois, on l’a aussi affirmé pour moi, ou alors on me l’a laissé deviner « Non mais moi, je suis très famille », est-ce que cela sous entend que je ne le suis pas ? Parce que je ne suis pas rentrée à Noël dernier ? Parce que je n’étais pas là pour l’anniversaire de ma maman ? Parce que je ne vois pas les bouts de chou grandir ? Parce qu’on se parle par écrans interposés? Je ne suis donc pas famille parce que je vis à plusieurs milliers de kilomètres ? Parce que ce n’est pas parce que je ne suis pas rentrée à Noël, que je ne vis pas à 10 min de chez mes parents que je ne les aime pas autant que ceux qui ne partent pas, que je ne tiens pas à eux autant? Et depuis quand de toute façon c’est devenu un concours d’aimer les gens ? Depuis quand je me dois de justifier que j’aime ma maman plus que tout au monde, et que mes neveux sont les prunelles de mes yeux ? Depuis quand je dois remporter ce concours d’amour encore plus que les autres parce que je suis à l’étranger ?

«  Et tes amis en France ? »

On ne me l’a jamais fait ressentir, je crois que mes ami(e)s comprennent et me soutiennent dans le choix de vie que j’ai fait. Certains se sont éloignés, d’autres oublient que je suis rentrée. Ils oublient de me mettre dans la boucle des emails, ils oublient de m’ajouter à une conversation groupée parce que même quand j’étais en France, j’étais loin. Et puis d’autres, viennent me voir, m’envoient des sms, des emails, prennent des rendez-vous skype. Je loupe leurs anniversaires, je loupe les fêtes surprise, j’envoie un whatsapp rempli de coeur, et je culpabilise. Je suis une mauvaise amie parce que je suis loin, parce qu’on a 5h de décalage, parce qu’on ne peut pas vraiment m’appeler instantanément quand quelque chose va mal. Je suis une mauvaise amie qui essaye de ne pas oublier les anniversaires mais se laisse piéger par le décalage horaire. Jamais ils ne me l’ont dit, je ne sais pas s’ils le pensent. Mais quand on me dit, « Je ne veux pas être loin de la région pour revenir aux anniversaires », je me dis mince, je ne suis jamais là, moi pour les anniversaires. Je fête les miens avec des étrangers, des gens avec qui peut-être dans 5 ans je n’aurai plus de contact, et je ne suis pas là pour ceux de mes amis.

« Mais t’es tout le temps en vacances ? »

C’est aussi un cliché sur ceux qui vivent à l’étranger. On est toujours en vacances parce qu’on part dans des destinations qui paraissent exotiques, vivre et en vacances. Parce que souvent il fait tout le temps beau. Il faut savoir qu’au Cambodge, il y a 26 jours fériés, j’ai pu y ajouter mes heures supplémentaires, et mes vacances comme tout salarié de droit francais. Je suis donc partie dans trois pays différents que celui dans lequel j’ai habité et j’ai aussi presque visité en long, en large et en travers le Cambodge. Cependant, oui j’ai des vacances mais non je ne suis pas tout le temps en vacances. Par contre, oui en général il fait beau et j’ai pu aller le midi manger au bord de la piscine, la plage n’est qu’à 4h et j’ai vécu en jupes et sandales toute l’année. Cela ne fait cependant pas de moi quelqu’un en vacances 365 jours par an. Je travaillais dans un bureau où je vois peu la lumière du jour, je travaillais plus que je n’ai eu de pause au bord de la piscine dans la journée (normal, me direz-vous).

« Ah mais tu dois être riche »

On rejoint le point précédent. Vivre à l’étranger a un coût et pour certains, cela signifie que si on peut se le permettre, on a de l’argent (encore plus, si c’est en famille, avec la scolarité des enfants, etc.) Evidemment aussi comme je voyage, je suis riche et puis je vais au restaurant trois fois par semaines, et puis je fais du Pilates et je me fais faire des chaussure sur mesure. Sauf que non, voyager ne veut pas dire être riche, voyager peut aussi vouloir dire économiser, mettre de côté pour un voyage et faire des choix sur d’autres choses. Déjà pour moi être riche est tout un concept, qu’est-ce qu’être riche ? Une personne n’est-elle pas plus facilement aisée que riche ? Et puis, on revient aussi au coût de la vie qui au Cambodge était, vraiment moindre que celui en France, et donc oui manger au restaurant deux fois par semaine ne coûte pas un bras, et faire des chaussures sur mesure en cuir ne coûte pas plus cher que la paire achetée à Zara ou les 40 000 tongs qu’on aura acheter en un an car abîmée avec la chaleur, la route, etc. Je pense que tout est relatif et que tout est une question de priorité. Il y a aussi la proximité, il est plus facile pour quelqu’un vivant aux Etats Unis, d’y faire des road trip, comme pour quelqu’un en Australie d’aller à Bali et pour quelqu’un vivant au Cambodge d’aller en Thaïlande « facilement ».

« J’espère que tu es entouré(e) »

Je l’ai souvent lu, et il y a eu cette discussion où on se demandait s’il était plus facile de se faire des amis dans une ville inconnu à l’autre bout du monde ou dans une ville inconnue en France. Je n’ai pas la réponse. Je n’étais pas seule là-bas, je ne suis pas seule quand je rentre en France. Mes amis sont éparpillés comme moi je suis éparpillée. Je rentre, je repars, je reviens. Je fais, je défais et je refais des valises. J’ai mes moments seules parce que je sais être seule avec moi-même, parce que je veux et j’ai besoin de ces moments, pour réfléchir, pour écrire, pour avoir le nez en l’air. Mais j’ai des soirées, des restaurants, des verres à aller boire, des séances cinéma à domicile, des brunchs, des massages à plusieurs ou seule, ce QG seule ou à plusieurs, je pars en vacances seule ou à plusieurs. On se fait des amis comme on se fait des amis en France. Cependant, je crois qu’effectivement l’expatriation, des fois, pousse à connaitre des gens qu’on aurait peut-être pas forcément côtoyer en France, à créer des liens plus vite aussi peut-être.

« Tu as l’électricité – internet – de l’eau potable ? » (rayée la mention inutile) / « Tu portes des sacs de riz ? »

Celle-là est spécifique pour les gens qui travaillent dans le développement international. Il y a une sacrée différence entre développement international et l’humanitaire (là où on pourrait croiser des gens qui portent des sacs de riz et encore !) et puis travailler dans le développement international ne veut pas forcément dire vivre en pleine brousse avec pas d’eau, ni d’électricité sous une moustiquaire à cause des milliers de moustiques et en compagnie des rats (même si cela peut arriver). Ne se laver qu’une fois par semaine et porter des petits enfants sur son dos. Ou encore être une hippie qui veut aider les autres. Je vous laisse regarder cette vidéo.

« Tu es payée ? »

Celle-là, je l’ai entendu pas mal de fois. Je pense qu’elle va avec le cliché typique du travailleur humanitaire qui porte des sacs de riz et dort dans une hutte en pleine brousse sans eau et électricité avec une barbe (pour les garçons de 10 mois). Mais oui, je suis payée, parce que le développement international/humanitaire est un champs/domaine de métier. Je ne suis pas « humanitaire » mais je peux être logisticienne, coordinatrice de projet, chef de mission, ingénieur, comptable, chargé de protection et j’en passe, et ce sont des métiers. Depuis quelques années, on parle de plus en plus de la professionnalisation de l’humanitaire, car il existe de plus en plus de diplômes, donc oui comme mes copains ingénieurs, j’ai un bac +5 (et je pourrais même être juriste ou passer le barreau si je le voulais) et donc oui je peux prétendre aux mêmes salaires que mes copains ingénieurs.

Et vous des questions qui vous agacent ? Ou des questions à poser ?

19 comments

  1. ah la 1ere je l’ai déjà entendue plusieurs fois… et à chaque fois l’impression de devoir se justifier et dire que si, si moi aussi je suis très famille, ça n’empêche pas!

    1. Cette impression de devoir se justifier est je crois en partie ce qui à motiver cet article, car ça m’agaçait un peu cette compétition, de moi je suis plus famille parce que j’habite près d’eux. Des bisous Melle Blue (et maintenant que tu es de retour, ça pourrait être chouette de se rencontrer non ?)

  2. Haha je vis en Chine et on me demande souvent  » Ca fait quoi de vivre dans une dictature ?  » ou  » tu dois etre riche, ca coute pas cher le made in China  » … Alors que je me sens plus libre qu’en France et non je ne suis pas riche, la vie coute super cher a Shanghai !

    1. La question de la richesses revient beaucoup, mais effectivement, j’ai vécu en Haiti et les supermarchés c’était de la folie, 10$ le paquet de céréales et on dirait pas comme ça ! Les clichés ont la vie dure malheureusement et l’image que les médias donnent des pays aussi. Bises et merci de ton passage !

  3. La partie « J’espère que tu es entouré(e) » me fait penser à :
    « Ouaouh, t’as dû te faire plein d’amis ! »
    Ce qu’on m’a dit pendant que j’étais à Barcelone (le cliché de l’erasmus qui va à Barcelone uniquement pour faire la fête), et re-belote quand je suis revenue de Toronto…

    Intéressant d’avoir ton point de vue, j’avoue que ça a balayé quelques unes de mes idées reçues sur l’humanitaire 🙂

    1. Si cet article a balayé quelques unes de tes idées reçues sur l’humanitaire, alors mission réussie 🙂
      Mais oui, je te rejoins. Je suis moi aussi partie en Erasmus et les gens pensaient que je passais mon temps à faire la fête, sauf que non, j’avais le même traitement que les étudiants américains, sauf que je devais bosser deux fois plus (même si bien sur, j’ai fais la fête aussi)(en équilibrant le tout).

  4. On ne m’a jamais posé ces questions.
    Pour ma part ça serait plutôt :
    « Tu ne veux pas rentrer en France pour telle occasion ? »
    « C’est quand tu tu viens nous voir ?  »
    « Tes parents doivent être tristes non ? »

    1. La question des parents, je trouve, rejoint la première sur la famille 😉 Mais oui, je n’en ai pas parler mais évidemment, toutes les questions sur le retour, quand est-ce qu’on sera en France, quand est-ce qu’on vient, est-ce qu’on sera là pour Noël, sont de grands classiques et se répètent tous les ans. Bises

  5. Le point sur la richesse me fait penser à quelque chose que j’ai entendu tout à l’heure. J’étais dans un super marché au rayon des bonbons et un monsieur regardait les tablettes de chocolat. Il s’est plains que c’était cher comparé à « là-bas » (je ne sais pas de quel pays il parlait, il ne disait que « là-bas »). Que « là-bas » le même poids de chocolat était à moitié prix. Mais ça dépend de plusieurs choses. Des taxes que mettent les pays d’abord, puis du niveau de vie général, des marques, du transport, des intermédiaires…

    Soupçonner les personnes qui vivent à l’étranger de ne pas être très famille ça ne me viendrait pas à l’idée… Ma cousine est partie pour un tour d’Asie de 6 mois (un mois par pays), elle ne fêtera pas Noël ici, et pourtant quand j’ai appris qu’elle était partie je ne me suis jamais dis « elle n’aime pas ses parents ». C’est tellement bête ! Comme les étudiants qui partent en Erasmus… J’ai une amie qui souhaite partir en Italie l’année prochaine et pourtant elle est bien plus famille que moi…

    1. Le prix des produits dépend effectivement de beaucoup de choses comme tu le dis notamment des taxes, de la proximité pour le transport, de la main d’oeuvre mais aussi du coût de la vie sur place. On ne peut pas comparer le prix des denrées alimentaires entre pays où par exemple le SMIC n’est pas le même, tout est relativisé. En voyage, on peut donc se sentir très riche dans certains pays, mais quand on y vit ce n’est plus la même question. Mais il n’est pas non plus normal que les prix varient notamment des denrées de première nécessité varient autant selon certains endroits dans le pays, la couleur de peau, la langue de l’acheteur. Un expatrié peut très bien avoir un contrat local, comme un local avoir un contrat international (en général mieux payé).
      La question de la famille est celle qui a fait débuter l’article, excédée de devoir me justifier et trouvant cette compétition de moi je suis famille et pas toi car j’habite à côté malsaine et surtout injuste. Pour certains partir veut dire fuir dont fuir la famille, peut-être est ce un élément de réponse, je ne sais pas.

  6. « Tu es payée ? » revient souvent, de la bouche des élèves. Et clairement je ne ferai pas ça que pour leurs beaux yeux, même si je les aime bien.
    Il manque… « mais pourquoi tu rentres pas ? » « et tu vas t’arrêter un jour » ?

    1. Effectivement, ces phrases manquent, je ne pouvais pas toutes les mettre. J’aime l’aplomb des élèves en tout cas 🙂

  7. Perso, je ne me sens pas encore concerné par tout cela. Mais te lire est un plaisir !
    Bisous 😀

    1. Merci Keshia 🙂

  8. Ce sont des classiques c’est vrai 🙂 Je pense que le plus souvent elles ne sont pas posées en pensant à mal, c’est juste que le statut et la vie d’expatrié intrigue et fait fantasmer ceux qui ne l’ont jamais vécu. Je n’ai vécu que 6 mois à l’étranger, mais j’ai souvent eu la question de l’argent de la part des autochtones également. Être Française attire pas mal d’idées reçues je trouve (« Qu’est-ce que tu es venue faire ici dans ce pays, alors que tu es Française ?! » ).

    La question de la famille est celle qui me choque le plus. La distance n’est absolument pas proportionnelle à l’amour, et il y a aussi tant de familles déchirées vivant au même endroit.

    Y répondre ici permet de se faire une idée plus précise de ton quotidien d’expatriée et d’humanitaire en tout cas, et c’est très intéressant d’en savoir plus sur cette véritable profession 🙂

    1. Oui tu as raison, c’est souvent de la curiosité. J’en ai eu pas mal concernant l’argent aussi il est vrai, notamment dans des pays en développement, avec beaucoup de clichés. Etant blanche, on est plus facilement cataloguée de riche à juste titre des fois, et d’autres fois non; et évidemment la question est relative.

      La question de la famille a été celle qui a déclenchée cet article, mon inspiration. Elle m’a touchée, agacée. excédée, et m’a aussi rendu triste même si je sais que ma famille ne ressent pas ça, je me suis dit que peut-être ça pouvait pu leur passer dans la tête. Et puis, je ne comprenais pas de devoir me justifier.

      Je suis en tout cas contente d’éclaircir mon quotidien d’expatriée en développement international 🙂 Merci pour ton petit mot !

  9. Je me suis beaucoup retrouvée dans cet article 🙂 Une question qu’on me demande aussi beaucoup c’est « et sentimentalement…? »C’est vrai que de bouger tout le temps d’un pays à l’autre ne pousse pas à la relation stable… Et je dois souvent me justifier de ma relation longue distance un peu atypique !

  10. « Ah mais tu dois être riche » j’écoute plusieurs fois. On ne comprend tout à faire des autres mais on le dit toujours :<<<

  11. J’ai un ami de nationalité française vivre et travailler, se marier au Vietnam.
    Sa vie au Vietnam est très bonne.
    Il voyage pendant 3 mois dans un an. La vie est pleine heureux

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