2017, et des parenthèses.

J’avais ce titre d’article depuis quelques temps dans la tête, les parenthèses. Je l’avais écrit dans un coin de mon carnet et dans le bloc notes de mon téléphone, mais je ne savais pas trop quoi en faire, quoi mettre dedans, parce qu’il y en a eu plusieurs des parenthèses, parce qu’elles ont été belles et difficiles à la fois, parce que même si 2017 rime avec paillettes, il n’y a pas eu qu’elles.

J’écris du dernier trimestre de 2016, que je titube, je vacille, je déborde. J’écris que septembre me prend dans sa tornade et qu’avec octobre, je ne suis pas toujours très stable. Je fête la nouvelle année avec mes amis de presque toujours – presque toujours veut dire du lycée, et maintenant que je ne les vois que très peu, je me rends compte à quel point, je chéris nos moments.

Je change de travail en janvier, mois de mon anniversaire – que je fête par un brunch entre amis et famille et une chouette soirée en tête à tête au cinéma avec La la land. Je me retrouve maintenant à être auprès de ceux qui traversent la Méditerranée, à écouter des récits d’océan qui prend les migrants, de pays d’ailleurs que je ne connaissais pas et dont maintenant je connais les capitales et les accents chantants. Je me retrouve avec des valeurs encore plus fortes, qui s’imposent à moi et qui font partie de la personne que je suis et que je veux être. Des valeurs que je défends bec et ongle et peut-être des valeurs qui me feront quitter ce travail que j’aime tant.

J’aime mon métier plus que tout, notamment quand je prends dans mes bras – ce dont je n’ai pas l’habitude, sauf que là, je ne savais plus comment le saluer, comment le féliciter –  un demandeur d’asile qui a vécu l’enfer, qui monte sur scène et raconte son histoire avec poésie et dignité, douleur et colère.  Quand sur scène, ils racontent le Darfour, le Soudan, la Libye. Qu’ils disent haut et fort, qu’ils ont été vendus comme des chèvres et des cochons. Comme des esclaves. Quand sur scène, ils racontent l’horreur de la traversée en mer. Quand je leur demande dans mon bureau, s’ils ont peur, et qu’ils me répondent, vous savez Madame, j’ai vécu la Méditerranée, je n’ai plus peur de rien. Quand on leur demande s’ils ont encore de l’espoir, et que l’un d’eux dit, que sans espoir, il ne serait pas debout, c’est tout ce qui lui reste car tout a été détruit, tout est perdu et qu’un autre ajoute que lui n’a plus d’espoir, qu’après trois ans ici, à être malmené, il n’a plus d’espoir. Quand un autre nous supplie sur cette même scène, d’avoir de l’empathie, de la bienveillance pour les gens dans la rue.

Je suis révoltée aussi dans ce métier, quand du bout des lèvres, à voix basse après avoir regardé autour d’eux à plusieurs reprises, ils m’appellent madame puis mon prénom et me demandent si je pourrais leur donner 2 euros pour s’acheter un pack d’eau parce qu’ils n’ont plus d’argent parce que l’Etat fait mine de les aider mais pas trop quand même, il ne faudrait pas qu’ils se mettent à calculer sur leurs bateaux en Méditerranée – parce qu’évidemment c’est ça qui les préoccupe sur ces bateaux où ils sont 200 au lieu de 30 en pleine mer sous le vent, la pluie, serrant les plus petits, priant pour arriver sain et sauf, pour ne pas chavirer, pour ne pas se retrouver dans cette eau qui leur fait peur, cette eau qu’ils ne seront pas appréhender, cette eau dans laquelle ils ne savent pas nager ou si peu et puis même s’ils savaient nager, cela ne leur assurerait pas leur survie. Et puis, il ne faudrait pas qu’ils se passent le mot « viens, ici ils nous aident vraiment, ils nous donnent de l’argent pour vivre ». Alors l’Etat donne le strict minimum et quand j’écris cette absurdité, ma tête hoche de gauche à droite pour dire non, ce n’est même pas le strict minimum mais même quand ils arrivent à me demander ça dans mon bureau avec honte et embarras et la peur que je ne les regarde plus comme avant, la France reste pour eux le pays des droits de l’homme et dans ma tête, ça crie foutaise, ce sont des foutaises. D’où laisser des êtres humains, dormir dans la rue et d’où nous nous permettons de nous appeler, de nous faire appeler le pays des droits de l’homme, et bien trop souvent on échoue. Et pourtant quand je leur demande pourquoi demander l’asile en France alors ils me répondent presque tous pour la sécurité, pour que je sois en sécurité, parce que c’est le pays des droits de l’homme qu’ils me disent avec leur sourire, avec certitude et leur conviction et s’il y a bien quelqu’un à convaincre de cette aberration, c’est bien moi parce que c’est moi qui vois les hôtels miteux dans lesquels l’Etat les place quand l’Etat daigne les placer. C’est moi qui les vois devoir aller aux resto du coeur, me demander de l’aide pour trouver des vêtements, ne pas se plaindre alors que leurs corps sont remplis de piqures de punaise de lit, qu’ils partagent leur chambre avec des rats, qu’ils ne sont vus que comme des numéros parce que tu comprends ils s’appellent tous pareils, ils se ressemblent tous et puis si en plus des fois leurs histoires se ressemblent – n’en parlons plus – alors que je connais chacun de leur prénom et nom de famille, que je sais leur nationalité et quasi toutes leurs histoires et que même s’ils viennent du même pays et que même si ce pays nous paraît sûr de loin, eux ils savent pourquoi ils ont pris la route, pourquoi ils ont marché, pourquoi ils sont là et il faut arrêter avec ce discours, non ils ne sont pas là pour l’argent parce que si vous aviez ce qu’ils reçoivent, vous ne resteriez sûrement pas, vous ne seriez même pas venus et je ne parle pas de l’accueil qu’ils reçoivent dans les administrations, la préfecture qui leur dit qu’ils devraient être honorés d’être ici, ce sont plutôt nous qui devrions être honorés de les avoir, leur richesse, leur culture, leur vie qui valent bien plus que ce qu’on veut leur donner.

« Nous voyons ce que les êtres humains sont capables de se faire les uns aux autres. Mais au lieu de nous désoler ou de nous décourager, nous brûlons de colère ! » Pure colère, Camille Lepage

Il y a eu un garçon, et des chouettes parenthèses, au sommet des montagnes, au bord de l’océan, dans les vignes, dans des appartements parisiens, et même si c’était peut-être un peu couru d’avance, et même s’il y a eu les derniers messages, ceux qui disent que c’est fini un peu, que c’est comme ça, que c’est la vie, pas le bon timing, il y a eu les baisers sur le front, la chaleur de ses bras, les papillons dans le ventre, les draps froissés, les corps qui s’étreignent, les siestes au soleil ou sous la tente, l’amour au matin, la vie folle – ô ça oui la vie folle – tout ce qu’on s’est dit et tout ce qu’on a vécu, tout ce qu’on ne s’est pas dit aussi, tout ce qu’on a préféré se toucher, s’embrasser, se regarder plutôt que se dire. Et je crois que c’est une de mes fiertés, avoir su que je pouvais retomber amoureuse, que je pouvais être aimé, que j’étais assez bien pour quelqu’un, que c’était possible, et c’est peut-être pas grand chose, mais je crois que pour moi, ça veut dire beaucoup. Et même si j’ai un peu pleuré cette histoire, un peu pleuré ce foutu timing et cette foutue distance, j’ai aussi souri grand de mes bêtises à ses côtés, de ses pitreries et de ses yeux qui me regardaient.

J’ai aussi été bien entourée, on se retourne et en fait, on voit qu’il y a des gens pour nous tenir la main, pour nous trainer boire un verre alors qu’on en a pas très envie, des gens pour nous écouter, et pour ouvrir les bras, pour poser la tête sur une épaule bienveillante et se laisser aller. Des gens que le travail a mis sur la route, des gens que l’internet a mis sur la route. Se rendre compte que les autres sont là, pour les coups durs mais aussi pour les petites célébrations, pour s’entendre dire que non on ne mérite pas ça, que non ce n’est pas de notre faute, qu’on a fait de notre mieux, que c’est normal de craquer. Je crois que ça veut tout dire, d’avoir ces personnes là pas loin.

Il y a eu, selon la SNCF, 11 gares explorées et plus de 6000 kilomètres en train, et pas un seul avion, alors pour 2018, je me suis promise que je remettrais les pieds dans un avion, et plusieurs si possible. Je pense à une nouvelle expatriation, à l’Afrique cette fois-ci, avant d’avoir pendant une demie seconde songé à l’Amérique du nord. L’autre jour, j’étais dans une librairie et je me suis perdue au rayon monde, au rayon Afrique et j’ai maintenant une liste de livres à lire aussi haute que moi. Il y a des envies d’ailleurs lointain, d’urgence et de pieds dans la poussière, de pays en conflit, de contexte géopolitique particulier, que je veux explorer, comprendre et on ne peut pas comprendre en trois jours ou en trois livres, il faut le vivre, s’en imprégner et s’y laisser vivre.

Il y a eu des larmes et des comment je vais faire sans lui. J’ai écrit que je n’allais pas bien, je n’allais pas mal, j’avais perdu quelqu’un qui m’était cher, voilà c’était tout. J’ai perdu quelqu’un qui m’est cher et je ne sais pas trop bien comment je vais, je vais parce qu’il faut remettre du mouvement à la vie, il faut lui redonner un rythme, réapprendre à marcher, réapprendre à danser. Il y a eu les yeux un peu mouillés en ces soirs de fête, remplis de son absence mais il y a aussi la reconnaissance de ces moments passés ensemble, de cette maison, de cette famille, de tout ce qu’il m’a appris, de tout ce qu’il m’a transmis – et c’était pas franchement facile d’y voir du beau dans cette année qui a finie sans lui.

En 2017, j’ai déménagé, j’ai campé, Paris et l’océan sont restés mes repères, j’ai bu beaucoup trop de bières et de mojitos et mangé beaucoup trop de sushis, j’ai fait un calendrier de l’avent de mes propres mains, j’ai repris le yoga, mon appareil photo a souvent été pendu autour de mon cou et j’ai pris un nombre incalculable de photos de couchers de soleil, j’ai doucement commencé à me mettre au bio et fait maison notamment avec les produits ménagers, j’ai été seule à des concerts, je me suis coupée les cheveux, je n’ai pas assez dansé et j’ai un peu abandonné les musées en cette deuxième partie d’année, j’ai cuisiné pour la première fois le butternut, j’ai lu de chouettes livres/journaux mais pas assez, j’ai un peu trop pleuré devant des séries, j’ai été dans les Cévennes, j’ai écouté un nombre d’heures incalculables de musique en tout genre.

Et pour 2018, on verra. Mais si on disait, que la suite sera belle?

Je vous souhaite des je t’aime, des je t’embrasse, des je peux le faire, des j’ai confiance en moi, des c’est trop bien, des montagnes à escalader, des chemins de traverses, des doigts pleins de confitures, des chaussures pleines de sables, des retrouvailles, des halls d’aéroport, des couchers de soleil, des mains tendues, des mains attrapées, des chansons sous la douche, des pas de danse dans la rue, l’amour au matin, des bisous dans le cou (mes préférés) et sur le front.

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Les soirs d’été

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Il y a les rires, et les tintements des verres, on entend les couverts sur les assiettes et surtout ce brouhaha ambiant fait de toutes les discussions, de ces terrasses sur le bout du trottoir, des blabla des enfants, des « non » des parents, des bruits de scooter sur le boulevard, et des fois la cloche de l’église, les mouettes aussi on ne dirait pas comme ça à Paris, et le cri des hirondelles qui se chassent. On n’entend pas le coursier qui pédale pour aller livrer son plat fraichement commandé par des amoureux affalés sur un lit, par des amis devant un jeu vidéo, par une personne seule qui s’est laissée tenter. Il y a le bruit d’une radio, une porte de voiture laissée entrouverte le temps de sauter du taxi, de faire descendre maman et bébé, ou juste une fenêtre un peu trop ouverte, une radio un peu forte, la voiture à l’arrêt le temps de redémarrer car ça bouchonne des fois, les soirs d’été dans les petites rues où les pavés ne sont pas loin, où l’on entend les claquements des talons et les jupes voler.

Maman

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(c) May et son si joli kit à thé pour la fête des mères

Je fais souvent le contraire de ce qu’elle me conseille. Elle est la personne la plus courageuse que je connaisse, et celle aussi qui croit plus que tout en la bonté humaine et en est l’incarnation même. Evidemment, c’est la plus belle. Et la plus gentille (et je ne dis pas ça parce que c’est ma maman, mais parce que c’est vrai), elle est toujours là pour les autres et notamment pour les gens qu’elle aime. Un simple « ça va aller » me remet sur les rails et j’aimerais la protéger de tous ceux qui seraient tenter d’abuser de sa gentillesse, ceux qui quand on leur donne la main voudrait le bras. Elle est ma première fan et souvent, ma première lectrice et celle qui me dit, que je devrais être écrivaine (et si elle le dit, c’est que c’est vrai). J’ai hérité de toutes ses expressions, et des fois les gens me demandent d’où elles viennent. Ma maman et ses expressions imagées, ma maman et ses cheveux blonds et moi, mes cheveux bruns. J’ai aussi hérité de son caractère de cochon, elle ne dirait pas que c’est vrai mais je crois que si je suis aussi têtue, c’est qu’il y a une bonne raison. Elle est toujours là quand je pars et des fois c’est elle qui me pousse un peu, qui me donne de l’élan parce que j’ai un peu peur et qu’elle croit en moi un peu plus que tout le monde réunit et si elle sait que je peux le faire, alors elle a raison. Oui, parce qu’évidemment elle a tout le temps raison (à part quand c’est moi qui ait raison). Elle n’est plus là pour me coudre des écussons quand je tombe (je crois d’ailleurs qu’elle l’a rarement fait parce que les jeans troués c’est la vie et que j’aimais un peu trop faire des cascades et rouler droit vers le seul arbre du parc en vélo), mais elle est toujours là pour me relever, m’écouter. Elle m’a toujours fait relativiser aussi, il y a toujours pire que nous, comme il y a toujours mieux. Je crois qu’elle m’a mis une gifle. Une seule. Dont je me rappellerai longtemps et elle aussi. Il n’y a qu’avec elle, je dirais, que je suis vraiment moi, je suis au summum de ma bêtise, au summum de ma folie, de mon humour. Je chante beaucoup de chansons niaises et je fais des blagues pas drôles, qui souvent ne font rire que moi mais vu que c’est pas drôle, elle rigole aussi. Ma maman elle sait tout mais elle vous dira rien.

Ma maman, elle, par contre, fait des blagues très drôles, et tant pis si tout le monde ne les comprend pas. Elle crie devant le sport et les films d’action, ou elle se cache les yeux comme moi et on finit par changer de chaîne. On pleure aussi ensemble devant les scènes tristes et elle dit toujours au monsieur du film, de faire attention derrière lui, et il se peut qu’elle hurle la réponse aux candidats qui se trompent. Je la skype pour lui montrer que ma cheville a enflé ou que je me suis coupé le doigt, c’est mon SOS docteur personnel même si elle rigole beaucoup, parce quand c’est à distance, elle ne peut pas faire grand chose.

Elle n’est peut être pas celle qui me dit de boire de l’eau citronnée le matin ou de d’arrêter de manger tous ces bonbons, au contraire c’est celle qui me pousse à cuisiner des meringues parce que « les tiennes sont les meilleures » (si elle le dit, c’est que c’est vrai), et c’est elle avec qui je mange des bonbons sur le canapé devant la série policière du soir (parce que ma maman elle adore les séries policières et que des fois, on pourrait presque refaire les dialogues à nous deux et deviner la fin. Il nous arrive de nous dire qu’on a loupé notre vocation). Ma maman, elle fait la meilleure blanquette de veau du monde, et elle sait pas vraiment dire Badminton, ni Google ou Ipod et tout pleins d’autres mots, que je lui demande sans cesse de les répéter juste pour rigoler, juste parce que ça me fait rire et elle aussi, et son rire c’est un peu mon plus cadeau.

De ma maman, j’ose croire que j’ai hérité un peu de sa force parce que c’est un peu la maman la plus forte du monde et si je pouvais être aussi forte qu’elle, même qu’un dixième alors je serais comblée. J’ai aussi héritée de sa façon de faire le pitre, parce quoi de mieux que d’imiter l’otarie ou le singe pour dérider l’atmosphère, et un peu de son accent du sud qu’elle prend des fois quand elle se met en colère, qui me fait donc pouffer de rire. Et oh oui, ses grands yeux bleus qui sont si beaux, et qui me valent tant de compliments, ils ne peuvent venir que d’elle pour qu’on me dise du bien (et même le serveur entre le plat et la carte du dessert).

Ma maman, j’aimerais qu’elle ait autant confiance en elle, qu’elle a en moi. Qu’elle s’accorde ce même amour qu’elle m’offre et qu’elle soit fière d’elle comme elle l’est de moi. Ma maman, elle dit tout le temps qu’elle kiffe, et en fait, c’est moi qui la kiffe grave, même plus que grave, to the moon and back (and more more and more).

Bonne fête maman ❤

Partir faire du volontariat, oui mais bien !

Le volontourisme

Le volontariat existe depuis longtemps, mais au début cela était géré par des associations, comme Peace Corps, qui s’occupaient en priorité de répondre aux besoins des pays en développement par l’envoi de volontaires formés et qualifiés pour de longue durée. Cependant ces dernières années, il s’est développé le volontourisme qui est le fait de permettre aux gens de faire du tourisme tout en venant en aide aux populations locales. En conséquence, le volontariat s’est monétarisé. C’est alors un phénomène largement décrié dans le milieu du développement international.

Faire du volontariat quand on voyage, NON !

  • Payer pour aider

Le volontourisme est décrié car il monétarise le développement international et le volontariat qui est à l’origine à but non lucratif. Des associations dites de volontariat recherchent alors des personnes pour partir dans les pays du sud pour aller donner un coup de main. Cependant, ces organisations font payer des personnes désireuses de partir, ces coûts varient selon les organismes, mais c’est quelque chose qui n’est pas cohérent avec le principe même du volontariat. Pour aider, on ne devrait pas avoir à payer. Ces entreprises commerciales reprennent le concept de l’humanitaire pour en faire un business. Peu de l’argent perçu par l’organisme sera alors reversé à l’établissement d’accueil. Ces organismes font donc de l’argent sur le dos des bons sentiments car les gens qui veulent partir sont en général pleins de bonnes intentions et sont dans une démarche fondamentalement bonne. Et puis en y réfléchissant, si l’on vous demande de payer pour faire du volontariat dans un orphelinat ou une école, ces organisations en encaissant votre argent ne profitent-elles pas de la situation de ces enfants pour faire du profit ? Ne font-elles pas du profit sur le dos de ces enfants ?

  • Et l’éthique alors ?

Cela pose aussi des problèmes éthiques. La misère, la pauvreté et les pays du sud deviennent alors des parcs d’attractions, et souvent les missions se font selon ce qui est vendeur, selon le souhait des volontaires, et ce qui marchera le plus auprès d’eux ; et non selon les besoins du pays d’accueil. Il existe des tas d’exemples de choses faites (murs, puits, etc) par des volontaires, non acceptés par la communauté locale, et reconstruits par la suite ou laissés à l’abandon.

De même, dans certains pays, cela installe la politique de l’assistanat qui veut qu’un gouvernement délègue ses responsabilités souvent en matière d’éducation ou de prise en charge de l’enfance à la société civile (aka le milieu associatif et le milieu de l’aide internationale) et n’y fait pas face car il sait que des ONG feront le travail à sa place via des envois de volontaires. Au Cambodge par exemple, des orphelinats sont montés de toute pièce pour accueillir des volontaires et alors recevoir de l’argent de l’entreprise et du gouvernement, alors qu’il n’y a pas le besoin de créer d’orphelinat. Des enfants sont donc dits orphelins alors qu’ils ont des parents vivants. 74% des enfants dans les orphelinats au Cambodge ne sont pas des orphelins, ce chiffre parle de lui-même, non ? ou encore 3/4 enfants dans les orphelinats au Cambodge ont un ou leur deux parents vivants, selon l’UNICEF.

En lien avec la politique d’assistanat, est l’impact sur l’économie locale. Ne vaudrait-il pas mieux engager un professeur localement et l’aider à améliorer son niveau de langue avec un partenariat avec les pays du nord anglophones par exemple ? De même, les volontaires qui viennent construire, ne serait-il pas mieux qu’ils laissent leur place à des travailleurs locaux qualifiés ?

  • Le blanc, ce sauveur

Cela pose aussi le problème des habitants des pays du nord venant en aide aux habitants des pays du sud, dans une optique de sauver le monde, de leur apprendre ce qu’ils ne savent pas, de leur montrer comment on fait, et comment on le fait mieux qu’eux, de leur inculquer des valeurs qui ne sont pas les leurs, et un mode de vie occidental qui n’est pas le leur. Souvent le volontaire peu préparé se trouve et se place dans le rôle du sauveur. Soigner un bobo à l’aide d’un pansement vous fait passer pour un médecin aux yeux de tous alors que vous n’en avez pas la compétence. Il y a cette idée de mieux faire. On parle alors de nouvelle forme de colonialisme ou alors d’une forme d’aide extrêmement condescendante.

  • L’humanitaire est un métier

D’autre part, cela entraine la déprofessionnalisation du secteur humanitaire. Pour aider il ne suffit pas de vouloir aider. Il faut aussi les qualifications et les capacités pour. L’humanitaire est un métier. On a souvent pour la plupart un bac +5 et des années d’expériences sur le terrain. C’est souvent soulevé lors des catastrophes naturelles où les gens veulent juste enfiler leurs baskets et aller donner un coup de main pour enlever les gravats – sauf que ces personnes sont une charge en plus à gérer pour les professionnels sur le terrain. Ils sont sous leur responsabilité et il faut les garder en sécurité, les nourrir, les abriter alors que ces professionnels ont bien souvent plus important à faire. On ne cesse de répéter que dans ce genre de situation, il est mieux d’apporter son aide depuis chez soi, par des dons d’argent mais aussi de matériels de première nécessité.

Envoyer des touristes sur le terrain sans qu’ils aient de compétences ni de qualifications, et sans connaissance du contexte socio-politique et géopolitique, décrédibilise souvent l’action des organisations internationales et les ONG. Souvent cela ne sert pas non plus la population. Tout comme cela ne sert pas aux enfants d’apprendre toutes les trois semaines l’alphabet, ou l’heure, ou la célèbre « head shoulder knees and toes ». Vous auriez aimé vous à l’école changer de professeur toutes les trois semaines ?

  • La pérennité

Un autre avis soulevé par les « humanitaires » est le fait que pour une action durable et efficace, il faut une action qui s’inscrive sur le long terme. Un volontariat de quelques semaines, voire quelques mois ne suffit pas. Certains parlent d’actions « cosmétiques » qui n’ont pas un réel impact sur la vie des populations locales mais qui existent pour faire venir les volontaires, cela rejoint le point sur le commerce de l’humanitaire. Il a été demandé aussi si le volontourisme ne serait pas un des maux de notre société, cette société qui veut tout faire et vite. Sauf que dans le développement, il faut du temps, et beaucoup de temps.

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Volontariat avec des enfants, NON NON et NON !

Il est important d’insister sur les missions de volontourisme avec des enfants, car ce sont la majorité des volontariats représentés. Qui ne connait pas quelqu’un qui est allé donner des cours de langue dans un pays en développement, ou faire de l’animation dans un orphelinat ?

C’est alors là que le volontourisme porte le plus préjudice.

Les enfants souvent sont des enfants en difficulté, venant de milieux difficiles ou pauvres avec une histoire souvent lourde. Avoir un volontaire auquel ils s’attachent pour quelques semaines, et qui repart, impacte négativement leur développement avec notamment des troubles émotionnels. Des études de l’UNICEF montrent le préjudice moral qui pèse ensuite sur ces enfants. Malheureusement aussi, quand cela touche aux enfants, on peut voir le pire comme le meilleur, je parlais de faux orphelinats créés, de structures non enregistrées qui encouragent la corruption, la traite d’enfants, mais il existe aussi tous les problèmes relatifs aux abus sexuels sur ces enfants. Aucun backup n’est fait sur les volontaires, on ne leur demande pas de preuves concernant leur casier judiciaire.

« Si tu étais un prof sans compétence chez toi en Angleterre ou en France, est-ce qu’on te laisserait débarquer dans une école et commencer à enseigner à une classe pendant deux semaines ? »

Je reviens aussi sur la problématique du volontariat en tant que professeur. Comme cité plus haut, souvent les volontaires s’engagent sur une courte durée, allant de quelques jours à quelques semaines, voire quelques mois. Il existe, il est vrai, un réel manque d’enseignants dans beaucoup de zones rurales de pays en développement (comme des pays développés) et notamment de langues étrangères (l’anglais devient nécessaire en Asie du Sud Est par exemple avec l’expansion du tourisme et l’ouverture des frontières souhaitée par l’ASEAN). Cependant, un volontaire qui vient trois semaines, et refait le programme déjà fait par un précédent volontaire, est-ce vraiment utile ? Il existe souvent peu de coordination entre les nouveaux arrivants et ceux qui partent. C’est aussi le risque que ces enfants aient un professeur d’anglais pour trois mois et après plus rien, jusqu’à la fin de l’année, chose que vous n’auriez pas toléré lors de vos études, ni vos parents et que vous ne tolérerez pas avec vos enfants. Alors pourquoi le tolérer dans les pays en développement ? sous prétexte qu’eux sont plus démunis que vous ? (et là, encore je ne m’étalerai pas sur la question qui est tout à fait relative, ces pays et leurs habitants regorgent de richesses que peu voient du fait qu’ils cherchent les richesses qu’ils connaissent).

De même, accepteriez-vous qu’un professeur non qualifié vienne enseigner à vos enfants ? Quelqu’un à qui on demande seulement un niveau B1 en anglais (niveau début de lycée) quand on sait qu’en France pour enseigner, il faut minimum un master ?

Le volontourisme, une démarche altruiste ou égoïste ?

« Faire du volontourisme, c’est une contradiction bizarre entre de l’égoïsme et de l’altruisme »

Certainement un peu des deux.

Une des premières critiques qui a été faite au volontourisme était les motivations des touristes. Tout d’abord concernant la destination mais aussi les activités à faire. Comme dit précédemment, les « tours opérateurs (aka organisations dites de volontariat) construisent les missions dites humanitaires sur les envies du volontaire et sur les destinations phares du moment – qui n’aimerait pas en profiter pour visiter Bali en même temps, ou les Bahamas, ou le Cambodge, et puis les Philippines c’est aussi drôlement joli – et non sur les besoins du terrain, de l’organisme d’accueil. Quand on parle avec de jeunes volontaires, on entend  beaucoup que c’est un devoir d’aider car ils sont plus chanceux, ils se sentent redevables d’avoir pu aller à l’école par exemple. J’ai déjà lu, « les enfants ont la chance de t’avoir » ou « c’est super pour les enfants ». L’idée est dérangeante. La question à se poser en premier est de savoir si une aide est vraiment demandée, et si oui quelle type d’aide et puis comment aider.

Le volontourisme s’est développé car il ne semble plus suffisant maintenant d’être un simple touriste. Avec la circulation de l’information et le développement d’internet, la misère, la pauvreté de ces populations pourtant lointaines sautent aux yeux et les gens, notamment les plus jeunes, veulent faire quelque chose. L’idée est très bonne, les intentions sont louables. Mais je crois qu’il est important de se concentrer sur ce quelque chose, pour que ce quelque chose ait le plus d’impact et soit le plus sain possible, pour soi-même et pour ceux à qui on veut venir en aide.

Cela reste une question ouverte et très complexe, et je trouve important de la poser là, pour ceux qui sont déjà partis mais aussi pour ceux qui souhaitent partir.

1c2a1edb3e58c35fddc3ccbd7c4e9e8bFaire du volontariat, non. S’engager, oui !

C’est peut-être moins glorifiant mais regardez à côté de chez vous, engagez-vous dans des associations qui vous tiennent à coeur, faites-y du volontariat régulièrement, votez, faites du lobbying, aidez dans les activités de plaidoyer, faites des dons à de « bonnes » ONG, faites du volontariat régulièrement chez vous.

Ne vous engagez pas pour trois jours, une semaine, un mois. Si vous voulez vraiment faire du volontariait, faites-le à long terme, et avec une association reconnue, une à qui vous faites des dons depuis longtemps, mais pas la première venue parce que tu comprends, faut que je fasse ma BA pour l’année 2016.

Il existe des systèmes de volontariat reconnus, comme le Volontariat de Solidarité Internationale (VSI), le Service Civique, le Service Civique Européen, les Congés de Solidarité, les Volontaires des Nations Unies, les Volontariat en Entreprise (VIE) ou en Administration (VIA), etc. Beaucoup d’ONG recherchent aussi des bénévoles pour aller rendre visite à des enfants à l’hôpital, pour aider avec les migrants, pour passer du temps avec des animaux, etc.

Avec toutes ces activités, vous avez plus de chance d’avoir un impact qu’en trois semaines sur le terrain, et surtout vous ne prenez pas le risque de faire plus de mal que de bien.

Et puis, si vraiment vous êtes un peu trop têtu, une des premières règles à suivre, c’est de ne pas payer. Rien du tout. Du moment où l’on vous le demande, alors vous tombez dans la machine commerciale du volontourisme.

Une autre des règles d’or est de ne tout simplement pas faire de volontariat avec les enfants. N’allez pas vous présenter dans toutes les écoles, orphelinats que vous rencontrez sur votre chemin pour toutes les raisons sus-mentionnées. Un enfant n’est pas un jouet ou une marionnette, une école ou un orphelinat n’est pas un musée. On ne vient pas visiter votre maison et vous demander si on peut donner un coup de main pour le ménage. Vous imaginez un tourisme japonais vous demander de garder vos enfants parce que, vous comprenez il faut que je me sente utile en plus de voyager ? Vous auriez accepté cette situation pour votre petit-e frère, soeur ?

« Pourquoi existe t-il cette conscience dans l’industrie du tourisme qu’il est acceptable de le faire dans un autre pays (alors que cela ne l’est pas dans le sien) ? »

Children-are-not-tourist-attraction-banner *Toutes les citations sont tirées du film, The Voluntourist de Chloé Sanguinetti 

Les phrases trop entendues quand tu vis à l’étranger


« Non mais toi, tu n’es pas très famille de toute façon »

C’est la phrase clichée que j’ai entendu pour la première fois au Cambodge et depuis, j’ai l’impression qu’on me la dit assez souvent. On me l’a dit plusieurs fois, on l’a aussi affirmé pour moi, ou alors on me l’a laissé deviner « Non mais moi, je suis très famille », est-ce que cela sous entend que je ne le suis pas ? Parce que je ne suis pas rentrée à Noël dernier ? Parce que je n’étais pas là pour l’anniversaire de ma maman ? Parce que je ne vois pas les bouts de chou grandir ? Parce qu’on se parle par écrans interposés? Je ne suis donc pas famille parce que je vis à plusieurs milliers de kilomètres ? Parce que ce n’est pas parce que je ne suis pas rentrée à Noël, que je ne vis pas à 10 min de chez mes parents que je ne les aime pas autant que ceux qui ne partent pas, que je ne tiens pas à eux autant? Et depuis quand de toute façon c’est devenu un concours d’aimer les gens ? Depuis quand je me dois de justifier que j’aime ma maman plus que tout au monde, et que mes neveux sont les prunelles de mes yeux ? Depuis quand je dois remporter ce concours d’amour encore plus que les autres parce que je suis à l’étranger ?

«  Et tes amis en France ? »

On ne me l’a jamais fait ressentir, je crois que mes ami(e)s comprennent et me soutiennent dans le choix de vie que j’ai fait. Certains se sont éloignés, d’autres oublient que je suis rentrée. Ils oublient de me mettre dans la boucle des emails, ils oublient de m’ajouter à une conversation groupée parce que même quand j’étais en France, j’étais loin. Et puis d’autres, viennent me voir, m’envoient des sms, des emails, prennent des rendez-vous skype. Je loupe leurs anniversaires, je loupe les fêtes surprise, j’envoie un whatsapp rempli de coeur, et je culpabilise. Je suis une mauvaise amie parce que je suis loin, parce qu’on a 5h de décalage, parce qu’on ne peut pas vraiment m’appeler instantanément quand quelque chose va mal. Je suis une mauvaise amie qui essaye de ne pas oublier les anniversaires mais se laisse piéger par le décalage horaire. Jamais ils ne me l’ont dit, je ne sais pas s’ils le pensent. Mais quand on me dit, « Je ne veux pas être loin de la région pour revenir aux anniversaires », je me dis mince, je ne suis jamais là, moi pour les anniversaires. Je fête les miens avec des étrangers, des gens avec qui peut-être dans 5 ans je n’aurai plus de contact, et je ne suis pas là pour ceux de mes amis.

« Mais t’es tout le temps en vacances ? »

C’est aussi un cliché sur ceux qui vivent à l’étranger. On est toujours en vacances parce qu’on part dans des destinations qui paraissent exotiques, vivre et en vacances. Parce que souvent il fait tout le temps beau. Il faut savoir qu’au Cambodge, il y a 26 jours fériés, j’ai pu y ajouter mes heures supplémentaires, et mes vacances comme tout salarié de droit francais. Je suis donc partie dans trois pays différents que celui dans lequel j’ai habité et j’ai aussi presque visité en long, en large et en travers le Cambodge. Cependant, oui j’ai des vacances mais non je ne suis pas tout le temps en vacances. Par contre, oui en général il fait beau et j’ai pu aller le midi manger au bord de la piscine, la plage n’est qu’à 4h et j’ai vécu en jupes et sandales toute l’année. Cela ne fait cependant pas de moi quelqu’un en vacances 365 jours par an. Je travaillais dans un bureau où je vois peu la lumière du jour, je travaillais plus que je n’ai eu de pause au bord de la piscine dans la journée (normal, me direz-vous).

« Ah mais tu dois être riche »

On rejoint le point précédent. Vivre à l’étranger a un coût et pour certains, cela signifie que si on peut se le permettre, on a de l’argent (encore plus, si c’est en famille, avec la scolarité des enfants, etc.) Evidemment aussi comme je voyage, je suis riche et puis je vais au restaurant trois fois par semaines, et puis je fais du Pilates et je me fais faire des chaussure sur mesure. Sauf que non, voyager ne veut pas dire être riche, voyager peut aussi vouloir dire économiser, mettre de côté pour un voyage et faire des choix sur d’autres choses. Déjà pour moi être riche est tout un concept, qu’est-ce qu’être riche ? Une personne n’est-elle pas plus facilement aisée que riche ? Et puis, on revient aussi au coût de la vie qui au Cambodge était, vraiment moindre que celui en France, et donc oui manger au restaurant deux fois par semaine ne coûte pas un bras, et faire des chaussures sur mesure en cuir ne coûte pas plus cher que la paire achetée à Zara ou les 40 000 tongs qu’on aura acheter en un an car abîmée avec la chaleur, la route, etc. Je pense que tout est relatif et que tout est une question de priorité. Il y a aussi la proximité, il est plus facile pour quelqu’un vivant aux Etats Unis, d’y faire des road trip, comme pour quelqu’un en Australie d’aller à Bali et pour quelqu’un vivant au Cambodge d’aller en Thaïlande « facilement ».

« J’espère que tu es entouré(e) »

Je l’ai souvent lu, et il y a eu cette discussion où on se demandait s’il était plus facile de se faire des amis dans une ville inconnu à l’autre bout du monde ou dans une ville inconnue en France. Je n’ai pas la réponse. Je n’étais pas seule là-bas, je ne suis pas seule quand je rentre en France. Mes amis sont éparpillés comme moi je suis éparpillée. Je rentre, je repars, je reviens. Je fais, je défais et je refais des valises. J’ai mes moments seules parce que je sais être seule avec moi-même, parce que je veux et j’ai besoin de ces moments, pour réfléchir, pour écrire, pour avoir le nez en l’air. Mais j’ai des soirées, des restaurants, des verres à aller boire, des séances cinéma à domicile, des brunchs, des massages à plusieurs ou seule, ce QG seule ou à plusieurs, je pars en vacances seule ou à plusieurs. On se fait des amis comme on se fait des amis en France. Cependant, je crois qu’effectivement l’expatriation, des fois, pousse à connaitre des gens qu’on aurait peut-être pas forcément côtoyer en France, à créer des liens plus vite aussi peut-être.

« Tu as l’électricité – internet – de l’eau potable ? » (rayée la mention inutile) / « Tu portes des sacs de riz ? »

Celle-là est spécifique pour les gens qui travaillent dans le développement international. Il y a une sacrée différence entre développement international et l’humanitaire (là où on pourrait croiser des gens qui portent des sacs de riz et encore !) et puis travailler dans le développement international ne veut pas forcément dire vivre en pleine brousse avec pas d’eau, ni d’électricité sous une moustiquaire à cause des milliers de moustiques et en compagnie des rats (même si cela peut arriver). Ne se laver qu’une fois par semaine et porter des petits enfants sur son dos. Ou encore être une hippie qui veut aider les autres. Je vous laisse regarder cette vidéo.

« Tu es payée ? »

Celle-là, je l’ai entendu pas mal de fois. Je pense qu’elle va avec le cliché typique du travailleur humanitaire qui porte des sacs de riz et dort dans une hutte en pleine brousse sans eau et électricité avec une barbe (pour les garçons de 10 mois). Mais oui, je suis payée, parce que le développement international/humanitaire est un champs/domaine de métier. Je ne suis pas « humanitaire » mais je peux être logisticienne, coordinatrice de projet, chef de mission, ingénieur, comptable, chargé de protection et j’en passe, et ce sont des métiers. Depuis quelques années, on parle de plus en plus de la professionnalisation de l’humanitaire, car il existe de plus en plus de diplômes, donc oui comme mes copains ingénieurs, j’ai un bac +5 (et je pourrais même être juriste ou passer le barreau si je le voulais) et donc oui je peux prétendre aux mêmes salaires que mes copains ingénieurs.

Et vous des questions qui vous agacent ? Ou des questions à poser ?

Cette fille-là

Cette fille-là

Il y a eu ma copine V. qui m’a dit que je méritais mieux que lui, mieux que ça. Je lui ai répondu que j’avais peur, peur à nouveau de souffrir. Je lui dit aussi que je me l’étais juré, que je me l’étais promis, que plus jamais. Plus jamais je n’aurai aussi mal, plus jamais je ne souffrirai autant. Et si finalement, elle avait raison, si j’étais à nouveau digne d’être aimée. Digne de ne plus être cette fille qu’il appelait en fin de soirée après quelques verres de trop, cette fille qu’il trouvait jolie mais non on n’ira pas au cinéma ensemble, cette fille qui le faisait rire mais non, on ne partira pas en voyage ensemble. Et si j’étais plus que cette fille qu’il aimait bien mais qu’il ne présentait pas à ses amis. Plus que cette chic fille qu’on voit dans le noir d’un appartement, cette jolie fille mais pas assez, pas assez pour lui tenir la main dans la rue, et pas assez pour un diner, pas assez pour qu’il se l’avoue, qu’on était quelque chose.

Plus que cette fille qui rassure, qui est là tout le temps, peu importe la gueule de bois du lendemain, ou la nuit agitée à avoir trop bu. Peu importe les coups de fil non répondus pour cause de mieux à faire. Plus que celle à qui on dit j’ai envie de toi au lieu de j’aimerais passer du temps avec toi. Plus que cette fille qui reste dans ce grand lit froid aux draps froissés parce que tu as mieux à faire, une randonnée, une sortie en mer, un rendez vous avec tes potes. Plus que cette fille avec qui tu sais que ça n’a pas beaucoup d’allure, mais que tu rappelles quand même. Cette fille qui reste derrière la porte fermée et qui continue à y croire, parce que tu l’as fait sourire, et parce qu’elle sait, parce qu’elle sent quelque chose mais que tu ne seras jamais fichu de lui dire.

Plus que cette fille dont tu cherches le corps dans la nuit mais que tu quittes au petit matin. Plus que cette fille qui se sent pas assez, jolie, intelligente, dégourdie pour toi. Plus que cette fille que tu embrasses sur le front mais que tu laisses sur un quai de gare. Plus que cette fille qui est jalouse d’Anna, Sarah, Charlotte alors qu’elle n’a aucune raison de l’être, mais que tu rends un peu moins sure d’elle. Plus que cette fille qui ne sait pas trop ce que tu veux, mais qui reste, peut-être parce qu’elle a un grand coeur ou parce qu’elle est trop gentille, ou un peu des deux. Plus que cette fille qui finit par se lasser mais que tu continues à rattraper, parce que tous les deux vous pensez pourquoi et pourquoi pas en même temps.

Cette fille que tu aimes vraiment bien, mais pas assez pour que tu dises que c’est différent avec elle. Cette fille que tu ne veux pas trop laisser partir et pourtant tu sais qu’il va falloir. Cette fille que tu apprécies, pour qui tu as de la tendresse, mais que tu malmènes parce que tu sais pas trop comment faire autrement. Cette fille que tu embrasses, cajoles, prends dans tes bras, mais dont tu ne sais pas quoi faire à temps plein, dont tu ne sais pas quoi faire après. Cette fille, pas d’un soir, un peu plus que ça, mais pas beaucoup plus, parce que tu n’es pas prêt, parce que ce n’est pas le bon moment. Cette fille avec qui tu partages rêves et envies, à qui tu te confies mais avec qui, tu n’es pas prêt à sauter le pas. Cette fille dont tu ne sais pas quoi faire, parce que ton cerveau et ton coeur disent pas trop la même chose. Cette fille que tu estimes pour de vrai, et à qui tu t’intéresses, mais pas assez, pas assez pour suffire.

Cette fille que tu finiras par laisser avec des fracas, parce que tu ne savais pas comment faire autrement, parce que c’est mieux comme ça. Cette fille envers laquelle tu t’excuseras surement un jour, parce qu’elle méritait mieux que ça, beaucoup mieux, mais peut être que ça, elle l’aura un peu oublié, un peu mis de côté, et qu’il faudra qu’elle y croit à nouveau. Qu’elle ne sera plus, juste, cette fille-là, qu’elle peut en être une autre. Qu’elle peut être cette fille avec qui c’est différent.

J’ai trouvé ma place (le développement international)

Je travaille dans le milieu du développement international ou de l’humanitaire, terme plus commun mais qui est faux. Il y a une vraie différence entre ces deux termes, ces deux domaines même si bien sur, ils relèvent tous les deux de la solidarité internationale*. C’est en lisant cet article que l’idée de l’article m’est venu. J’étais au Cambodge pour mon métier, tout comme je suis allée en Haïti pour la même raison, et Jérusalem aussi. Jérusalem a été le précurseur, je ne savais pas ce que c’était un pays en développement, la pauvreté qui vous tord les boyaux, cette même pauvreté qui vous révolte et vous donne envie de vous battre envers et contre tout. Jérusalem et ma première visite de ces populations palestiniennes oppressées en Cisjordanie, ont été ma révélation. Je ne m’étais pas trompée, j’avais fait mes études, pour ça, pour eux, pour que ces enfants aillent à l’école, que leur papa puisse aller travailler. Voilà pourquoi, les examens révisés au milieu de la nuit, les derniers sujets bouclés 5 min avant de le rendre, les nuits blanches, les « Non j’ai du travail », les « Je dois réviser », les « Oui mais seulement 5 min » , les « Oui mais seulement un verre ». Tout prenait sens, j’étais là où je devais être. Et puis Jérusalem, la Palestine, Israel s’est fini et a eu cet effet sur moi, de repartir révoltée, intriguée et frustrée.

Et puis il y a eu Haïti, choix conscient et pleinement assumé. Je voulais voir, connaitre ce pays sur lequel j’écrivais depuis deux ans. Naïvement, j’ai pensé que ce serait comme Jérusalem en un petit peu plus dur peut-être, Jérusalem ou le terrain devant chez moi ressemblait à un bidonville, où les enfants jouaient dans les conteneurs d’ordures, Jérusalem où des gens vivaient sans toit, sans eau, et ne savaient pas s’ils pourraient un jour se déplacer librement. Mais aussi Jérusalem et ses cafés, Jérusalem de Tel Aviv, Jérusalem d’Israel pays développé avec une ligne de trame, des autoroutes, des centres commerciaux. Je me suis trompée, et bien trompée. Haïti a été une réelle claque et encore une fois, une révélation, une consécration. Je ne m’étais pas trompée, j’étais bien à la bonne place, là où je devais être. J’ai mis du temps à m’en rendre compte, je me suis même demandé si Haïti n’était pas ma limite, si je ne la touchais pas du bout des doigts, si ce n’était pas trop. Mes trois premiers jours ont été vraiment dur, on m’aurait donné un billet d’avion pour repartir, je l’aurai aussitôt utilisé. Il y a eu cette arrivée de nuit et cette traversée de Port Prince, la chaleur pesante, le tonnerre qui grondait et les éclairs qui éclairaient la ville, les détritus, les sans abris, les bâtiments encore à terre, les gens dans la rue, la misère. Elle était là, bien réelle, elle l’est dans tous les pays où j’ai vécu.

Je suis tombée récemment sur un article qui se demandait si à force de vivre tout « ça », de voir des situations difficiles, on finissait par perdre notre compassion, on finissait par ne plus être touché par les histoires des gens, par des enfants qui mendient (et s’il vous plait, ne leur donnez rien même si ça vous brise le coeur. Donnez à un enfant dans la rue, c’est maintenir cet enfant dans la rue) et je me suis dit que le jour où cela m’arriverait alors, il serait temps pour moi de changer de métier. Il parait qu’on s’habitue à tout, je ne suis pas sure. Je me rappelle de ce petit garçon en pleine campagne cambodgienne qui m’a brisé le coeur, ou de ces dames en Haïti que j’aurai voulu aider à porter leurs bidons d’eau, et tout pleins de situations comme ça.

Je me rappelle exactement quand j’ai choisi que ça allait devenir mon métier. Je lisais un email d’un ami de la famille, déployé pour faire face au tsunami de Banda Ache en Indonésie. Il parlait de la dignité de la population, qui à genoux se relevait déjà et était entrain de reconstruire. En lisant cet email, j’ai su. J’ai su que je voulais aider les autres, et j’ai su comment je voulais le faire. Je savais déjà que je voulais aider les autres, on m’a souvent répété étant petite, que je serais avocate. J’étais toujours entrain d’argumenter, toujours entrain de défendre et toujours entrain de me révolter contre les injustices, aussi minimes soit elles. Je savais aussi que je voulais aider les enfants, me battre pour qu’ils gardent leur innocence le plus longtemps possible.

*J’y reviendrai dans un prochain article si cela vous intéresse. D’ailleurs, n’hésitez pas si vous avez des questions, des choses que vous voulez savoir. 

Les 17 objectifs du développement durable adoptés pour les 15 prochaines années,par les Nations Unies
Les 17 objectifs du développement durable adoptés pour les 15 prochaines années, par les Nations Unies

Trois mois à Jérusalem

J’ai lu Une bouteille dans la mer de Gaza et Chroniques de Jérusalem (que je recommande) et il y a eu ces mots familiers, des noms de rues que j’ai arpenté, quelques mots d’arabes que je me suis essayé à bredouiller, et j’ai voulu vous raconter. Vous raconter Jérusalem, Israël, les Territoires palestiniens, le mur. Vous raconter ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu (Il n’y a aucun parti pris politique. J’ai bien sur mes opinions, vous avez les vôtres, on peut bien sur en discuter mais je ne suis pas là pour lancer un débat, ou refaire l’histoire, même si ça m’arrive pas mal de fois entre moi et moi même ou moi et mes amis.) Cet article c’est trois mois à Jérusalem, et quelques souvenirs par ci par là, au milieu de ce conflit. Trois mois au Moyen Orient, zone appelée instable et dont on entend parler souvent, quasiment quotidiennement.

J’ai vu des israéliens et des palestiniens célébrer la fin du jeun ensemble. J’ai passé des check point et dû prouver mon identité. J’ai dû mentir aussi, la communauté internationale n’est pas forcément bien vue par tout le monde. Certains s’en fichent, d’autres accusent, certains détournent le regard, d’autres questionnent. J’ai vu Hébron, Naplouse, Ramallah, Jaffa, Jéricho, Tel Aviv, Eilat et la mer morte. J’ai entendu parler hébreux et arabe. J’ai vu le sionisme et l’antisémitisme. La vieille ville et ses sept portes, Beit Hanina et Sallah Hadin Street, le marché de Mahane Yehuda et la rue Ben Yehuda. Jérusalem Est et Jérusalem Ouest. Les bus palestiniens et les bus israéliens, le tramway aussi. Je vous dirais que Jérusalem, c’est deux systèmes parallèles. Deux systèmes de transports, ou encore deux modes de vie.

J’ai vécu la Jordanie, un coup de folie, cinq jours en sac à dos, seule sans téléphone ni réservation. J’ai vu son désert qui m’a captivé, envoûté, et ces bédouins et leur immense gentillesse. J’ai vu Petra et fait de superbes randonnées. Je suis retournée au VIIIème siècle avant J.C. Je me suis un peu prise pour Indiana Jones devant le monument du Trésor. J’ai vu la Jordanie comme on la voit une fois dans sa vie, je la revoie à travers mes souvenirs et ma folie. Un coup de tête et j’étais partie, sans rien, juste mon sac à dos, et quelques shekels.

J’ai baragouiné quelques mots d’arabes avec mes collègues mais surtout avec la femme de ménage, elle m’a le plus appris. J’ai été en conflit avec moi même, avec les israéliens, les palestiniens, et ma colocataire. Je n’ai jamais cru aux gentils et aux méchants, à une histoire toute noire ou blanche. J’ai entendu parler de rockets, et d’attentats. Du Hamas et de terrorisme. Des accords d’Oslo et des deux intifadas. J’ai appris ce que c’était d’être étudiant en temps de guerre civile, se cacher dans la montagne la nuit pour avoir la chance d’aller à l’école le lendemain. J’ai joué avec ces gamins qui se prennent des pierres sur le chemin de l’école, et j’ai été interrogé par des soldats dans un bar. J’ai vu des colonies et les dommages sur des générations entières. J’ai ressenti l’endoctrinement dès la plus tendre enfance, c’est forcément l’autre (qui est diffèrent, peu importe qui il est) le méchant. J’ai rencontré des gens tolérants, comme des gens revanchards. On a pu me dire que c’était dur de ne pas devenir raciste, mais qu’aussi comme dans chaque pays, il y a des cons. J’ai vu Jérusalem que tout le monde veut comme capitale, ces remparts qui la protège. Le dôme du rocher, le mur des lamentations, la via dolorosa. Le croisement de toutes ces religions. J’ai vécu un diner de shabbat et d’Iftar aussi (repas de rupture du jeun le soir pendant le ramadam). Je me suis fait draguer, et ne partageant pas la même religion, ils m’ont tourné le dos. J’ai vu des soldats aussi jeunes que moi, ces gamins avec des armes aussi grandes que leur bras. J’ai appris que le service militaire était obligatoire pour tous à 18ans.

J’ai vu ces trois religions se mélanger, se côtoyer, se sourire. Vendredi, jour saint pour les musulmans. Shabbat du vendredi au samedi soir. Et le dimanche, jour du seigneur pour les chrétiens. J’ai eu du mal à trouver du porc et de l’alcool. J’ai mangé des fallafels, et du humus, du knafeh aussi. Il y a eu ces familles palestiniennes privées de leurs droits les plus fondamentaux, dans des zones quasi inaccessibles. Des maisons sans toit, sans eau et si peu d’espace pour ce si grand nombre. Des terres appartenant à des ancêtres qu’on ne veut pas quitter. J’ai râlé contre les bus israéliens qui ne circulent pas le samedi, et je me suis étonnée de certaines règles du shabbat. J’ai respecté le ramadan même si j’ai manqué de manger mon Mars en plein milieu du marché musulman en période de jeun. J’ai été surprise de la force de ces femmes supportant leurs vêtements sous la chaleur écrasante. Il y a eu Ramallah et Tel Aviv pour faire la fête, et l’appel à la prière tous les matins (et la nuit aussi). Le sursaut au premier bruit de feu d’artifice, et le four qui a failli nous exploser entre les mains. Il y a eu les petites rues de la vieille ville, et cette vue magnifique du haut du Mont des Oliviers ou de l’Auspice Autrichien. Ce wine et cheese à Notre Dame. Il y a ces voisins palestiniens séparés par un mur et ces familles israéliennes, qui ne savent rien de la vie de l’autre coté de ce mur.

Jérusalem, j’ai eu du mal à y trouver de la magie, comme ce fut le cas en Haïti. Mais il y en a dans les yeux des enfants, des adolescents. Il y a dans les yeux de tous ces gens qui croient. Il y en a dans ces ruelles de la vieille ville, et quand le soleil se couche sur le dôme du rocher et le mur des lamentations. Jérusalem, c’est cosmopolite, un vrai melting pot. On y entend parler français, comme anglais, hébreux, arabe. Tout comme on entend parler de Yahvé, Jésus et Allah. Il y a de la magie dans les yeux de ceux qui croient à la paix, que ce soit à un seul Etat ou à deux Etats, que ce soit avec Jérusalem ou Tel Aviv comme capitale.

Je n’avais pas choisi le Moyen Orient, je ne sais pas si je le re-choisirai. Mais qu‘est ce que j’ai pu apprendre, et je suis revenue frustrée, révoltée , intriguée et c’est bien tout ça que vaut cette ville, ce pays, ces pays, ces peuples, cette histoire. Si ce n’est plus.

   

Août

Aout en images

Le dernier jour de juillet, j’ai posé les pieds en France. Je ne me rappelle plus bien, à part qu’il était 7h du matin et qu’il faisait un peu froid, et que ma valise était un peu lourde. On s’est perdu sur le périphérique et j’ai beaucoup ri. Il y a une pause madeleine et quelques minutes volées au sommeil. Il ne fallait pas trop dormir sinon je n’allais pas pouvoir me remettre du décalage horaire (même si c’est toujours plus facile de ce côté là).

Il y a eu une raclette en plein mois de juillet, et puis on a pris la route pour aller dans ce petit coin de paradis qui m’est cher. Petit coin de paradis dans lequel on se retrouve tous et août s’est faufilé sous mes pieds sans que je ne m’en rende bien compte. Août fut rempli de rires, de sourires, de grandes tablées, de plongeons dans les vagues, de sable entre les pieds, de siestes dans le hamac, de fraises et de tomates cerises du jardin, de melon et de thés sur la terrasse. Août s’est faufilé entre les regards, les embrassades, les heures à parler avec elle, avec lui, avec eux. Août s’est faufilé entre les amis venus me voir dans ce petit coin de paradis, et la famille qui s’est agrandie au fur et à mesure.

Août s’est dissipé dans les sms aux copains, « Je suis rentré mais non je suis pas là», « On se voit bientôt». Dans les « Faudra que tu me racontes », dans les cadeaux distribués, dans les noms de ces villes et de ces fruits que j’énumérais pour leur parler de là-bas.

Août s’est faufilé sous mes pieds nus dans le sable, dans l’océan, dans l’herbe. Entre les parties de raquette et de football. Les soirées à la fête foraine et à manger une glace. Entre les bras de ma maman, ceux de mes neveux et les sourires de mon grand-père. Les taquineries entre cousins et les questions pour rattraper le temps perdu, manqué, retrouvé.

Août fut rempli de barbecues, de fruits, de glaces à la passion et à la framboise. Août fut gourmand et juteux. Août fut rempli de voyages en train, et de retrouvailles entre copines, au bord de la mer, à s’habiller toutes les trois en bleu sans s’être consulté et aller danser sur la plage. Août s’est passé dans ces maisons de vacances, à jouer, aux cartes, aux dominos.

Août est passé avec un sourire grand jusqu’aux oreilles et l’envie de serrer et d’embrasser les miens à chaque moment, à chaque seconde. Août est passé avec la certitude, que j’ai bien fait de rentrer, que ça fait du bien d’être à la maison. Evidence que j’ai prononcée devant le feu d’artifice, feu d’artifice que j’avais manqué ces dernières années, mais que pour rien au monde je ne manquais étant petite, et que pour rien au monde, je n’aurai manqué cette année. Je retrouvais cette sensation d’être à la bonne place, là sur cette dune, à regarder le ciel se parsemer de rouge, de bleu puis de vert, avec les gens que j’aime, les plus petits faisant des « Oh » et «  Ah » et le adultes, des « la belle bleue » et « la belle rouge ».