Cette fille-là

Cette fille-là

Il y a eu ma copine V. qui m’a dit que je méritais mieux que lui, mieux que ça. Je lui ai répondu que j’avais peur, peur à nouveau de souffrir. Je lui dit aussi que je me l’étais juré, que je me l’étais promis, que plus jamais. Plus jamais je n’aurai aussi mal, plus jamais je ne souffrirai autant. Et si finalement, elle avait raison, si j’étais à nouveau digne d’être aimée. Digne de ne plus être cette fille qu’il appelait en fin de soirée après quelques verres de trop, cette fille qu’il trouvait jolie mais non on n’ira pas au cinéma ensemble, cette fille qui le faisait rire mais non, on ne partira pas en voyage ensemble. Et si j’étais plus que cette fille qu’il aimait bien mais qu’il ne présentait pas à ses amis. Plus que cette chic fille qu’on voit dans le noir d’un appartement, cette jolie fille mais pas assez, pas assez pour lui tenir la main dans la rue, et pas assez pour un diner, pas assez pour qu’il se l’avoue, qu’on était quelque chose.

Plus que cette fille qui rassure, qui est là tout le temps, peu importe la gueule de bois du lendemain, ou la nuit agitée à avoir trop bu. Peu importe les coups de fil non répondus pour cause de mieux à faire. Plus que celle à qui on dit j’ai envie de toi au lieu de j’aimerais passer du temps avec toi. Plus que cette fille qui reste dans ce grand lit froid aux draps froissés parce que tu as mieux à faire, une randonnée, une sortie en mer, un rendez vous avec tes potes. Plus que cette fille avec qui tu sais que ça n’a pas beaucoup d’allure, mais que tu rappelles quand même. Cette fille qui reste derrière la porte fermée et qui continue à y croire, parce que tu l’as fait sourire, et parce qu’elle sait, parce qu’elle sent quelque chose mais que tu ne seras jamais fichu de lui dire.

Plus que cette fille dont tu cherches le corps dans la nuit mais que tu quittes au petit matin. Plus que cette fille qui se sent pas assez, jolie, intelligente, dégourdie pour toi. Plus que cette fille que tu embrasses sur le front mais que tu laisses sur un quai de gare. Plus que cette fille qui est jalouse d’Anna, Sarah, Charlotte alors qu’elle n’a aucune raison de l’être, mais que tu rends un peu moins sure d’elle. Plus que cette fille qui ne sait pas trop ce que tu veux, mais qui reste, peut-être parce qu’elle a un grand coeur ou parce qu’elle est trop gentille, ou un peu des deux. Plus que cette fille qui finit par se lasser mais que tu continues à rattraper, parce que tous les deux vous pensez pourquoi et pourquoi pas en même temps.

Cette fille que tu aimes vraiment bien, mais pas assez pour que tu dises que c’est différent avec elle. Cette fille que tu ne veux pas trop laisser partir et pourtant tu sais qu’il va falloir. Cette fille que tu apprécies, pour qui tu as de la tendresse, mais que tu malmènes parce que tu sais pas trop comment faire autrement. Cette fille que tu embrasses, cajoles, prends dans tes bras, mais dont tu ne sais pas quoi faire à temps plein, dont tu ne sais pas quoi faire après. Cette fille, pas d’un soir, un peu plus que ça, mais pas beaucoup plus, parce que tu n’es pas prêt, parce que ce n’est pas le bon moment. Cette fille avec qui tu partages rêves et envies, à qui tu te confies mais avec qui, tu n’es pas prêt à sauter le pas. Cette fille dont tu ne sais pas quoi faire, parce que ton cerveau et ton coeur disent pas trop la même chose. Cette fille que tu estimes pour de vrai, et à qui tu t’intéresses, mais pas assez, pas assez pour suffire.

Cette fille que tu finiras par laisser avec des fracas, parce que tu ne savais pas comment faire autrement, parce que c’est mieux comme ça. Cette fille envers laquelle tu t’excuseras surement un jour, parce qu’elle méritait mieux que ça, beaucoup mieux, mais peut être que ça, elle l’aura un peu oublié, un peu mis de côté, et qu’il faudra qu’elle y croit à nouveau. Qu’elle ne sera plus, juste, cette fille-là, qu’elle peut en être une autre. Qu’elle peut être cette fille avec qui c’est différent.

J’ai trouvé ma place (le développement international)

Je travaille dans le milieu du développement international ou de l’humanitaire, terme plus commun mais qui est faux. Il y a une vraie différence entre ces deux termes, ces deux domaines même si bien sur, ils relèvent tous les deux de la solidarité internationale*. C’est en lisant cet article que l’idée de l’article m’est venu. J’étais au Cambodge pour mon métier, tout comme je suis allée en Haïti pour la même raison, et Jérusalem aussi. Jérusalem a été le précurseur, je ne savais pas ce que c’était un pays en développement, la pauvreté qui vous tord les boyaux, cette même pauvreté qui vous révolte et vous donne envie de vous battre envers et contre tout. Jérusalem et ma première visite de ces populations palestiniennes oppressées en Cisjordanie, ont été ma révélation. Je ne m’étais pas trompée, j’avais fait mes études, pour ça, pour eux, pour que ces enfants aillent à l’école, que leur papa puisse aller travailler. Voilà pourquoi, les examens révisés au milieu de la nuit, les derniers sujets bouclés 5 min avant de le rendre, les nuits blanches, les « Non j’ai du travail », les « Je dois réviser », les « Oui mais seulement 5 min » , les « Oui mais seulement un verre ». Tout prenait sens, j’étais là où je devais être. Et puis Jérusalem, la Palestine, Israel s’est fini et a eu cet effet sur moi, de repartir révoltée, intriguée et frustrée.

Et puis il y a eu Haïti, choix conscient et pleinement assumé. Je voulais voir, connaitre ce pays sur lequel j’écrivais depuis deux ans. Naïvement, j’ai pensé que ce serait comme Jérusalem en un petit peu plus dur peut-être, Jérusalem ou le terrain devant chez moi ressemblait à un bidonville, où les enfants jouaient dans les conteneurs d’ordures, Jérusalem où des gens vivaient sans toit, sans eau, et ne savaient pas s’ils pourraient un jour se déplacer librement. Mais aussi Jérusalem et ses cafés, Jérusalem de Tel Aviv, Jérusalem d’Israel pays développé avec une ligne de trame, des autoroutes, des centres commerciaux. Je me suis trompée, et bien trompée. Haïti a été une réelle claque et encore une fois, une révélation, une consécration. Je ne m’étais pas trompée, j’étais bien à la bonne place, là où je devais être. J’ai mis du temps à m’en rendre compte, je me suis même demandé si Haïti n’était pas ma limite, si je ne la touchais pas du bout des doigts, si ce n’était pas trop. Mes trois premiers jours ont été vraiment dur, on m’aurait donné un billet d’avion pour repartir, je l’aurai aussitôt utilisé. Il y a eu cette arrivée de nuit et cette traversée de Port Prince, la chaleur pesante, le tonnerre qui grondait et les éclairs qui éclairaient la ville, les détritus, les sans abris, les bâtiments encore à terre, les gens dans la rue, la misère. Elle était là, bien réelle, elle l’est dans tous les pays où j’ai vécu.

Je suis tombée récemment sur un article qui se demandait si à force de vivre tout « ça », de voir des situations difficiles, on finissait par perdre notre compassion, on finissait par ne plus être touché par les histoires des gens, par des enfants qui mendient (et s’il vous plait, ne leur donnez rien même si ça vous brise le coeur. Donnez à un enfant dans la rue, c’est maintenir cet enfant dans la rue) et je me suis dit que le jour où cela m’arriverait alors, il serait temps pour moi de changer de métier. Il parait qu’on s’habitue à tout, je ne suis pas sure. Je me rappelle de ce petit garçon en pleine campagne cambodgienne qui m’a brisé le coeur, ou de ces dames en Haïti que j’aurai voulu aider à porter leurs bidons d’eau, et tout pleins de situations comme ça.

Je me rappelle exactement quand j’ai choisi que ça allait devenir mon métier. Je lisais un email d’un ami de la famille, déployé pour faire face au tsunami de Banda Ache en Indonésie. Il parlait de la dignité de la population, qui à genoux se relevait déjà et était entrain de reconstruire. En lisant cet email, j’ai su. J’ai su que je voulais aider les autres, et j’ai su comment je voulais le faire. Je savais déjà que je voulais aider les autres, on m’a souvent répété étant petite, que je serais avocate. J’étais toujours entrain d’argumenter, toujours entrain de défendre et toujours entrain de me révolter contre les injustices, aussi minimes soit elles. Je savais aussi que je voulais aider les enfants, me battre pour qu’ils gardent leur innocence le plus longtemps possible.

*J’y reviendrai dans un prochain article si cela vous intéresse. D’ailleurs, n’hésitez pas si vous avez des questions, des choses que vous voulez savoir. 

Les 17 objectifs du développement durable adoptés pour les 15 prochaines années,par les Nations Unies
Les 17 objectifs du développement durable adoptés pour les 15 prochaines années, par les Nations Unies

Trois mois à Jérusalem

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J’ai lu Une bouteille dans la mer de Gaza et Chroniques de Jérusalem (que je recommande) et il y a eu ces mots familiers, des noms de rues que j’ai arpenté, quelques mots d’arabes que je me suis essayé à bredouiller, et j’ai voulu vous raconter. Vous raconter Jérusalem, Israël, les Territoires palestiniens, le mur. Vous raconter ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu (Il n’y a aucun parti pris politique. J’ai bien sur mes opinions, vous avez les vôtres, on peut bien sur en discuter mais je ne suis pas là pour lancer un débat, ou refaire l’histoire, même si ça m’arrive pas mal de fois entre moi et moi même ou moi et mes amis.) Cet article c’est trois mois à Jérusalem, et quelques souvenirs par ci par là, au milieu de ce conflit. Trois mois au Moyen Orient, zone appelée instable et dont on entend parler souvent, quasiment quotidiennement.

J’ai vu des israéliens et des palestiniens célébrer la fin du jeun ensemble. J’ai passé des check point et dû prouver mon identité. J’ai dû mentir aussi, la communauté internationale n’est pas forcément bien vue par tout le monde. Certains s’en fichent, d’autres accusent, certains détournent le regard, d’autres questionnent. J’ai vu Hébron, Naplouse, Ramallah, Jaffa, Jéricho, Tel Aviv, Eilat et la mer morte. J’ai entendu parler hébreux et arabe. J’ai vu le sionisme et l’antisémitisme. La vieille ville et ses sept portes, Beit Hanina et Sallah Hadin Street, le marché de Mahane Yehuda et la rue Ben Yehuda. Jérusalem Est et Jérusalem Ouest. Les bus palestiniens et les bus israéliens, le tramway aussi. Je vous dirais que Jérusalem, c’est deux systèmes parallèles. Deux systèmes de transports, ou encore deux modes de vie.

J’ai vécu la Jordanie, un coup de folie, cinq jours en sac à dos, seule sans téléphone ni réservation. J’ai vu son désert qui m’a captivé, envoûté, et ces bédouins et leur immense gentillesse. J’ai vu Petra et fait de superbes randonnées. Je suis retournée au VIIIème siècle avant J.C. Je me suis un peu prise pour Indiana Jones devant le monument du Trésor. J’ai vu la Jordanie comme on la voit une fois dans sa vie, je la revoie à travers mes souvenirs et ma folie. Un coup de tête et j’étais partie, sans rien, juste mon sac à dos, et quelques shekels.

J’ai baragouiné quelques mots d’arabes avec mes collègues mais surtout avec la femme de ménage, elle m’a le plus appris. J’ai été en conflit avec moi même, avec les israéliens, les palestiniens, et ma colocataire. Je n’ai jamais cru aux gentils et aux méchants, à une histoire toute noire ou blanche. J’ai entendu parler de rockets, et d’attentats. Du Hamas et de terrorisme. Des accords d’Oslo et des deux intifadas. J’ai appris ce que c’était d’être étudiant en temps de guerre civile, se cacher dans la montagne la nuit pour avoir la chance d’aller à l’école le lendemain. J’ai joué avec ces gamins qui se prennent des pierres sur le chemin de l’école, et j’ai été interrogé par des soldats dans un bar. J’ai vu des colonies et les dommages sur des générations entières. J’ai ressenti l’endoctrinement dès la plus tendre enfance, c’est forcément l’autre (qui est diffèrent, peu importe qui il est) le méchant. J’ai rencontré des gens tolérants, comme des gens revanchards. On a pu me dire que c’était dur de ne pas devenir raciste, mais qu’aussi comme dans chaque pays, il y a des cons. J’ai vu Jérusalem que tout le monde veut comme capitale, ces remparts qui la protège. Le dôme du rocher, le mur des lamentations, la via dolorosa. Le croisement de toutes ces religions. J’ai vécu un diner de shabbat et d’Iftar aussi (repas de rupture du jeun le soir pendant le ramadam). Je me suis fait draguer, et ne partageant pas la même religion, ils m’ont tourné le dos. J’ai vu des soldats aussi jeunes que moi, ces gamins avec des armes aussi grandes que leur bras. J’ai appris que le service militaire était obligatoire pour tous à 18ans.

J’ai vu ces trois religions se mélanger, se côtoyer, se sourire. Vendredi, jour saint pour les musulmans. Shabbat du vendredi au samedi soir. Et le dimanche, jour du seigneur pour les chrétiens. J’ai eu du mal à trouver du porc et de l’alcool. J’ai mangé des fallafels, et du humus, du knafeh aussi. Il y a eu ces familles palestiniennes privées de leurs droits les plus fondamentaux, dans des zones quasi inaccessibles. Des maisons sans toit, sans eau et si peu d’espace pour ce si grand nombre. Des terres appartenant à des ancêtres qu’on ne veut pas quitter. J’ai râlé contre les bus israéliens qui ne circulent pas le samedi, et je me suis étonnée de certaines règles du shabbat. J’ai respecté le ramadan même si j’ai manqué de manger mon Mars en plein milieu du marché musulman en période de jeun. J’ai été surprise de la force de ces femmes supportant leurs vêtements sous la chaleur écrasante. Il y a eu Ramallah et Tel Aviv pour faire la fête, et l’appel à la prière tous les matins (et la nuit aussi). Le sursaut au premier bruit de feu d’artifice, et le four qui a failli nous exploser entre les mains. Il y a eu les petites rues de la vieille ville, et cette vue magnifique du haut du Mont des Oliviers ou de l’Auspice Autrichien. Ce wine et cheese à Notre Dame. Il y a ces voisins palestiniens séparés par un mur et ces familles israéliennes, qui ne savent rien de la vie de l’autre coté de ce mur.

Jérusalem, j’ai eu du mal à y trouver de la magie, comme ce fut le cas en Haïti. Mais il y en a dans les yeux des enfants, des adolescents. Il y a dans les yeux de tous ces gens qui croient. Il y en a dans ces ruelles de la vieille ville, et quand le soleil se couche sur le dôme du rocher et le mur des lamentations. Jérusalem, c’est cosmopolite, un vrai melting pot. On y entend parler français, comme anglais, hébreux, arabe. Tout comme on entend parler de Yahvé, Jésus et Allah. Il y a de la magie dans les yeux de ceux qui croient à la paix, que ce soit à un seul Etat ou à deux Etats, que ce soit avec Jérusalem ou Tel Aviv comme capitale.

Je n’avais pas choisi le Moyen Orient, je ne sais pas si je le re-choisirai. Mais qu‘est ce que j’ai pu apprendre, et je suis revenue frustrée, révoltée , intriguée et c’est bien tout ça que vaut cette ville, ce pays, ces pays, ces peuples, cette histoire. Si ce n’est plus.