2017, et des parenthèses.

J’avais ce titre d’article depuis quelques temps dans la tête, les parenthèses. Je l’avais écrit dans un coin de mon carnet et dans le bloc notes de mon téléphone, mais je ne savais pas trop quoi en faire, quoi mettre dedans, parce qu’il y en a eu plusieurs des parenthèses, parce qu’elles ont été belles et difficiles à la fois, parce que même si 2017 rime avec paillettes, il n’y a pas eu qu’elles.

J’écris du dernier trimestre de 2016, que je titube, je vacille, je déborde. J’écris que septembre me prend dans sa tornade et qu’avec octobre, je ne suis pas toujours très stable. Je fête la nouvelle année avec mes amis de presque toujours – presque toujours veut dire du lycée, et maintenant que je ne les vois que très peu, je me rends compte à quel point, je chéris nos moments.

Je change de travail en janvier, mois de mon anniversaire – que je fête par un brunch entre amis et famille et une chouette soirée en tête à tête au cinéma avec La la land. Je me retrouve maintenant à être auprès de ceux qui traversent la Méditerranée, à écouter des récits d’océan qui prend les migrants, de pays d’ailleurs que je ne connaissais pas et dont maintenant je connais les capitales et les accents chantants. Je me retrouve avec des valeurs encore plus fortes, qui s’imposent à moi et qui font partie de la personne que je suis et que je veux être. Des valeurs que je défends bec et ongle et peut-être des valeurs qui me feront quitter ce travail que j’aime tant.

J’aime mon métier plus que tout, notamment quand je prends dans mes bras – ce dont je n’ai pas l’habitude, sauf que là, je ne savais plus comment le saluer, comment le féliciter –  un demandeur d’asile qui a vécu l’enfer, qui monte sur scène et raconte son histoire avec poésie et dignité, douleur et colère.  Quand sur scène, ils racontent le Darfour, le Soudan, la Libye. Qu’ils disent haut et fort, qu’ils ont été vendus comme des chèvres et des cochons. Comme des esclaves. Quand sur scène, ils racontent l’horreur de la traversée en mer. Quand je leur demande dans mon bureau, s’ils ont peur, et qu’ils me répondent, vous savez Madame, j’ai vécu la Méditerranée, je n’ai plus peur de rien. Quand on leur demande s’ils ont encore de l’espoir, et que l’un d’eux dit, que sans espoir, il ne serait pas debout, c’est tout ce qui lui reste car tout a été détruit, tout est perdu et qu’un autre ajoute que lui n’a plus d’espoir, qu’après trois ans ici, à être malmené, il n’a plus d’espoir. Quand un autre nous supplie sur cette même scène, d’avoir de l’empathie, de la bienveillance pour les gens dans la rue.

Je suis révoltée aussi dans ce métier, quand du bout des lèvres, à voix basse après avoir regardé autour d’eux à plusieurs reprises, ils m’appellent madame puis mon prénom et me demandent si je pourrais leur donner 2 euros pour s’acheter un pack d’eau parce qu’ils n’ont plus d’argent parce que l’Etat fait mine de les aider mais pas trop quand même, il ne faudrait pas qu’ils se mettent à calculer sur leurs bateaux en Méditerranée – parce qu’évidemment c’est ça qui les préoccupe sur ces bateaux où ils sont 200 au lieu de 30 en pleine mer sous le vent, la pluie, serrant les plus petits, priant pour arriver sain et sauf, pour ne pas chavirer, pour ne pas se retrouver dans cette eau qui leur fait peur, cette eau qu’ils ne seront pas appréhender, cette eau dans laquelle ils ne savent pas nager ou si peu et puis même s’ils savaient nager, cela ne leur assurerait pas leur survie. Et puis, il ne faudrait pas qu’ils se passent le mot « viens, ici ils nous aident vraiment, ils nous donnent de l’argent pour vivre ». Alors l’Etat donne le strict minimum et quand j’écris cette absurdité, ma tête hoche de gauche à droite pour dire non, ce n’est même pas le strict minimum mais même quand ils arrivent à me demander ça dans mon bureau avec honte et embarras et la peur que je ne les regarde plus comme avant, la France reste pour eux le pays des droits de l’homme et dans ma tête, ça crie foutaise, ce sont des foutaises. D’où laisser des êtres humains, dormir dans la rue et d’où nous nous permettons de nous appeler, de nous faire appeler le pays des droits de l’homme, et bien trop souvent on échoue. Et pourtant quand je leur demande pourquoi demander l’asile en France alors ils me répondent presque tous pour la sécurité, pour que je sois en sécurité, parce que c’est le pays des droits de l’homme qu’ils me disent avec leur sourire, avec certitude et leur conviction et s’il y a bien quelqu’un à convaincre de cette aberration, c’est bien moi parce que c’est moi qui vois les hôtels miteux dans lesquels l’Etat les place quand l’Etat daigne les placer. C’est moi qui les vois devoir aller aux resto du coeur, me demander de l’aide pour trouver des vêtements, ne pas se plaindre alors que leurs corps sont remplis de piqures de punaise de lit, qu’ils partagent leur chambre avec des rats, qu’ils ne sont vus que comme des numéros parce que tu comprends ils s’appellent tous pareils, ils se ressemblent tous et puis si en plus des fois leurs histoires se ressemblent – n’en parlons plus – alors que je connais chacun de leur prénom et nom de famille, que je sais leur nationalité et quasi toutes leurs histoires et que même s’ils viennent du même pays et que même si ce pays nous paraît sûr de loin, eux ils savent pourquoi ils ont pris la route, pourquoi ils ont marché, pourquoi ils sont là et il faut arrêter avec ce discours, non ils ne sont pas là pour l’argent parce que si vous aviez ce qu’ils reçoivent, vous ne resteriez sûrement pas, vous ne seriez même pas venus et je ne parle pas de l’accueil qu’ils reçoivent dans les administrations, la préfecture qui leur dit qu’ils devraient être honorés d’être ici, ce sont plutôt nous qui devrions être honorés de les avoir, leur richesse, leur culture, leur vie qui valent bien plus que ce qu’on veut leur donner.

« Nous voyons ce que les êtres humains sont capables de se faire les uns aux autres. Mais au lieu de nous désoler ou de nous décourager, nous brûlons de colère ! » Pure colère, Camille Lepage

Il y a eu un garçon, et des chouettes parenthèses, au sommet des montagnes, au bord de l’océan, dans les vignes, dans des appartements parisiens, et même si c’était peut-être un peu couru d’avance, et même s’il y a eu les derniers messages, ceux qui disent que c’est fini un peu, que c’est comme ça, que c’est la vie, pas le bon timing, il y a eu les baisers sur le front, la chaleur de ses bras, les papillons dans le ventre, les draps froissés, les corps qui s’étreignent, les siestes au soleil ou sous la tente, l’amour au matin, la vie folle – ô ça oui la vie folle – tout ce qu’on s’est dit et tout ce qu’on a vécu, tout ce qu’on ne s’est pas dit aussi, tout ce qu’on a préféré se toucher, s’embrasser, se regarder plutôt que se dire. Et je crois que c’est une de mes fiertés, avoir su que je pouvais retomber amoureuse, que je pouvais être aimé, que j’étais assez bien pour quelqu’un, que c’était possible, et c’est peut-être pas grand chose, mais je crois que pour moi, ça veut dire beaucoup. Et même si j’ai un peu pleuré cette histoire, un peu pleuré ce foutu timing et cette foutue distance, j’ai aussi souri grand de mes bêtises à ses côtés, de ses pitreries et de ses yeux qui me regardaient.

J’ai aussi été bien entourée, on se retourne et en fait, on voit qu’il y a des gens pour nous tenir la main, pour nous trainer boire un verre alors qu’on en a pas très envie, des gens pour nous écouter, et pour ouvrir les bras, pour poser la tête sur une épaule bienveillante et se laisser aller. Des gens que le travail a mis sur la route, des gens que l’internet a mis sur la route. Se rendre compte que les autres sont là, pour les coups durs mais aussi pour les petites célébrations, pour s’entendre dire que non on ne mérite pas ça, que non ce n’est pas de notre faute, qu’on a fait de notre mieux, que c’est normal de craquer. Je crois que ça veut tout dire, d’avoir ces personnes là pas loin.

Il y a eu, selon la SNCF, 11 gares explorées et plus de 6000 kilomètres en train, et pas un seul avion, alors pour 2018, je me suis promise que je remettrais les pieds dans un avion, et plusieurs si possible. Je pense à une nouvelle expatriation, à l’Afrique cette fois-ci, avant d’avoir pendant une demie seconde songé à l’Amérique du nord. L’autre jour, j’étais dans une librairie et je me suis perdue au rayon monde, au rayon Afrique et j’ai maintenant une liste de livres à lire aussi haute que moi. Il y a des envies d’ailleurs lointain, d’urgence et de pieds dans la poussière, de pays en conflit, de contexte géopolitique particulier, que je veux explorer, comprendre et on ne peut pas comprendre en trois jours ou en trois livres, il faut le vivre, s’en imprégner et s’y laisser vivre.

Il y a eu des larmes et des comment je vais faire sans lui. J’ai écrit que je n’allais pas bien, je n’allais pas mal, j’avais perdu quelqu’un qui m’était cher, voilà c’était tout. J’ai perdu quelqu’un qui m’est cher et je ne sais pas trop bien comment je vais, je vais parce qu’il faut remettre du mouvement à la vie, il faut lui redonner un rythme, réapprendre à marcher, réapprendre à danser. Il y a eu les yeux un peu mouillés en ces soirs de fête, remplis de son absence mais il y a aussi la reconnaissance de ces moments passés ensemble, de cette maison, de cette famille, de tout ce qu’il m’a appris, de tout ce qu’il m’a transmis – et c’était pas franchement facile d’y voir du beau dans cette année qui a finie sans lui.

En 2017, j’ai déménagé, j’ai campé, Paris et l’océan sont restés mes repères, j’ai bu beaucoup trop de bières et de mojitos et mangé beaucoup trop de sushis, j’ai fait un calendrier de l’avent de mes propres mains, j’ai repris le yoga, mon appareil photo a souvent été pendu autour de mon cou et j’ai pris un nombre incalculable de photos de couchers de soleil, j’ai doucement commencé à me mettre au bio et fait maison notamment avec les produits ménagers, j’ai été seule à des concerts, je me suis coupée les cheveux, je n’ai pas assez dansé et j’ai un peu abandonné les musées en cette deuxième partie d’année, j’ai cuisiné pour la première fois le butternut, j’ai lu de chouettes livres/journaux mais pas assez, j’ai un peu trop pleuré devant des séries, j’ai été dans les Cévennes, j’ai écouté un nombre d’heures incalculables de musique en tout genre.

Et pour 2018, on verra. Mais si on disait, que la suite sera belle?

Je vous souhaite des je t’aime, des je t’embrasse, des je peux le faire, des j’ai confiance en moi, des c’est trop bien, des montagnes à escalader, des chemins de traverses, des doigts pleins de confitures, des chaussures pleines de sables, des retrouvailles, des halls d’aéroport, des couchers de soleil, des mains tendues, des mains attrapées, des chansons sous la douche, des pas de danse dans la rue, l’amour au matin, des bisous dans le cou (mes préférés) et sur le front.

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Cette fille-là

Cette fille-là

Il y a eu ma copine V. qui m’a dit que je méritais mieux que lui, mieux que ça. Je lui ai répondu que j’avais peur, peur à nouveau de souffrir. Je lui dit aussi que je me l’étais juré, que je me l’étais promis, que plus jamais. Plus jamais je n’aurai aussi mal, plus jamais je ne souffrirai autant. Et si finalement, elle avait raison, si j’étais à nouveau digne d’être aimée. Digne de ne plus être cette fille qu’il appelait en fin de soirée après quelques verres de trop, cette fille qu’il trouvait jolie mais non on n’ira pas au cinéma ensemble, cette fille qui le faisait rire mais non, on ne partira pas en voyage ensemble. Et si j’étais plus que cette fille qu’il aimait bien mais qu’il ne présentait pas à ses amis. Plus que cette chic fille qu’on voit dans le noir d’un appartement, cette jolie fille mais pas assez, pas assez pour lui tenir la main dans la rue, et pas assez pour un diner, pas assez pour qu’il se l’avoue, qu’on était quelque chose.

Plus que cette fille qui rassure, qui est là tout le temps, peu importe la gueule de bois du lendemain, ou la nuit agitée à avoir trop bu. Peu importe les coups de fil non répondus pour cause de mieux à faire. Plus que celle à qui on dit j’ai envie de toi au lieu de j’aimerais passer du temps avec toi. Plus que cette fille qui reste dans ce grand lit froid aux draps froissés parce que tu as mieux à faire, une randonnée, une sortie en mer, un rendez vous avec tes potes. Plus que cette fille avec qui tu sais que ça n’a pas beaucoup d’allure, mais que tu rappelles quand même. Cette fille qui reste derrière la porte fermée et qui continue à y croire, parce que tu l’as fait sourire, et parce qu’elle sait, parce qu’elle sent quelque chose mais que tu ne seras jamais fichu de lui dire.

Plus que cette fille dont tu cherches le corps dans la nuit mais que tu quittes au petit matin. Plus que cette fille qui se sent pas assez, jolie, intelligente, dégourdie pour toi. Plus que cette fille que tu embrasses sur le front mais que tu laisses sur un quai de gare. Plus que cette fille qui est jalouse d’Anna, Sarah, Charlotte alors qu’elle n’a aucune raison de l’être, mais que tu rends un peu moins sure d’elle. Plus que cette fille qui ne sait pas trop ce que tu veux, mais qui reste, peut-être parce qu’elle a un grand coeur ou parce qu’elle est trop gentille, ou un peu des deux. Plus que cette fille qui finit par se lasser mais que tu continues à rattraper, parce que tous les deux vous pensez pourquoi et pourquoi pas en même temps.

Cette fille que tu aimes vraiment bien, mais pas assez pour que tu dises que c’est différent avec elle. Cette fille que tu ne veux pas trop laisser partir et pourtant tu sais qu’il va falloir. Cette fille que tu apprécies, pour qui tu as de la tendresse, mais que tu malmènes parce que tu sais pas trop comment faire autrement. Cette fille que tu embrasses, cajoles, prends dans tes bras, mais dont tu ne sais pas quoi faire à temps plein, dont tu ne sais pas quoi faire après. Cette fille, pas d’un soir, un peu plus que ça, mais pas beaucoup plus, parce que tu n’es pas prêt, parce que ce n’est pas le bon moment. Cette fille avec qui tu partages rêves et envies, à qui tu te confies mais avec qui, tu n’es pas prêt à sauter le pas. Cette fille dont tu ne sais pas quoi faire, parce que ton cerveau et ton coeur disent pas trop la même chose. Cette fille que tu estimes pour de vrai, et à qui tu t’intéresses, mais pas assez, pas assez pour suffire.

Cette fille que tu finiras par laisser avec des fracas, parce que tu ne savais pas comment faire autrement, parce que c’est mieux comme ça. Cette fille envers laquelle tu t’excuseras surement un jour, parce qu’elle méritait mieux que ça, beaucoup mieux, mais peut être que ça, elle l’aura un peu oublié, un peu mis de côté, et qu’il faudra qu’elle y croit à nouveau. Qu’elle ne sera plus, juste, cette fille-là, qu’elle peut en être une autre. Qu’elle peut être cette fille avec qui c’est différent.

C’est fini.

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Il y a des histoires comme ça qui vous poussent à bout, au bout de tout, au bout de vous. Que vous portez à bout de bras, à bout de forces. Des histoires dans lesquelles on pense qu’on a tout donné et qu’on n’aurait pas pu donner plus, qu’on ne pourra jamais plus donner. Il est de ces histoires où on y croit dur comme fer « et si je mens je vais en enfer ». De ces histoires où on s’encastre dans un mur, jusqu’à se faire mal, jusqu’à se frapper la tête contre le mur histoire que ça rentre un peu plus, comme un peu ces pièces de puzzle qui ne sont pas à la bonne place mais sur lesquelles on force quand même. De ces histoires qui, comme un miroir brisé, laissent des fissures. Ces histoires où tout paraît simple avant que l’on s’emmêle, avant que l’on se malmène. De ces histoires dont on pense qu’on ne s’en remettra pas. Jamais.

Et puis, il y a un soir, sur les réseaux sociaux, au détour de quelques photos, dans ce genre de soirée où des fois on consulte son téléphone, un peu mécaniquement, quand la conversation nous intéresse plus trop ou qu’on a un peu perdu le fil parce que tout le monde parle en même temps, un peu fort, un peu de tout et de rien. On jette un coup d’œil à la vie là bas, de l’autre côté du monde, de l’autre côté de l’atlantique, et on comprend qu’il y a quelqu’un d’autre. Une autre fille dans sa vie. Il reste ce pincement au cœur, et un minuscule nœud à l’estomac et la vie ailleurs, ici, qui nous entraine, qui nous emmène. Les autres nous prennent par la main, allez une dernière danse, allez un dernier verre. On repose le téléphone et on repart dans ces conversations qui font rire aux éclats, dans ces conversations un peu trop captivantes qu’on oublie le temps, et l’espace. On se laisse enivrer et de l’autre côté du monde, on nous demande si ça va, parce qu’on a prévenu de ces photos, et en fait on a juste oublié.

J’ai oublié que souvent, avant, ça me coupait les jambes, le souffle. Oublié à quel point mon cœur se tordait à l’idée qu’une autre laisse se balader ses doigts sur son corps. J’ai oublié à quel point ça pouvait faire mal. Je n’ai pas oublié la douleur pourtant, la blessure a été trop profonde, trop intense, trop tout pour que je l’oublie mais je n’ai plus mal. C’est difficile de donner son cœur et se dire que peut-être, il nous reviendra brisé. Et je crois que c’est l’une des pires choses qui puissent nous arriver, sentir son cœur se briser en mille morceaux à l’intérieur de nous. On ne sait pas s’il faudra de la super glue ou du plâtre pour tout bien recoller. Et puis le temps. Et puis la vie.

Plusieurs fois, je me suis demandé combien de temps cela prenait pour réparer un cœur brisé et aujourd’hui, c’est fini. Je peux le dire, je peux l’écrire. Cela s’est imposé à moi comme un fait, un soir où je faisais défiler mon fil d’actualité. Je ne sais pas si tout est bien réparé, tout est bien recollé. Je sais qu’il me reste des souvenirs. De moments heureux, d’instants à refaire le monde, je ne retiendrai que cela. Le temps finira son œuvre et atténuera pour faire disparaître, l’amertume qu’ont laissé les derniers instants partagés, l’amertume de cette barque qui sombre, nous deux à son bord, sans rien pour nous accrocher même pas nos mains, pour nous accrocher l’un à l’autre.

Il me reste pour lui, pour nous, pour ce que nous avons été, pour nos nuits éloignés, nos matins qu’on ignore et nos horizons qui ne se rencontreront plus, une immense tendresse, et je crois aussi que je suis reconnaissante. Reconnaissante de cette tendresse qu’il avait pour moi. Reconnaissante où ce soir un peu chafouin, il est juste venu pour me serrer dans ses bras. Reconnaissante où quand on se déchirait, il m’a délicatement déposé un baiser sur le front. Comme pour me dire que tout allait bien se passer, même si là tout de suite, c’était un petit peu plus difficile que d’habitude, que ça allait l’être encore pour quelques temps, mais que ça finirait par passer. Ma tristesse, mon amour pour lui, notre idéal que je m’étais construit. Comme s’il avait su le chemin à parcourir, les bosses sur la route, les égratignures sur les genoux avant aujourd’hui. Reconnaissante d’avoir su que je pouvais aimer à ce point et d’avoir appris à me relever même si je ne pensais pas que c’était possible.

 Va, vis, vole mon amour.

Mahé et moi – Atelier des jolies plumes #1

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Pourquoi, comment, je ne sais pas trop. Ça c’est un peu passé comme ça, comme quand on ne s’y attend pas. J’étais là, sur les quais, les pieds suspendus au dessus de la Seine, à ressasser le passé, quand Mahé est apparu. Il voulait un tire bouchon, je n’avais pas vraiment envie de parler, alors il s’est installé là, et il s’est mis à regarder l’horizon avec moi. J’ai tout de suite su que je ne serai plus jamais seule. Je ne connaissais rien de ce garçon, il ne connaissait rien de moi, et pourtant il avait décidé de laisser tomber ses amis et sa bouteille de vin pour regarder les péniches défiler sur la Seine avec moi. Il m’expliqua plus tard qu’il avait été touché par ma tristesse. Il avait planté tout le monde et était resté avec moi, peut être une heure, peut être plus, je ne sais pas bien. Je ne me rappelle plus l’enchainement des évènements. Je sais qu’il m’a pris la main, et que j’ai fini par sourire. Que j’ai tout de suite aimé son prénom et que je venais de laisser couler quelques larmes sur la porte de mon appartement que mon ancien amour venait de fermer sur nous. Je me souviens des cerises du marché et des touristes heureux, se bousculant, s’excusant, et qui en oublieraient presque le ciel parisien qui se pare de rose, et Notre Dame de jaune et d’ocre. Je ne me souviens plus bien de qui de nous deux dit le premier mot. Qui de nous deux mit des mots sur cet horizon que l’on avait trop longtemps fixé, à deux. Voilà maintenant, mes deux mots favoris : à deux. Parce qu’avec Mahé, je n’étais plus seule. Mahé c’est cette personne qui vous rend plus belle. C’est cette personne qui croit en vous plus fort que toutes les autres réunies, et qui vous porte de la seule force de son amour. Mahé, il croit en la beauté du monde et en celle de l’être humain. Pas une seule seconde Mahé n’a douté de son choix de rester près de moi ce soir là, et j’étais pourtant loin de me jeter dans la Seine, comme je l’en assurai par la suite. Je crois juste qu’il avait compris. Il avait compris la fissure dans mon cœur. Mahé, il avait compris que le temps est le seul allié et depuis il s’évertue à me promettre que tout passe, tout sans aucune exception. Ses bras sont devenus mon refuge quand le brouillard se fait trop épais, quand la barque fait naufrage. On croise beaucoup de personne dans sa vie pour n’en rencontrer que très peu. Je crois que Mahé est une de ces belles rencontres qui vous poussent vers le haut. Une de ces rencontres dont on ne sort pas indemne. Mahé m’a bousculé, touché, bouleversé. Il a appris à m’aimer dans mon entièreté, j’ai appris à aimer chacun de ses minuscules défauts, et ses fossettes au coin des joues. Un peu par hasard, un soir d’été, ma route a croisé celle d’un amoureux de la vie. Un peu par hasard, il est devenu le Mahé de Léa, et je suis devenue la Léa de Mahé. Comme un coup de tonnerre, comme la foudre, un peu par hasard.

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Première fiction (que j’ai eu beaucoup de mal a rédiger)(et je n’en suis pas encore tout à fait convaincue) dans le cadre de l’Atelier des jolies plumes (atelier d’écriture entre blogueur-ses, avec un thème différent tous les mois)

Si vous êtes intéressé-es, n’hésitez pas à nous glisser un petit mot par ici : latelierdesjoliesplumes@gmail.com

Les jolies plumes et leurs participations : Carnet positif – Envie de poésieI feel blueLizzie AustenMademoiselle CoquelicotMaman en devenir – Ma vie de bruneMiss BlemishRose doit s’épanouirTous ces gens dans ma têteXelou

Les souvenirs.

J’aime à penser qu’il y a un quota de larmes pour chaque histoire, et que pour cette histoire, il a été utilisé depuis bien longtemps déjà. Mais je ne crois pas que j’ai usé tous les souvenirs, et je me surprenais l’autre jour à me dire qu’il y a bien trop de souvenirs pour oublier. Parce que les souvenirs, c’est ce qui raccroche au passé, c’est cette main qu’on tend en arrière alors qu’on met un pied devant l’autre. Les souvenirs, ça rassure un peu mais je crois aussi surtout que ça empêche d’en faire des nouveaux, d’un peu plus beaux, d’un peu plus différents, d’un petit peu mieux aussi. C’est bête un souvenir finalement.

Et des souvenirs, il y en a beaucoup. Il y a ce collier qu’il nous a donné, « pour que tu te souviennes, c’est un cadeau ». Cette journée d’été où on a fini par se rejoindre et partager une glace, « Serveurs, deux cuillères, s’il vous plait ». Ces vêtements trop souvent portés devenus comme des reliques. Cette chemise qu’on a voulu voler parce qu’elle nous allait si bien et que c’était assez drôle, disons-le, de le voir partir à ce déjeuner avec ses parents, torse nu sous son manteau. Cette veste, bien trop souvent revêtue sur les épaules nues. Empruntée sous motif de pouvoir magique lors des révisions ou de matins un peu frais à la sortie de la couette. Il y a eu des discussions où on a refait le monde, trois heures du matin et aucune envie de dormir, on s’imagine déjà au dessus de l’océan indien s’en allant visiter la Thaïlande ou un peu plus près, la Bretagne parce qu’aucun des deux n’y a jamais mis les pieds. Des chansons aussi, qui à chaque fois qu’elles repasseront rappelleront différents moments comme celui du réveil après une courte nuit à s’être trop aimé, ou encore celles qu’on chantonnaient à deux, et qui à chaque fois nous feront nous demander ce que l’autre est devenu. Il y a les mots des copains, « Tu es différente avec lui », « Tu as de la chance de l’avoir », « Tu as vu comment il te regarde ». Il y a cette lettre bien cachée entre deux pages de ce livre un peu trop aimé, que l’on retrouve. Que l’on déplie mais dont on connaît déjà chaque mot, jusqu’à même la forme des lettres. Il y a cet ami commun à qui, entre deux bières, échappe un « tu as des nouvelles de ? » et s’arrête à temps, et qui se reprend à parler de la pluie et du beau temps, mais c’est trop tard, c’est une déferlante de souvenirs, et toute une histoire qui revient en mémoire, des particules du passé qui, doucement, nous chatouillent les joues. Il y a ces photos que l’on retrouve en voulant faire un peu de tri, photo de vacances, photos de voyages, 2011, 2013 et la photo qu’on ne sait pas bien où mettre, est ce qu’on peut mettre une histoire dans une case. Une photo qui crierait qu’ils se sont aimés l’espace d’un instant, et qu’à cet instant précis, ils y croyaient, il y croyait et c’est un peu l’essentiel. Il y a ces expressions qui lui appartenaient et qu’on lui a emprunté et qu’on se surprend encore aujourd’hui à employer et on se demande si lui aussi, ça lui arrive encore de les dire. Il y a des billets de train, ou une place de cinéma, des mots, des textes griffonnés à l’encre noir ou bleue. Il y a un quai de gare, des horaires de bus, celui de 21h06 le dimanche soir ou le texto de 22h34 pour nous demander de venir. Il y a les ex dont on parlait et les prétendants aussi, et se dire qu’au final, ils ont beau avoir croiser notre vie avant lui, pendant lui. C’était lui, (et ça l’a été pendant longtemps)(et même après) et personne d’autre. Peu importe le petit blond, ou le copain un peu trop complice. Au diable les autres. Il y a les soirées alcoolisées amenant les je t’aime lancés à la volée, que l’on garde précieusement, qui nous faisaient penser que c‘était possible, parce que c’était beau comme dans vraiment beau, et qu’on y croyait un peu, comme dans un peu beaucoup. C’était les projets fous, les promesses qu’on savait pas très réalisables.

Et puis, c’est ne plus vraiment le reconnaître sur une photo. Ne plus le reconnaître entre ses mots. C’est oublier la lettre qui est dans le livre, oublier le collier au fond du porte feuille ou de la boite en ébène posée sur l’etagère. C’est se laisser la possibilité des mains d’un autre sur soi, de découvrir une autre intimité. Se perdre dans d’autres bras, un instant, le temps d’une danse, d’une nuit, toute une vie. C’est se libérer de son emprise. Se libérer de l’emprise des souvenirs. C’est avancer sans plus trop se retourner.

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Un visage connu

Je suis tombé amoureux de toi alors que tes bras et tes jambes s’agitaient dans tous les sens sur une musique venue de je ne sais où, une musique des années 80 qu’on a tous entendu une fois à la radio lors des voyages sur l’autoroute de notre enfance. Tu ne faisais attention à rien ni à personne et encore moins à moi. Je ne sais pas si je peux dire que je suis tombé amoureux, je pense que cela s’est fait plus tard, je t’ai remarqué dirait-on. Il fallait que je trouve un moyen de t’aborder, tu avais dansé toute la soirée avec un jeune homme que je pensais être ton petit ami. C’est quand vous vous êtes dirigé vers la sortie, toi lui et tes amis, que je vous ai juste demandé si vous aviez appréciés cette soirée, enfin je me suis surtout adressé à toi. Tu as paru sur la défensive, et c’est moi qui y étais. J’avais peur de me râter, de nous râter. Mais quelques jours plus tard, on s’est reparlé, cette fois ci, de ton initiative. Et on ne s’est plus quitté, voilà comment j’aimerais résumer cette histoire.

Mais je crois que je dirai plus tôt qu’on s’est raté pas mal de fois dans cette histoire, on s’est même pas mal abîmé, égratigné, comme quand on se frotte trop près à un mur, quand on fait une chute sur le bitume, qu’on glisse à même le sol. On s’est un peu trop abimé, je t’ai un peu trop abîmé. Il y eu des moments heureux et je refuse que la fin résume le reste, je refuse que le mauvais remplace le bon, le beau. Je refuse que tes larmes remplacent ton sourire, et ce nœud dans le ventre ces caresses d’adolescents. Parsemées sur des corps vierges de toute souffrance, parsemées un peu par là, un peu beaucoup. Je refuse que le faux remplace le vrai, et que tout soit bâclé comme le furent nos derniers instants. Je refuse que cette histoire soit bâclée, parce que nous deux funambules n’avons pas réussi à tenir en équilibre sur ce fil, parce que je n’ai pas su comment t’aimer, et comment te rattraper sur ce fil un peu bancal.

Et c’est alors que je t’aperçois sur ce quai longeant le port, que je me rappelle cette période, cette histoire, tous ces mots tus alors qu’ils auraient dû être prononcés, ces bras que j’aurai dû ouvrir plus souvent, cette main que j’aurai dû tendre. C’est alors que je me dis que j’aurai dû prendre soin de toi comme il le fallait, comme la jeune fille que tu étais, le méritait. Tu précèdes un petit bout de chou pas plus haut que trois pommes, ses chaussures à la main, à coup de « trésor ». Ton trésor. Ce fils d’un autre. Ton fils. Il s’appelle Martin ou peut-être, Gabin. Tu as surement dû lui apprendre que le cœur d’une femme, ça se respecte, ça se mérite, ça se cajole. Tu as surement dû lui dire que le cœur d’une femme c’est un peu précieux et qu’il faut faire attention à ce qu’on fait avec, à ce qu’on dit. Ton sourire illumine ton visage, tu finis par l’attraper, un homme vous rejoint. Je ne le connais pas, je ne sais rien de lui, rien de vous, rien de ce petit être qui arbore, je suis sur, tes plus belles qualités, cette rage de vaincre et cette irrésistible envie de te battre contre tout, contre tous, contre la vie qui nous malmène un peu, contre les injustices.

C’est alors que j’aimerais te crier, te crier que je suis désolé. Désolé de t’avoir malmené. Désolé de ne pas avoir pris soin de toi comme il le fallait. Mais je ne suis plus qu’un étranger dans cette vie où tu me faisais une place de prince. Et tu n’es plus qu’un amour de jeunesse que j’ai laissé filer, heureusement ou malheureusement, la vie ne nous le dira pas. Un amour de jeunesse devenu femme. Il y a dix ans, on parlait de nos potentiels quinze enfants, et le premier est dans tes bras, cherchant ceux de son père. Tu as l’espace d’un instant recommencer à me manquer, et je suis l’espace d’un instant reparti quelques années auparavant, à ce même endroit, où tout allait prendre une tournure différente. Je n’y avais plus pensé depuis longtemps. Le passé, il ne faut pas trop le remuer et pourtant aujourd’hui te voir là sur le quai longeant ce port, les voiliers se faisant beaux, le soleil illuminant la baie, je me reprends le passé en pleine figure. Tu as arrêté d’écrire, j’ai arrêté de te manquer. On a grandit l’un sans l’autre, l’un avec l’autre sans doute aussi.

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La jolie Célie (que vous lisez sur Miss Blemish) nous parlait récemment de ces ateliers d’écriture où sur un thème imposé, elle devait écrire quelque chose, j’ai repris cette idée et donc le thème Te revoir pour ce texte , mais on a aussi eu cette idée, je vous laisse avec les mots de Célie donc « sur le même schéma que les groupes d’écriture mais, entre blogueurs/blogueuses et gratuitement : se donner un sujet et un certain temps pour composer un texte puis tout(e)s publier le fruit de l’inspiration du moment un même jour sur nos blogs respectifs. Les détails, modalités & cie sont encore à définir. » A vos commentaires, si cela vous intérèsse.

Tombée amoureuse.

OKAY John Green Nos etoiles contraires The fault in our starsJe crois qu’elle est tombée amoureuse de toi comme on trébuche sur une pierre, sans faire attention, sans faire exprès, sans le vouloir, sans vraiment rien demander. Un joli coup du destin, un mauvais coup de poker. Elle est tombée amoureuse de toi comme on tombe d’une chaise sans vraiment pouvoir se relever, comme une chute à ski dans laquelle on perd bâtons, bonnet, et skis. Tout en éclatant de rire. C’est comme ça qu’elle est tombée amoureuse de toi, d’un grand coup d’abord puis par petits coups, par à-coups. Toi derrière ton piano, toi gravissant cette montagne. Je crois qu’elle n’a pas trop fait attention au « pour la vie » qu’on accroche indécemment un peu partout, à la fin d’une phrase, d’un murmure, d’un soupir. Et qu’elle a un peu trop dessiner les recoins de ton corps du bout de ses doigts. Elle est tombée amoureuse comme ça, un peu trop vite, comme un saut en parachute sans parachute. Elle a heurté le sol comme tu as heurté son cœur. Elle est tombée amoureuse un peu chaque matin où elle te retenait pour un baiser ou une caresse de plus. Et aussi toutes ces fois, où tu lui as fait l’amour. Elle est tombée amoureuse un peu à chaque fois, un peu plus, jamais moins. Un peu simplement en fait, un peu par hasard, comme un imprévu, comme une averse un beau jour d’été. Elle est tombée amoureuse comme quand on roule à vélo sans les mains, ou qu’on va un peu trop vite sur les pistes de ski. Un peu comme ça, avec fougue et appréhension. Comme quand on dit qu’on y mettrait sa main à couper, et « croix de bois croix de fer si je mens, je vais en enfer ». En fait, elle est tombée amoureuse de toi un peu sans vraie raison, sans réelles explications. Juste parce que c’était toi. Juste parce que c’était elle. Et ça lui a suffit, parce qu’on s’en fiche un peu des pourquoi ou des comment, et encore plus des parce que.

Citation de John Green, Nos étoiles contraires (The fault in our stars)
« OK, a-t-il dit après une éternité. Et si « OK » était notre « toujours » ? – OK, ai-je répondu. »

Tourner la page.

Il y a eu ce garçon qui avec beaucoup de douceur, mais aussi de la fermeté, m’a dit qu’il fallait la tourner cette page. J’ai été touchée, mais aussi surprise. Que ça vienne de lui, qu’il n’y aille pas par quatre chemins. Il a raison, sept mois, c’est long, trop long. Mais comment on tourne la page ?

Est ce que c’est effacer ? oublier ? supprimer un numéro de téléphone ? ou un ami de facebook ? Qu’est ce qu’on fait des souvenirs et des éclats de rire ? Est ce que c’est ne plus se retourner et avancer droit devant jusqu’à trébucher une nouvelle fois ? On parle de temps, mais c’est combien ? Une semaine, un mois, six mois, un an, deux ans ? Ça prend combien de temps pour tourner la page ? Toute une vie des fois ou juste une autre personne. C’est ce que ça lui a pris, une autre personne. Ça m’a pris des kilos en moins, et des litres de larmes, des nœuds à l’estomac et des envies de vomir, et c’est pas encore tout à fait ça. On tourne la page à la mesure des sentiments qu’on a eu ou qu’on a encore. Si j’ai aimé fort, trop fort, il va falloir que je la déchire la page parce que sinon je ne vais pas y arriver ? Et si j’aime encore, est ce que je peux quand même tourner la page ? Et si je n’aimais plus, mais que le manque d’affection et de tendresse le rappelaient à moi ? Est ce qu’il faut vraiment couper tout contact, risquer de perdre définitivement quelqu’un ? Déchirer la page pour la tourner, ça ne me plait pas beaucoup à moi. A quoi bon si c’est pour s’essayer à la recoller une fois qu’on sera prêt. Il y a des pages tournées trop tôt pour l’un, trop tard pour l’autre. Sur la mienne, je crois qu’il y a ma main, pour m’empêcher de relire l’histoire encore et encore, et qui tremble un peu. On y trouve ce goût amer pour ce jamais qui s’est immiscé dans mon toujours, et ces nuits à chercher son corps dans mon lit.  Jusqu’au jour où je pourrai murmurer que tout est terminé, acceptant cette fin que j’aurai apprivoisé. Les souvenirs, ne seront plus que ça. Même le manque de lui aura disparu.

Alors je me suis promis de me le rappeler (et j’ai demandé à Twitter aussi de le faire) tous les jours, à chaque instant. Je m’en suis persuadée, persuadée que c’était la meilleure chose à faire. Pour moi, pour lui, pour ce nous qui une fois fut. Pour honorer ce qu’il est, ce que je suis, ce que j’ai été. Là où la folie n’a plus suffit, là où il reste encore un peu de ses rêves sur mon oreiller, et du rouge à lèvre au coin de sa bouche. Où il reste l’effleurement de ma main sur son torse, et celui de mes doigts dans ses cheveux. Honorer ce passé où nos rêves éveillés n’ont plus suffit, où deux étudiants se sont essoufflés à force de courir après ce je ne sais quoi, qu’ils n’ont pas trouvé.

Il est temps que mon cœur s’essouffle lui aussi, de cet amour un peu trop encombrant, qu’il se laisse bercé par les vents contraires, pour à nouveau trébucher et aimer.

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Ça ne se dit pas je t’aime trop.

Et ça ne se fait pas non plus. Et pourtant.
En ce moment, j’aime trop les pois, et les rayures, et les garçons un peu barbus et je peux écouter la même chanson en boucle pendant des semaines, et quand je crois à quelque chose, j’y crois jusqu’au bout. Je suis têtue, trop têtue et persévérante aussi, trop persévérante. Je suis beaucoup trop impatiente, j’aime faire tout et vite. J’ai horreur des salles d’attente, mais je trouve toujours le moyen d’être en retard (parce que j’aime pas attendre, cercle vicieux et tout et tout). Je vous ai aussi déjà dit à quel point j’aimais les cigales, et le thé mais aussi le raisin et les tomates cerises. Je pourrais vous dire que les compotes, c’est la vie, tout comme se glisser dans des draps propres, parce que tout devient un peu « la vie » avec moi, quand j’aime.

Et je crois que je l’ai trop aimé, vous savez quand ça vous prend aux tripes, avec le cœur qui bat la chamade et qui pourrait s’envoler. Un peu comme ça, oui. Et ce fut dur, surement à la hauteur de mes sentiments. J’ai aimé un peu trop, un peu plus, un peu différemment aussi. C’était simple, si simple que ca paraissait évident. Mais la vie a fait que ce n’était pas si évident que ça au final. J’ai aimé drôlement fort à en danser sous la pluie et à en sourire jusqu’à en avoir mal aux joues. J’ai aimé drôlement fort comme on n’aime pas beaucoup. Et c’est surement ce drôlement fort qui a été un peu casse gueule. C’est ce drôlement fort qui a fait qu’on s’est raté et qu’on est un peu aller au bout de nous. Ce drôlement fort qui pourrait te faire décrocher la lune et déplacer des montagnes. Peut être que j’ai aimé ce qu’il fallait à ce moment là. Je n’aurai pas pu aimer mieux, ou peut être que si, mais je ne savais sans doute pas comment. Je ne sais pas bien faire ça moi.  Je ne sais pas aimer bien, ou peu. Je sais trop aimer. Je sais aimer passionnément, parce que je suis une passionnée et une entêtée, et que du coup, on y a foncé droit dedans, dans ce mur, et j’ai même fini par m’y encastré. Parce que c’est un peu moi tout ça. Et c’est un peu fatigant de ne pas vraiment savoir aimer, de ne pas savoir aimer comme il faut, ou comme il faudrait.

Si j’en ai souffert d’avoir aimer aussi fort, et que je me suis surprise à me dire qu’on m’y reprendra plus, je crois que si c’était à refaire, je n’hésiterai pas. Parce que c’est à t’en coller des paillettes dans les yeux, et des papillons dans le ventre. Parce que c’est la vie puissance 1000. Parce que finalement c’est essayer, tâtonner, s’écorcher un peu mais apprendre. Ce fut brutal, violent, douloureux. Ca a fait mal, aussi fort que j’ai aimé. Mais, ce qui compte après tout, c’est de vivre, de ressentir, peu importe que ça fasse mal au final, peu importe qu’on se soit peut être trompé. On aura essayé, on aura aimé, et on aura été aimé, et c’est ça qui compte.

Il reste juste, des fois, un peu de ce vide qui picote, dans le creux du ventre, de cette absence.