Partir faire du volontariat, oui mais bien !

Le volontourisme

Le volontariat existe depuis longtemps, mais au début cela était géré par des associations, comme Peace Corps, qui s’occupaient en priorité de répondre aux besoins des pays en développement par l’envoi de volontaires formés et qualifiés pour de longue durée. Cependant ces dernières années, il s’est développé le volontourisme qui est le fait de permettre aux gens de faire du tourisme tout en venant en aide aux populations locales. En conséquence, le volontariat s’est monétarisé. C’est alors un phénomène largement décrié dans le milieu du développement international.

Faire du volontariat quand on voyage, NON !

  • Payer pour aider

Le volontourisme est décrié car il monétarise le développement international et le volontariat qui est à l’origine à but non lucratif. Des associations dites de volontariat recherchent alors des personnes pour partir dans les pays du sud pour aller donner un coup de main. Cependant, ces organisations font payer des personnes désireuses de partir, ces coûts varient selon les organismes, mais c’est quelque chose qui n’est pas cohérent avec le principe même du volontariat. Pour aider, on ne devrait pas avoir à payer. Ces entreprises commerciales reprennent le concept de l’humanitaire pour en faire un business. Peu de l’argent perçu par l’organisme sera alors reversé à l’établissement d’accueil. Ces organismes font donc de l’argent sur le dos des bons sentiments car les gens qui veulent partir sont en général pleins de bonnes intentions et sont dans une démarche fondamentalement bonne. Et puis en y réfléchissant, si l’on vous demande de payer pour faire du volontariat dans un orphelinat ou une école, ces organisations en encaissant votre argent ne profitent-elles pas de la situation de ces enfants pour faire du profit ? Ne font-elles pas du profit sur le dos de ces enfants ?

  • Et l’éthique alors ?

Cela pose aussi des problèmes éthiques. La misère, la pauvreté et les pays du sud deviennent alors des parcs d’attractions, et souvent les missions se font selon ce qui est vendeur, selon le souhait des volontaires, et ce qui marchera le plus auprès d’eux ; et non selon les besoins du pays d’accueil. Il existe des tas d’exemples de choses faites (murs, puits, etc) par des volontaires, non acceptés par la communauté locale, et reconstruits par la suite ou laissés à l’abandon.

De même, dans certains pays, cela installe la politique de l’assistanat qui veut qu’un gouvernement délègue ses responsabilités souvent en matière d’éducation ou de prise en charge de l’enfance à la société civile (aka le milieu associatif et le milieu de l’aide internationale) et n’y fait pas face car il sait que des ONG feront le travail à sa place via des envois de volontaires. Au Cambodge par exemple, des orphelinats sont montés de toute pièce pour accueillir des volontaires et alors recevoir de l’argent de l’entreprise et du gouvernement, alors qu’il n’y a pas le besoin de créer d’orphelinat. Des enfants sont donc dits orphelins alors qu’ils ont des parents vivants. 74% des enfants dans les orphelinats au Cambodge ne sont pas des orphelins, ce chiffre parle de lui-même, non ? ou encore 3/4 enfants dans les orphelinats au Cambodge ont un ou leur deux parents vivants, selon l’UNICEF.

En lien avec la politique d’assistanat, est l’impact sur l’économie locale. Ne vaudrait-il pas mieux engager un professeur localement et l’aider à améliorer son niveau de langue avec un partenariat avec les pays du nord anglophones par exemple ? De même, les volontaires qui viennent construire, ne serait-il pas mieux qu’ils laissent leur place à des travailleurs locaux qualifiés ?

  • Le blanc, ce sauveur

Cela pose aussi le problème des habitants des pays du nord venant en aide aux habitants des pays du sud, dans une optique de sauver le monde, de leur apprendre ce qu’ils ne savent pas, de leur montrer comment on fait, et comment on le fait mieux qu’eux, de leur inculquer des valeurs qui ne sont pas les leurs, et un mode de vie occidental qui n’est pas le leur. Souvent le volontaire peu préparé se trouve et se place dans le rôle du sauveur. Soigner un bobo à l’aide d’un pansement vous fait passer pour un médecin aux yeux de tous alors que vous n’en avez pas la compétence. Il y a cette idée de mieux faire. On parle alors de nouvelle forme de colonialisme ou alors d’une forme d’aide extrêmement condescendante.

  • L’humanitaire est un métier

D’autre part, cela entraine la déprofessionnalisation du secteur humanitaire. Pour aider il ne suffit pas de vouloir aider. Il faut aussi les qualifications et les capacités pour. L’humanitaire est un métier. On a souvent pour la plupart un bac +5 et des années d’expériences sur le terrain. C’est souvent soulevé lors des catastrophes naturelles où les gens veulent juste enfiler leurs baskets et aller donner un coup de main pour enlever les gravats – sauf que ces personnes sont une charge en plus à gérer pour les professionnels sur le terrain. Ils sont sous leur responsabilité et il faut les garder en sécurité, les nourrir, les abriter alors que ces professionnels ont bien souvent plus important à faire. On ne cesse de répéter que dans ce genre de situation, il est mieux d’apporter son aide depuis chez soi, par des dons d’argent mais aussi de matériels de première nécessité.

Envoyer des touristes sur le terrain sans qu’ils aient de compétences ni de qualifications, et sans connaissance du contexte socio-politique et géopolitique, décrédibilise souvent l’action des organisations internationales et les ONG. Souvent cela ne sert pas non plus la population. Tout comme cela ne sert pas aux enfants d’apprendre toutes les trois semaines l’alphabet, ou l’heure, ou la célèbre « head shoulder knees and toes ». Vous auriez aimé vous à l’école changer de professeur toutes les trois semaines ?

  • La pérennité

Un autre avis soulevé par les « humanitaires » est le fait que pour une action durable et efficace, il faut une action qui s’inscrive sur le long terme. Un volontariat de quelques semaines, voire quelques mois ne suffit pas. Certains parlent d’actions « cosmétiques » qui n’ont pas un réel impact sur la vie des populations locales mais qui existent pour faire venir les volontaires, cela rejoint le point sur le commerce de l’humanitaire. Il a été demandé aussi si le volontourisme ne serait pas un des maux de notre société, cette société qui veut tout faire et vite. Sauf que dans le développement, il faut du temps, et beaucoup de temps.

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Volontariat avec des enfants, NON NON et NON !

Il est important d’insister sur les missions de volontourisme avec des enfants, car ce sont la majorité des volontariats représentés. Qui ne connait pas quelqu’un qui est allé donner des cours de langue dans un pays en développement, ou faire de l’animation dans un orphelinat ?

C’est alors là que le volontourisme porte le plus préjudice.

Les enfants souvent sont des enfants en difficulté, venant de milieux difficiles ou pauvres avec une histoire souvent lourde. Avoir un volontaire auquel ils s’attachent pour quelques semaines, et qui repart, impacte négativement leur développement avec notamment des troubles émotionnels. Des études de l’UNICEF montrent le préjudice moral qui pèse ensuite sur ces enfants. Malheureusement aussi, quand cela touche aux enfants, on peut voir le pire comme le meilleur, je parlais de faux orphelinats créés, de structures non enregistrées qui encouragent la corruption, la traite d’enfants, mais il existe aussi tous les problèmes relatifs aux abus sexuels sur ces enfants. Aucun backup n’est fait sur les volontaires, on ne leur demande pas de preuves concernant leur casier judiciaire.

« Si tu étais un prof sans compétence chez toi en Angleterre ou en France, est-ce qu’on te laisserait débarquer dans une école et commencer à enseigner à une classe pendant deux semaines ? »

Je reviens aussi sur la problématique du volontariat en tant que professeur. Comme cité plus haut, souvent les volontaires s’engagent sur une courte durée, allant de quelques jours à quelques semaines, voire quelques mois. Il existe, il est vrai, un réel manque d’enseignants dans beaucoup de zones rurales de pays en développement (comme des pays développés) et notamment de langues étrangères (l’anglais devient nécessaire en Asie du Sud Est par exemple avec l’expansion du tourisme et l’ouverture des frontières souhaitée par l’ASEAN). Cependant, un volontaire qui vient trois semaines, et refait le programme déjà fait par un précédent volontaire, est-ce vraiment utile ? Il existe souvent peu de coordination entre les nouveaux arrivants et ceux qui partent. C’est aussi le risque que ces enfants aient un professeur d’anglais pour trois mois et après plus rien, jusqu’à la fin de l’année, chose que vous n’auriez pas toléré lors de vos études, ni vos parents et que vous ne tolérerez pas avec vos enfants. Alors pourquoi le tolérer dans les pays en développement ? sous prétexte qu’eux sont plus démunis que vous ? (et là, encore je ne m’étalerai pas sur la question qui est tout à fait relative, ces pays et leurs habitants regorgent de richesses que peu voient du fait qu’ils cherchent les richesses qu’ils connaissent).

De même, accepteriez-vous qu’un professeur non qualifié vienne enseigner à vos enfants ? Quelqu’un à qui on demande seulement un niveau B1 en anglais (niveau début de lycée) quand on sait qu’en France pour enseigner, il faut minimum un master ?

Le volontourisme, une démarche altruiste ou égoïste ?

« Faire du volontourisme, c’est une contradiction bizarre entre de l’égoïsme et de l’altruisme »

Certainement un peu des deux.

Une des premières critiques qui a été faite au volontourisme était les motivations des touristes. Tout d’abord concernant la destination mais aussi les activités à faire. Comme dit précédemment, les « tours opérateurs (aka organisations dites de volontariat) construisent les missions dites humanitaires sur les envies du volontaire et sur les destinations phares du moment – qui n’aimerait pas en profiter pour visiter Bali en même temps, ou les Bahamas, ou le Cambodge, et puis les Philippines c’est aussi drôlement joli – et non sur les besoins du terrain, de l’organisme d’accueil. Quand on parle avec de jeunes volontaires, on entend  beaucoup que c’est un devoir d’aider car ils sont plus chanceux, ils se sentent redevables d’avoir pu aller à l’école par exemple. J’ai déjà lu, « les enfants ont la chance de t’avoir » ou « c’est super pour les enfants ». L’idée est dérangeante. La question à se poser en premier est de savoir si une aide est vraiment demandée, et si oui quelle type d’aide et puis comment aider.

Le volontourisme s’est développé car il ne semble plus suffisant maintenant d’être un simple touriste. Avec la circulation de l’information et le développement d’internet, la misère, la pauvreté de ces populations pourtant lointaines sautent aux yeux et les gens, notamment les plus jeunes, veulent faire quelque chose. L’idée est très bonne, les intentions sont louables. Mais je crois qu’il est important de se concentrer sur ce quelque chose, pour que ce quelque chose ait le plus d’impact et soit le plus sain possible, pour soi-même et pour ceux à qui on veut venir en aide.

Cela reste une question ouverte et très complexe, et je trouve important de la poser là, pour ceux qui sont déjà partis mais aussi pour ceux qui souhaitent partir.

1c2a1edb3e58c35fddc3ccbd7c4e9e8bFaire du volontariat, non. S’engager, oui !

C’est peut-être moins glorifiant mais regardez à côté de chez vous, engagez-vous dans des associations qui vous tiennent à coeur, faites-y du volontariat régulièrement, votez, faites du lobbying, aidez dans les activités de plaidoyer, faites des dons à de « bonnes » ONG, faites du volontariat régulièrement chez vous.

Ne vous engagez pas pour trois jours, une semaine, un mois. Si vous voulez vraiment faire du volontariait, faites-le à long terme, et avec une association reconnue, une à qui vous faites des dons depuis longtemps, mais pas la première venue parce que tu comprends, faut que je fasse ma BA pour l’année 2016.

Il existe des systèmes de volontariat reconnus, comme le Volontariat de Solidarité Internationale (VSI), le Service Civique, le Service Civique Européen, les Congés de Solidarité, les Volontaires des Nations Unies, les Volontariat en Entreprise (VIE) ou en Administration (VIA), etc. Beaucoup d’ONG recherchent aussi des bénévoles pour aller rendre visite à des enfants à l’hôpital, pour aider avec les migrants, pour passer du temps avec des animaux, etc.

Avec toutes ces activités, vous avez plus de chance d’avoir un impact qu’en trois semaines sur le terrain, et surtout vous ne prenez pas le risque de faire plus de mal que de bien.

Et puis, si vraiment vous êtes un peu trop têtu, une des premières règles à suivre, c’est de ne pas payer. Rien du tout. Du moment où l’on vous le demande, alors vous tombez dans la machine commerciale du volontourisme.

Une autre des règles d’or est de ne tout simplement pas faire de volontariat avec les enfants. N’allez pas vous présenter dans toutes les écoles, orphelinats que vous rencontrez sur votre chemin pour toutes les raisons sus-mentionnées. Un enfant n’est pas un jouet ou une marionnette, une école ou un orphelinat n’est pas un musée. On ne vient pas visiter votre maison et vous demander si on peut donner un coup de main pour le ménage. Vous imaginez un tourisme japonais vous demander de garder vos enfants parce que, vous comprenez il faut que je me sente utile en plus de voyager ? Vous auriez accepté cette situation pour votre petit-e frère, soeur ?

« Pourquoi existe t-il cette conscience dans l’industrie du tourisme qu’il est acceptable de le faire dans un autre pays (alors que cela ne l’est pas dans le sien) ? »

Children-are-not-tourist-attraction-banner *Toutes les citations sont tirées du film, The Voluntourist de Chloé Sanguinetti 

J’ai trouvé ma place (le développement international)

Je travaille dans le milieu du développement international ou de l’humanitaire, terme plus commun mais qui est faux. Il y a une vraie différence entre ces deux termes, ces deux domaines même si bien sur, ils relèvent tous les deux de la solidarité internationale*. C’est en lisant cet article que l’idée de l’article m’est venu. J’étais au Cambodge pour mon métier, tout comme je suis allée en Haïti pour la même raison, et Jérusalem aussi. Jérusalem a été le précurseur, je ne savais pas ce que c’était un pays en développement, la pauvreté qui vous tord les boyaux, cette même pauvreté qui vous révolte et vous donne envie de vous battre envers et contre tout. Jérusalem et ma première visite de ces populations palestiniennes oppressées en Cisjordanie, ont été ma révélation. Je ne m’étais pas trompée, j’avais fait mes études, pour ça, pour eux, pour que ces enfants aillent à l’école, que leur papa puisse aller travailler. Voilà pourquoi, les examens révisés au milieu de la nuit, les derniers sujets bouclés 5 min avant de le rendre, les nuits blanches, les « Non j’ai du travail », les « Je dois réviser », les « Oui mais seulement 5 min » , les « Oui mais seulement un verre ». Tout prenait sens, j’étais là où je devais être. Et puis Jérusalem, la Palestine, Israel s’est fini et a eu cet effet sur moi, de repartir révoltée, intriguée et frustrée.

Et puis il y a eu Haïti, choix conscient et pleinement assumé. Je voulais voir, connaitre ce pays sur lequel j’écrivais depuis deux ans. Naïvement, j’ai pensé que ce serait comme Jérusalem en un petit peu plus dur peut-être, Jérusalem ou le terrain devant chez moi ressemblait à un bidonville, où les enfants jouaient dans les conteneurs d’ordures, Jérusalem où des gens vivaient sans toit, sans eau, et ne savaient pas s’ils pourraient un jour se déplacer librement. Mais aussi Jérusalem et ses cafés, Jérusalem de Tel Aviv, Jérusalem d’Israel pays développé avec une ligne de trame, des autoroutes, des centres commerciaux. Je me suis trompée, et bien trompée. Haïti a été une réelle claque et encore une fois, une révélation, une consécration. Je ne m’étais pas trompée, j’étais bien à la bonne place, là où je devais être. J’ai mis du temps à m’en rendre compte, je me suis même demandé si Haïti n’était pas ma limite, si je ne la touchais pas du bout des doigts, si ce n’était pas trop. Mes trois premiers jours ont été vraiment dur, on m’aurait donné un billet d’avion pour repartir, je l’aurai aussitôt utilisé. Il y a eu cette arrivée de nuit et cette traversée de Port Prince, la chaleur pesante, le tonnerre qui grondait et les éclairs qui éclairaient la ville, les détritus, les sans abris, les bâtiments encore à terre, les gens dans la rue, la misère. Elle était là, bien réelle, elle l’est dans tous les pays où j’ai vécu.

Je suis tombée récemment sur un article qui se demandait si à force de vivre tout « ça », de voir des situations difficiles, on finissait par perdre notre compassion, on finissait par ne plus être touché par les histoires des gens, par des enfants qui mendient (et s’il vous plait, ne leur donnez rien même si ça vous brise le coeur. Donnez à un enfant dans la rue, c’est maintenir cet enfant dans la rue) et je me suis dit que le jour où cela m’arriverait alors, il serait temps pour moi de changer de métier. Il parait qu’on s’habitue à tout, je ne suis pas sure. Je me rappelle de ce petit garçon en pleine campagne cambodgienne qui m’a brisé le coeur, ou de ces dames en Haïti que j’aurai voulu aider à porter leurs bidons d’eau, et tout pleins de situations comme ça.

Je me rappelle exactement quand j’ai choisi que ça allait devenir mon métier. Je lisais un email d’un ami de la famille, déployé pour faire face au tsunami de Banda Ache en Indonésie. Il parlait de la dignité de la population, qui à genoux se relevait déjà et était entrain de reconstruire. En lisant cet email, j’ai su. J’ai su que je voulais aider les autres, et j’ai su comment je voulais le faire. Je savais déjà que je voulais aider les autres, on m’a souvent répété étant petite, que je serais avocate. J’étais toujours entrain d’argumenter, toujours entrain de défendre et toujours entrain de me révolter contre les injustices, aussi minimes soit elles. Je savais aussi que je voulais aider les enfants, me battre pour qu’ils gardent leur innocence le plus longtemps possible.

*J’y reviendrai dans un prochain article si cela vous intéresse. D’ailleurs, n’hésitez pas si vous avez des questions, des choses que vous voulez savoir. 

Les 17 objectifs du développement durable adoptés pour les 15 prochaines années,par les Nations Unies
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