Les phrases trop entendues quand tu vis à l’étranger


« Non mais toi, tu n’es pas très famille de toute façon »

C’est la phrase clichée que j’ai entendu pour la première fois au Cambodge et depuis, j’ai l’impression qu’on me la dit assez souvent. On me l’a dit plusieurs fois, on l’a aussi affirmé pour moi, ou alors on me l’a laissé deviner « Non mais moi, je suis très famille », est-ce que cela sous entend que je ne le suis pas ? Parce que je ne suis pas rentrée à Noël dernier ? Parce que je n’étais pas là pour l’anniversaire de ma maman ? Parce que je ne vois pas les bouts de chou grandir ? Parce qu’on se parle par écrans interposés? Je ne suis donc pas famille parce que je vis à plusieurs milliers de kilomètres ? Parce que ce n’est pas parce que je ne suis pas rentrée à Noël, que je ne vis pas à 10 min de chez mes parents que je ne les aime pas autant que ceux qui ne partent pas, que je ne tiens pas à eux autant? Et depuis quand de toute façon c’est devenu un concours d’aimer les gens ? Depuis quand je me dois de justifier que j’aime ma maman plus que tout au monde, et que mes neveux sont les prunelles de mes yeux ? Depuis quand je dois remporter ce concours d’amour encore plus que les autres parce que je suis à l’étranger ?

«  Et tes amis en France ? »

On ne me l’a jamais fait ressentir, je crois que mes ami(e)s comprennent et me soutiennent dans le choix de vie que j’ai fait. Certains se sont éloignés, d’autres oublient que je suis rentrée. Ils oublient de me mettre dans la boucle des emails, ils oublient de m’ajouter à une conversation groupée parce que même quand j’étais en France, j’étais loin. Et puis d’autres, viennent me voir, m’envoient des sms, des emails, prennent des rendez-vous skype. Je loupe leurs anniversaires, je loupe les fêtes surprise, j’envoie un whatsapp rempli de coeur, et je culpabilise. Je suis une mauvaise amie parce que je suis loin, parce qu’on a 5h de décalage, parce qu’on ne peut pas vraiment m’appeler instantanément quand quelque chose va mal. Je suis une mauvaise amie qui essaye de ne pas oublier les anniversaires mais se laisse piéger par le décalage horaire. Jamais ils ne me l’ont dit, je ne sais pas s’ils le pensent. Mais quand on me dit, « Je ne veux pas être loin de la région pour revenir aux anniversaires », je me dis mince, je ne suis jamais là, moi pour les anniversaires. Je fête les miens avec des étrangers, des gens avec qui peut-être dans 5 ans je n’aurai plus de contact, et je ne suis pas là pour ceux de mes amis.

« Mais t’es tout le temps en vacances ? »

C’est aussi un cliché sur ceux qui vivent à l’étranger. On est toujours en vacances parce qu’on part dans des destinations qui paraissent exotiques, vivre et en vacances. Parce que souvent il fait tout le temps beau. Il faut savoir qu’au Cambodge, il y a 26 jours fériés, j’ai pu y ajouter mes heures supplémentaires, et mes vacances comme tout salarié de droit francais. Je suis donc partie dans trois pays différents que celui dans lequel j’ai habité et j’ai aussi presque visité en long, en large et en travers le Cambodge. Cependant, oui j’ai des vacances mais non je ne suis pas tout le temps en vacances. Par contre, oui en général il fait beau et j’ai pu aller le midi manger au bord de la piscine, la plage n’est qu’à 4h et j’ai vécu en jupes et sandales toute l’année. Cela ne fait cependant pas de moi quelqu’un en vacances 365 jours par an. Je travaillais dans un bureau où je vois peu la lumière du jour, je travaillais plus que je n’ai eu de pause au bord de la piscine dans la journée (normal, me direz-vous).

« Ah mais tu dois être riche »

On rejoint le point précédent. Vivre à l’étranger a un coût et pour certains, cela signifie que si on peut se le permettre, on a de l’argent (encore plus, si c’est en famille, avec la scolarité des enfants, etc.) Evidemment aussi comme je voyage, je suis riche et puis je vais au restaurant trois fois par semaines, et puis je fais du Pilates et je me fais faire des chaussure sur mesure. Sauf que non, voyager ne veut pas dire être riche, voyager peut aussi vouloir dire économiser, mettre de côté pour un voyage et faire des choix sur d’autres choses. Déjà pour moi être riche est tout un concept, qu’est-ce qu’être riche ? Une personne n’est-elle pas plus facilement aisée que riche ? Et puis, on revient aussi au coût de la vie qui au Cambodge était, vraiment moindre que celui en France, et donc oui manger au restaurant deux fois par semaine ne coûte pas un bras, et faire des chaussures sur mesure en cuir ne coûte pas plus cher que la paire achetée à Zara ou les 40 000 tongs qu’on aura acheter en un an car abîmée avec la chaleur, la route, etc. Je pense que tout est relatif et que tout est une question de priorité. Il y a aussi la proximité, il est plus facile pour quelqu’un vivant aux Etats Unis, d’y faire des road trip, comme pour quelqu’un en Australie d’aller à Bali et pour quelqu’un vivant au Cambodge d’aller en Thaïlande « facilement ».

« J’espère que tu es entouré(e) »

Je l’ai souvent lu, et il y a eu cette discussion où on se demandait s’il était plus facile de se faire des amis dans une ville inconnu à l’autre bout du monde ou dans une ville inconnue en France. Je n’ai pas la réponse. Je n’étais pas seule là-bas, je ne suis pas seule quand je rentre en France. Mes amis sont éparpillés comme moi je suis éparpillée. Je rentre, je repars, je reviens. Je fais, je défais et je refais des valises. J’ai mes moments seules parce que je sais être seule avec moi-même, parce que je veux et j’ai besoin de ces moments, pour réfléchir, pour écrire, pour avoir le nez en l’air. Mais j’ai des soirées, des restaurants, des verres à aller boire, des séances cinéma à domicile, des brunchs, des massages à plusieurs ou seule, ce QG seule ou à plusieurs, je pars en vacances seule ou à plusieurs. On se fait des amis comme on se fait des amis en France. Cependant, je crois qu’effectivement l’expatriation, des fois, pousse à connaitre des gens qu’on aurait peut-être pas forcément côtoyer en France, à créer des liens plus vite aussi peut-être.

« Tu as l’électricité – internet – de l’eau potable ? » (rayée la mention inutile) / « Tu portes des sacs de riz ? »

Celle-là est spécifique pour les gens qui travaillent dans le développement international. Il y a une sacrée différence entre développement international et l’humanitaire (là où on pourrait croiser des gens qui portent des sacs de riz et encore !) et puis travailler dans le développement international ne veut pas forcément dire vivre en pleine brousse avec pas d’eau, ni d’électricité sous une moustiquaire à cause des milliers de moustiques et en compagnie des rats (même si cela peut arriver). Ne se laver qu’une fois par semaine et porter des petits enfants sur son dos. Ou encore être une hippie qui veut aider les autres. Je vous laisse regarder cette vidéo.

« Tu es payée ? »

Celle-là, je l’ai entendu pas mal de fois. Je pense qu’elle va avec le cliché typique du travailleur humanitaire qui porte des sacs de riz et dort dans une hutte en pleine brousse sans eau et électricité avec une barbe (pour les garçons de 10 mois). Mais oui, je suis payée, parce que le développement international/humanitaire est un champs/domaine de métier. Je ne suis pas « humanitaire » mais je peux être logisticienne, coordinatrice de projet, chef de mission, ingénieur, comptable, chargé de protection et j’en passe, et ce sont des métiers. Depuis quelques années, on parle de plus en plus de la professionnalisation de l’humanitaire, car il existe de plus en plus de diplômes, donc oui comme mes copains ingénieurs, j’ai un bac +5 (et je pourrais même être juriste ou passer le barreau si je le voulais) et donc oui je peux prétendre aux mêmes salaires que mes copains ingénieurs.

Et vous des questions qui vous agacent ? Ou des questions à poser ?

J’ai trouvé ma place (le développement international)

Je travaille dans le milieu du développement international ou de l’humanitaire, terme plus commun mais qui est faux. Il y a une vraie différence entre ces deux termes, ces deux domaines même si bien sur, ils relèvent tous les deux de la solidarité internationale*. C’est en lisant cet article que l’idée de l’article m’est venu. J’étais au Cambodge pour mon métier, tout comme je suis allée en Haïti pour la même raison, et Jérusalem aussi. Jérusalem a été le précurseur, je ne savais pas ce que c’était un pays en développement, la pauvreté qui vous tord les boyaux, cette même pauvreté qui vous révolte et vous donne envie de vous battre envers et contre tout. Jérusalem et ma première visite de ces populations palestiniennes oppressées en Cisjordanie, ont été ma révélation. Je ne m’étais pas trompée, j’avais fait mes études, pour ça, pour eux, pour que ces enfants aillent à l’école, que leur papa puisse aller travailler. Voilà pourquoi, les examens révisés au milieu de la nuit, les derniers sujets bouclés 5 min avant de le rendre, les nuits blanches, les « Non j’ai du travail », les « Je dois réviser », les « Oui mais seulement 5 min » , les « Oui mais seulement un verre ». Tout prenait sens, j’étais là où je devais être. Et puis Jérusalem, la Palestine, Israel s’est fini et a eu cet effet sur moi, de repartir révoltée, intriguée et frustrée.

Et puis il y a eu Haïti, choix conscient et pleinement assumé. Je voulais voir, connaitre ce pays sur lequel j’écrivais depuis deux ans. Naïvement, j’ai pensé que ce serait comme Jérusalem en un petit peu plus dur peut-être, Jérusalem ou le terrain devant chez moi ressemblait à un bidonville, où les enfants jouaient dans les conteneurs d’ordures, Jérusalem où des gens vivaient sans toit, sans eau, et ne savaient pas s’ils pourraient un jour se déplacer librement. Mais aussi Jérusalem et ses cafés, Jérusalem de Tel Aviv, Jérusalem d’Israel pays développé avec une ligne de trame, des autoroutes, des centres commerciaux. Je me suis trompée, et bien trompée. Haïti a été une réelle claque et encore une fois, une révélation, une consécration. Je ne m’étais pas trompée, j’étais bien à la bonne place, là où je devais être. J’ai mis du temps à m’en rendre compte, je me suis même demandé si Haïti n’était pas ma limite, si je ne la touchais pas du bout des doigts, si ce n’était pas trop. Mes trois premiers jours ont été vraiment dur, on m’aurait donné un billet d’avion pour repartir, je l’aurai aussitôt utilisé. Il y a eu cette arrivée de nuit et cette traversée de Port Prince, la chaleur pesante, le tonnerre qui grondait et les éclairs qui éclairaient la ville, les détritus, les sans abris, les bâtiments encore à terre, les gens dans la rue, la misère. Elle était là, bien réelle, elle l’est dans tous les pays où j’ai vécu.

Je suis tombée récemment sur un article qui se demandait si à force de vivre tout « ça », de voir des situations difficiles, on finissait par perdre notre compassion, on finissait par ne plus être touché par les histoires des gens, par des enfants qui mendient (et s’il vous plait, ne leur donnez rien même si ça vous brise le coeur. Donnez à un enfant dans la rue, c’est maintenir cet enfant dans la rue) et je me suis dit que le jour où cela m’arriverait alors, il serait temps pour moi de changer de métier. Il parait qu’on s’habitue à tout, je ne suis pas sure. Je me rappelle de ce petit garçon en pleine campagne cambodgienne qui m’a brisé le coeur, ou de ces dames en Haïti que j’aurai voulu aider à porter leurs bidons d’eau, et tout pleins de situations comme ça.

Je me rappelle exactement quand j’ai choisi que ça allait devenir mon métier. Je lisais un email d’un ami de la famille, déployé pour faire face au tsunami de Banda Ache en Indonésie. Il parlait de la dignité de la population, qui à genoux se relevait déjà et était entrain de reconstruire. En lisant cet email, j’ai su. J’ai su que je voulais aider les autres, et j’ai su comment je voulais le faire. Je savais déjà que je voulais aider les autres, on m’a souvent répété étant petite, que je serais avocate. J’étais toujours entrain d’argumenter, toujours entrain de défendre et toujours entrain de me révolter contre les injustices, aussi minimes soit elles. Je savais aussi que je voulais aider les enfants, me battre pour qu’ils gardent leur innocence le plus longtemps possible.

*J’y reviendrai dans un prochain article si cela vous intéresse. D’ailleurs, n’hésitez pas si vous avez des questions, des choses que vous voulez savoir. 

Les 17 objectifs du développement durable adoptés pour les 15 prochaines années,par les Nations Unies
Les 17 objectifs du développement durable adoptés pour les 15 prochaines années, par les Nations Unies

Trois mois à Jérusalem

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J’ai lu Une bouteille dans la mer de Gaza et Chroniques de Jérusalem (que je recommande) et il y a eu ces mots familiers, des noms de rues que j’ai arpenté, quelques mots d’arabes que je me suis essayé à bredouiller, et j’ai voulu vous raconter. Vous raconter Jérusalem, Israël, les Territoires palestiniens, le mur. Vous raconter ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu (Il n’y a aucun parti pris politique. J’ai bien sur mes opinions, vous avez les vôtres, on peut bien sur en discuter mais je ne suis pas là pour lancer un débat, ou refaire l’histoire, même si ça m’arrive pas mal de fois entre moi et moi même ou moi et mes amis.) Cet article c’est trois mois à Jérusalem, et quelques souvenirs par ci par là, au milieu de ce conflit. Trois mois au Moyen Orient, zone appelée instable et dont on entend parler souvent, quasiment quotidiennement.

J’ai vu des israéliens et des palestiniens célébrer la fin du jeun ensemble. J’ai passé des check point et dû prouver mon identité. J’ai dû mentir aussi, la communauté internationale n’est pas forcément bien vue par tout le monde. Certains s’en fichent, d’autres accusent, certains détournent le regard, d’autres questionnent. J’ai vu Hébron, Naplouse, Ramallah, Jaffa, Jéricho, Tel Aviv, Eilat et la mer morte. J’ai entendu parler hébreux et arabe. J’ai vu le sionisme et l’antisémitisme. La vieille ville et ses sept portes, Beit Hanina et Sallah Hadin Street, le marché de Mahane Yehuda et la rue Ben Yehuda. Jérusalem Est et Jérusalem Ouest. Les bus palestiniens et les bus israéliens, le tramway aussi. Je vous dirais que Jérusalem, c’est deux systèmes parallèles. Deux systèmes de transports, ou encore deux modes de vie.

J’ai vécu la Jordanie, un coup de folie, cinq jours en sac à dos, seule sans téléphone ni réservation. J’ai vu son désert qui m’a captivé, envoûté, et ces bédouins et leur immense gentillesse. J’ai vu Petra et fait de superbes randonnées. Je suis retournée au VIIIème siècle avant J.C. Je me suis un peu prise pour Indiana Jones devant le monument du Trésor. J’ai vu la Jordanie comme on la voit une fois dans sa vie, je la revoie à travers mes souvenirs et ma folie. Un coup de tête et j’étais partie, sans rien, juste mon sac à dos, et quelques shekels.

J’ai baragouiné quelques mots d’arabes avec mes collègues mais surtout avec la femme de ménage, elle m’a le plus appris. J’ai été en conflit avec moi même, avec les israéliens, les palestiniens, et ma colocataire. Je n’ai jamais cru aux gentils et aux méchants, à une histoire toute noire ou blanche. J’ai entendu parler de rockets, et d’attentats. Du Hamas et de terrorisme. Des accords d’Oslo et des deux intifadas. J’ai appris ce que c’était d’être étudiant en temps de guerre civile, se cacher dans la montagne la nuit pour avoir la chance d’aller à l’école le lendemain. J’ai joué avec ces gamins qui se prennent des pierres sur le chemin de l’école, et j’ai été interrogé par des soldats dans un bar. J’ai vu des colonies et les dommages sur des générations entières. J’ai ressenti l’endoctrinement dès la plus tendre enfance, c’est forcément l’autre (qui est diffèrent, peu importe qui il est) le méchant. J’ai rencontré des gens tolérants, comme des gens revanchards. On a pu me dire que c’était dur de ne pas devenir raciste, mais qu’aussi comme dans chaque pays, il y a des cons. J’ai vu Jérusalem que tout le monde veut comme capitale, ces remparts qui la protège. Le dôme du rocher, le mur des lamentations, la via dolorosa. Le croisement de toutes ces religions. J’ai vécu un diner de shabbat et d’Iftar aussi (repas de rupture du jeun le soir pendant le ramadam). Je me suis fait draguer, et ne partageant pas la même religion, ils m’ont tourné le dos. J’ai vu des soldats aussi jeunes que moi, ces gamins avec des armes aussi grandes que leur bras. J’ai appris que le service militaire était obligatoire pour tous à 18ans.

J’ai vu ces trois religions se mélanger, se côtoyer, se sourire. Vendredi, jour saint pour les musulmans. Shabbat du vendredi au samedi soir. Et le dimanche, jour du seigneur pour les chrétiens. J’ai eu du mal à trouver du porc et de l’alcool. J’ai mangé des fallafels, et du humus, du knafeh aussi. Il y a eu ces familles palestiniennes privées de leurs droits les plus fondamentaux, dans des zones quasi inaccessibles. Des maisons sans toit, sans eau et si peu d’espace pour ce si grand nombre. Des terres appartenant à des ancêtres qu’on ne veut pas quitter. J’ai râlé contre les bus israéliens qui ne circulent pas le samedi, et je me suis étonnée de certaines règles du shabbat. J’ai respecté le ramadan même si j’ai manqué de manger mon Mars en plein milieu du marché musulman en période de jeun. J’ai été surprise de la force de ces femmes supportant leurs vêtements sous la chaleur écrasante. Il y a eu Ramallah et Tel Aviv pour faire la fête, et l’appel à la prière tous les matins (et la nuit aussi). Le sursaut au premier bruit de feu d’artifice, et le four qui a failli nous exploser entre les mains. Il y a eu les petites rues de la vieille ville, et cette vue magnifique du haut du Mont des Oliviers ou de l’Auspice Autrichien. Ce wine et cheese à Notre Dame. Il y a ces voisins palestiniens séparés par un mur et ces familles israéliennes, qui ne savent rien de la vie de l’autre coté de ce mur.

Jérusalem, j’ai eu du mal à y trouver de la magie, comme ce fut le cas en Haïti. Mais il y en a dans les yeux des enfants, des adolescents. Il y a dans les yeux de tous ces gens qui croient. Il y en a dans ces ruelles de la vieille ville, et quand le soleil se couche sur le dôme du rocher et le mur des lamentations. Jérusalem, c’est cosmopolite, un vrai melting pot. On y entend parler français, comme anglais, hébreux, arabe. Tout comme on entend parler de Yahvé, Jésus et Allah. Il y a de la magie dans les yeux de ceux qui croient à la paix, que ce soit à un seul Etat ou à deux Etats, que ce soit avec Jérusalem ou Tel Aviv comme capitale.

Je n’avais pas choisi le Moyen Orient, je ne sais pas si je le re-choisirai. Mais qu‘est ce que j’ai pu apprendre, et je suis revenue frustrée, révoltée , intriguée et c’est bien tout ça que vaut cette ville, ce pays, ces pays, ces peuples, cette histoire. Si ce n’est plus.

   

Août

Aout en images

Le dernier jour de juillet, j’ai posé les pieds en France. Je ne me rappelle plus bien, à part qu’il était 7h du matin et qu’il faisait un peu froid, et que ma valise était un peu lourde. On s’est perdu sur le périphérique et j’ai beaucoup ri. Il y a une pause madeleine et quelques minutes volées au sommeil. Il ne fallait pas trop dormir sinon je n’allais pas pouvoir me remettre du décalage horaire (même si c’est toujours plus facile de ce côté là).

Il y a eu une raclette en plein mois de juillet, et puis on a pris la route pour aller dans ce petit coin de paradis qui m’est cher. Petit coin de paradis dans lequel on se retrouve tous et août s’est faufilé sous mes pieds sans que je ne m’en rende bien compte. Août fut rempli de rires, de sourires, de grandes tablées, de plongeons dans les vagues, de sable entre les pieds, de siestes dans le hamac, de fraises et de tomates cerises du jardin, de melon et de thés sur la terrasse. Août s’est faufilé entre les regards, les embrassades, les heures à parler avec elle, avec lui, avec eux. Août s’est faufilé entre les amis venus me voir dans ce petit coin de paradis, et la famille qui s’est agrandie au fur et à mesure.

Août s’est dissipé dans les sms aux copains, « Je suis rentré mais non je suis pas là», « On se voit bientôt». Dans les « Faudra que tu me racontes », dans les cadeaux distribués, dans les noms de ces villes et de ces fruits que j’énumérais pour leur parler de là-bas.

Août s’est faufilé sous mes pieds nus dans le sable, dans l’océan, dans l’herbe. Entre les parties de raquette et de football. Les soirées à la fête foraine et à manger une glace. Entre les bras de ma maman, ceux de mes neveux et les sourires de mon grand-père. Les taquineries entre cousins et les questions pour rattraper le temps perdu, manqué, retrouvé.

Août fut rempli de barbecues, de fruits, de glaces à la passion et à la framboise. Août fut gourmand et juteux. Août fut rempli de voyages en train, et de retrouvailles entre copines, au bord de la mer, à s’habiller toutes les trois en bleu sans s’être consulté et aller danser sur la plage. Août s’est passé dans ces maisons de vacances, à jouer, aux cartes, aux dominos.

Août est passé avec un sourire grand jusqu’aux oreilles et l’envie de serrer et d’embrasser les miens à chaque moment, à chaque seconde. Août est passé avec la certitude, que j’ai bien fait de rentrer, que ça fait du bien d’être à la maison. Evidence que j’ai prononcée devant le feu d’artifice, feu d’artifice que j’avais manqué ces dernières années, mais que pour rien au monde je ne manquais étant petite, et que pour rien au monde, je n’aurai manqué cette année. Je retrouvais cette sensation d’être à la bonne place, là sur cette dune, à regarder le ciel se parsemer de rouge, de bleu puis de vert, avec les gens que j’aime, les plus petits faisant des « Oh » et «  Ah » et le adultes, des « la belle bleue » et « la belle rouge ».

Brèves du Cambodge

L’occident asiatique c’est souvent comme ça que je parle du Cambodge et de ma vie à Phnom Penh. Enfin je me le dis souvent à moi même (et aux copains aussi des fois, quand je leur écris des longs mails pour leur dire à quel point c’est -bien- ici). Je dis ça parce que c’est simple ici. C’est simple parce qu’on trouve tout ce dont on a l’habitude, parce qu’on peut manger vietnamien, coréen, indonésien, mexicain, français, italien, thaïlandais, libanais et j’en passe. Parce que même si les yaourts (le fromage et le saucisson aussi) coutent un peu cher il y en a et tous les autres produits qui peuvent paraître essentiel (et puis s’il faut, je me console en jus de fruit de la passion, une de meilleures choses qui puissent exister). C’est simple parce qu’il y a des milliers de bars et de restaurants à découvrir. Et qu’on peut faire du sport, toute sorte de sport, et qu’il y a des expositions, des festivals, des concerts, et même des cinémas avec la 4D (même si bon apparemment il existe qu’une seule senteur, à la fraise, même pour quand ça doit sentir mauvais), et deux patinoires (mais aussi des librairies, une médiathèque, des pharmacies, un centre commercial).

Ici, les gens roulent à cinq sur une moto comme en Haïti, et sans casque. On croise des moines dans toutes les teintes d’orange possible, j’en ai déduit que cela doit coïncider avec leur ancienneté. Les gens s’arrêtent et leur font des offrandes. Au bureau on a un autel pour ça, et plusieurs fois par mois, mes collègues allument de l’encens et mettent des fruits (qu’il ne faut surtout pas toucher avant et qu’on peut manger après 16h). Ici, les serrures n’existent pas trop alors on utilise des cadenas (que mes collègues changent pendant que je suis en vacances, et donc à 0h30 en rentrant de vacances, je ne peux plus rentrer chez moi)(ou qu’on enlève en moins de deux minutes quand j’oublie mes clés à l’intérieur et que j’ai bien tout fermé). On peut aller se faire faire une manucure et une pédicure à la petite dame du coin de la rue pour un dollar et demi, et on se fait aussi laver le linge par une autre petite dame dans la rue parce que ça n’existe pas trop les machines à laver (il n’y a pour moi ici, que des petits monsieur et des petites madame).

Ici, c’est poussiéreux. Si je m’écoutais, je passerai le balais trois fois par jour. C’est bruyant, la ville est en expansion, on construit partout, tout le temps, alors le dimanche matin, la grasse-matinée c’est un peu compliqué. Surtout que ma rue doit être la rue de l’amour, ce n’est pas possible autant de mariages (alors j’espère vraiment qu’ils seront heureux parce qu’avec tout le bruit qu’ils font dès 5h du matin…). Il paraît que l’eau est potable niveau bactérie mais qu’il y a des sales trucs qui y trainent comme du plomb ou des choses comme ça. Les cambodgiens sont souriants et quand ils ne savent ou ne comprennent pas, alors ils rigolent et quand ils ne parlent pas anglais, ils font des gestes comme cette petite dame qui s’est mise à courir sur place pour me demander si j’allais courir.

Tu te fais alpaguer à chaque coin de rue dès que tu marches (record 15 fois en 30min avec Kenza), parce que c’est un peu bizarre de marcher ici, il n’y a pas vraiment de trottoir ou alors ils sont encombrés. On te demande si tu veux un « tuk tuk lady » ou une moto. Et des fois, la moto ne s’arrête même pas au fait qu’on est 4 et le tuktuk ne s’arrête pas au fait que je suis déjà sur mon vélo en train de pédaler. Il y a toutes ces petites madame qui me proposent de manger avec elles, que ce soit sur l’aire d’autoroute, dans le bus, chez le marchand de chaussures. Il y a aussi le tact à la cambodgienne. Ici, on ne s’encombre pas pour dire les choses, alors la dame du marché me dit que je suis un peu trop grosse pour cette jolie robe et mes collègues n’hésitent pas à faire des commentaires sur mon poids et ma peau. Ça donne un peu des discussions surréalistes qui se finissent toujours par des éclats de rire. Ici, mes collègues ont des « fou du coeur » et achètent des « oreilles » et on aime gros comme un éléphant.

Il y a les ciels roses et la lumière orange qui se répand dans la ville avec la caissière qui me dit de regarder dehors. Il y a des réductions pour le premier séjour à l’hôpital et mes collègues qui sont en chaussons au bureau, ou avec des chaussettes dans les tongs. Il faut souvent se déchausser quand on arrive dans un nouvel endroit et on s’aperçoit à ce moment là, qu’on a rarement les bonnes chaussures (celles sans boucle/fermeture/lacets à enlever). Il y a la saison des pluies, cette période de l’année où il ne faut pas oublier son imperméable quand on sort de chez soi, et où il peut pleuvoir averse du milieu de la nuit jusqu’au milieu de l’après-midi (je vais donc au travail pieds nus, l’eau jusqu’aux chevilles). Il y a aussi ces jours (il y en a beaucoup beaucoup) où il faut prendre une douche trois fois par jour parce qu’il fait vraiment chaud, on m’avait prévenu le mois de mai sera le pire et il l’a été, 5000 degrés à 7h30, 5000 degrés à 22h30 (la canicule, c’est un peu tous les jours ici, avec la sensation que tu sors d’une séance de sport, ouioui). Mon appartement devient petit à petit une animalerie, avec les chauves souris qui m’attendent devant ma porte, les fourmis, ou les geckos qui se promènent. Ici, on peut s’appeler premier, deuxième, cadet et aîné, et même septembre ou juin. Les garçons sont souvent torse nus, avec les cheveux décolorés. La sieste, c’est sacrée; en conséquence j’ai deux heures et demie de pause déjeuner.

Il y a eu cet « hiver » cambodgien où mes collègues ont remis écharpes, pulls, et manteaux (j’ai moi aussi remis des jeans et des manches longues), hiver s’entend ici quand il fait aux alentours de 20 degrés. Je n’ai, par contre, pas pris le rythme cambodgien quant au lever et au coucher. Les cambodgiens sont des lève tôt-couche tôt, ils suivent le rythme du soleil et Arthur (le soleil) ne se fait pas désirer pour se lever vers 5h tous les matins, et se coucher vers 18h et après 21h plus personne. Par contre, mon estomac lui est très bien adapté aux horaires avancés des repas et à la nourriture cambodgienne.

Il y a encore des milliers de choses qui m’émerveillent. J’aime m’émerveiller tous les jours d’un coucou d’un enfant sur une moto coincé entre ses parents, de ce gardien qui me ramasse ma pédale de vélo au milieu du boulevard, des parties de badminton sous ma fenêtre et sur les trottoirs, des tuktuk qui des fois transportent des maisons entières et continuent d’avancer (même s’ils n’ont plus vraiment de suspension, ça rend le trajet plus rigolo), du bus qui freine car un troupeau de vaches traverse, de ces enfants avec un vélo trois fois trop grand pour eux. De me dire qu’il y qu’au Cambodge que je pourrais voir tout ça.

Vous aimeriez un article particulier sur le Cambodge ?
Et vous, vous émerveillez dans votre vie quotidienne ?

S’expatrier

3 semaines. Il me reste trois semaines ici et bientôt je referai ma valise, pas vraiment tout à fait défaite, pour la défaire, chez moi. Qu’est-ce que c’est finalement chez moi? Je ne sais jamais trop quoi répondre à cette question, alors en général je n’ai pas qu’une seule réponse, mais plusieurs. Mes parents vivent ici, j’ai vécu là-bas, j’ai fais mes études ailleurs. Souvent, j’en dis plus que ce que la personne veut savoir, parce que finalement c’est ce que l’on appelle les small talks, comment vas-tu, d’où viens-tu, quel âge as-tu. J’en dis plus parce qu’une seule ville, un seul endroit ne me définit pas, ne me définit plus. J’ai laissé de moi un peu partout où j’ai vécu, et tous ces endroits ont laissé un bout d’eux en moi. Une citoyenne du monde si l’on veut, enfant de toutes les villes.

J’aimerais vous dire que l’expatriation, c’est facile et qu’il y a une recette magique. Parce que oui c’est drôlement chouette de partir, et il faut partir (sous toutes ces formes), aller voir ailleurs, aller voir l’ailleurs, aller sentir les différences, apprendre à les aimer, aller voir plus loin et perdre ses repères, tout remettre en question, tomber amoureuse d’un pays, d’une ville, d’un peuple, essayer de tout connaitre, de tout savoir, d’avoir tout vu, se poser des questions, toujours et encore, s’émerveiller à chaque coin de rue et pester aussi, se perdre aussi beaucoup, tout le temps. Il faut y aller et plutôt deux fois qu’une. Il faut y aller mais ne pas penser que l’herbe est plus verte ailleurs. L’herbe y est juste différente, c’est une autre teinte de vert, une autre sensation sous les pieds nus.

Des fois, dans cette herbe au vert différent, on tombe sur des rochers, on se coupe, on saigne un peu alors on met un pansement et on repart. Pour re-trébucher un peu plus loin, remettre un pansement et repartir. J’aimerais vous dire qu’il n’y a pas de bas, pas de larmes, pas de « je veux rentrer ». Sauf que ça ne serait pas vous dire la vérité. La vérité c’est qu’il n’y a pas de recette miracle, pas de « une dose d’amour et de soutien familial et amical, quelques vêtements, saupoudrés le tout d’une destination qui fait envie, boucler la valise » et vous y êtes. Pas de truc qui finit comme ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

S’expatrier c’est accepter que la vie continue, là-bas sans nous. Comme la notre continue ici, sans eux. C’est accepter de louper des mariages, des baptêmes, des Noëls, des anniversaires. C’est ne pas être là pour les bonnes ou mauvaises nouvelles. C’est dire « surtout n’hésites pas à m’appeler » en sachant pertinemment que le coup de fil ne viendra pas. Ce n’est pas faire partie de leur urgence, ce n’est qu’apprendre les choses plus tard ou alors quand on rentre. C’est accepter de ne plus être dans la boucle des emails quand on revient, de ne plus être invité aux soirées car on a oublié qu’on était rentré. Je ne sais pas ce qu’est un retour en France pour deux semaines de vacances parce que quand je rentre, je rentre pour de bon, quelques mois. Alors je cours un peu au début, et je m’essouffle alors je prends mon temps et je retombe dans une routine comme je suis tombée dans une routine à l’autre bout du monde, et je ne m’émerveille plus du froid, des fruits du marché, des yaourts au supermarché, de toutes ces choses que j’ai manqué, de tous ces gens qui m’ont manqué car je sais qu’ils sont là, tant que je suis là. Parce que finalement je suis celle qui s’en va, je suis rarement celle qui reste.

S’expatrier c’est aussi accepter de ne pas grandir en même temps que les autres. C’est prendre des claques à l’annonce d’un mariage, de l’achat d’une voiture ou d’un appartement, à l’annonce d’un bébé ou d’un baptême. C’est accepter de se dire que ce n’est pas pour nous, pas maintenant, pas encore. Ce ne sont pas nos priorités, nos envies. C’est ne pas devenir adulte, ne pas économiser pour un appartement ou une voiture (à quoi servirait une voiture de toute façon, ce n’est pas comme si on pouvait la prendre sous le bras -avec les amis, la famille et les meubles). Les autres s’installent, se posent, achètent et moi, je voyage le monde.

C’est aussi accepter (pour ma part), que se mettre en couple, sera quelque chose d’un peu plus compliqué que cela peut l’être pour d’autres, parce que je ne sais pas où je serais demain, et combien de temps, je vais rester. Parce que j’ai un peu une date de péremption, une durée déterminée, celle de mon contrat, de ma mission, celle de ma recherche de travail. Ce sera un peu plus compliqué parce qu’il faudrait quelqu’un qui puisse bouger, et qu’il puisse bouger au même endroit que moi. Quelqu’un qui bouge dans ses pays qui font un peu peur, dans ces pays un peu loin, dans ses pays pas très attrayants et touristiques. L’équation a des inconnues et ses inconnues ne sont pas très stables. Il parait alors évident de passer par les sacrifices, que l’un des deux suive mais au prix de quoi, de la carrière, des rêves, de l’amour. Je ne suis pas prête à demander cela à quelqu’un.

S’expatrier c’est aussi accepter la distance. C’est se raccrocher à des skype. C’est créer cette routine du dimanche soir où on sait qu’on va se retrouver, c’est envoyer des whatsapp en faisant bien attention de ne pas trop se perdre dans le là-bas pour aussi vivre le ici, le présent. C’est accepter de vivre en décalage horaire, que l’internet se transforme en désert à certaines heures de la journée et de la nuit. C’est le téléphone, l’ordinateur qui restent silencieux. C’est accepter de vivre dans l’attente, de la réponse à un email, à un message. Dans l’attente que l’autre se réveille, sorte du travail. Ce sont les bout de chous qui grandissent, ceux qui prennent 10 centimètres en un an et qui nous dépassent presque en rentrant. Ce sont les bras qui ne serrent pas, les inférieurs trois que l’on tape sur le clavier, ces émotions qui ne passent que par clavier et écrans interposés.

C’est aussi faire des listes de toutes ces choses que l’on fera et que l’on mangera en rentrant. C’est la fureur de vivre sur place et en rentrant, cette Fear of Missing Out. Faire des listes pour ne rien manquer, faire une liste des dernières choses à voir, des premières choses à manger. Vouloir faire le plein de tout, pour refaire le plein justement, que l’on déborde de ce que cette vie nous a offert avant de repartir, et que l’on déborde de cette vie que l’on a manqué, de leurs rires et de leurs sourires. Cette urgence de vivre avant de repartir, de rentrer. C’est accepter de vivre avec une durée déterminée. De vivre entre parenthèses, et d’en faire les plus belles parenthèses qu’il soit. De les remplir d’expériences, de paysages, de cultures, tout aussi différent les uns que les autres. Les remplir à ras-bord d’amour, d’yeux qui pétillent, de joues qui ont mal d’avoir trop souries, de bras qui ont mal d’avoir trop serrés.

Repartir.

Je fais la fière mais je vous avouerai que j’ai un peu peur. Car ce n’est jamais facile de recommencer à zéro une nouvelle fois, et d’avoir l’impression de le faire pas mal de fois dans sa (courte) vie. Recommencer une nouvelle fois à la fin des études, recommencer une nouvelle fois dans une nouvelle ville, un nouveau pays, sur un nouveau continent. Ce n’est jamais facile et on a peur. Peur de ne pas trouver ses repères, de ne pas trouver nos marques. Peur d’être seule, peur de l’ennui, de la solitude. Peur de n’avoir que pour me réconforter ma peluche fétiche. Peur de la distance et de la vie qui continue sans nous en France. Peur des premiers jours d’adaptation. Mais c’est aussi beaucoup d’excitation. C’est la découverte d’un nouveau pays, d’une nouvelle langue, d’un nouveau continent. C’est pour le coup, être vraiment à l’autre bout du monde. Ce sont des heures interminables (c’est le cas de le dire) en avion et un mode de vie complètement diffèrent, diffèrent du notre et de ceux qu’on a pu toucher du bout des doigts avant. C’est le premier pas dans la cour des grands. Un vrai travail comme on en rêvait, un travail dans le domaine qu’on voulait. C’est une confiance qu’on nous donne, une confiance qu’on a gagnée. C’est ne plus être une étudiante, c’est sortir de notre zone de confort, c’est sortir du cocon qu’on s’est crée. C’est dépasser les limites en y laissant quelques larmes, en émettant quelques doutes. C’est se lancer, avec appréhension et excitation. C’est se lancer pour une nouvelle vie. Se lancer dans quelque chose que l’on ne connaît pas vraiment. C’est sourire à l’inconnu et se dire que l’inconnu ne le sera plus tant que ça dans quelques mois. C’est entendre déjà tout le monde me parler de vacances, de venir me voir. Ce sont ces amis qui sont vraiment heureux pour nous. Parce que la persévérance a payé, parce que seulement 5 mois après le diplôme, on va encore s’envoler à un autre endroit de la planète, faire ce pourquoi on a arpenté les bancs de l’école, faire ce que l’on aime. Ce sont aussi ces visages d’amis, de la famille un peu inquiets, un peu tristes parce que c’est un peu loin quand même, parce que les vies vont continuer sur un faisceau horaire diffèrent, parce que les évènements vont s’enchainer sans qu’on puisse être là pour célébrer, sans qu’on puisse pleurer, aimer, rire avec eux. Ce sont les sms remplis de je ne veux pas que tu partes, les larmes des plus petits qui ont peur parce qu’un an ou deux, ça parait long, très long. C’est consoler, rassurer. Se rassurer soi-même aussi, se consoler. Ce sont les larmes des au revoir, ce sont les yeux humides de l’aéroport. Mais c’est aussi dans un regard, se promettre qu’on se souviendra, qu’on sera toujours là. Parce que le monde est petit, parce que le monde est à portée de main, à portée d’un voyage, d’un email, d’un skype, d’un whatsapp, de facebook, de twitter, et de tous ces réseaux sociaux et moyens de communications qui nous permettent d’être proche en étant si loin.

Il y a des avions qui décollent pour ici, là-bas, ailleurs. Et il y a quelques jours, il y avait cet avion qui décollait avec moi à son bord, pour quelques temps, quelques mois, pour une année ou un peu plus. Dans ce pays, sur ce continent que je ne connais pas (encore).
L’Asie, le Cambodge plus précisement.

Bientôt mes premières impressions, en attendant bons baisers de Phnom Penh !

Mesi Anpil Ayiti chérie

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C’est avec le cœur lourd que je te quitte. Je ne savais pas, je ne pensais pas. Haïti, tu m’as ému, tu m‘as touché. Tu m’as frustré aussi, tu m’as révolté. J’ai pris une claque face à l’élégance de ta population. Ces enfants en uniformes à la sortie de l’école, ces femmes dans la rue et ses hommes en costume partant au travail. J’ai pris une claque face à la gentillesse de ta population, face à ses sourires et à ses timouns rieurs. Je n’ai jamais cessé d’être surprise de tes habitants, de leur force, de leur espoir. J’ai aussi été en colère, en colère contre l’état de ton pays pourtant si beau, contre ces gens qui se sont résignés, contre ceux qui disent avancer d’un pas pour reculer de deux, contre ceux qui disent être habitués. J’ai aussi souvent voulu sauter de la voiture, aller aider ce monsieur à pousser sa brouette, ces enfants à porter ces bidons d’eau. J’ai voulu sauter de la voiture pour sortir ces gens des détritus, pour leur dire de ne pas boire cette eau contaminée. Mais aussi pour tous ces enfants qui mendiaient. Mais j’ai aussi voulu jouer au foot avec eux et m’asseoir sur les marches de la Place Boyer, et discuter avec ses marchandes sur le bord de la route. Discuter avec ses filles pour leur dire que vendre leur corps n’est pas la solution. Je me suis sentie impuissante des fois, toute petite aussi. Bien trop petite pour ce si grand monde qui est le tien, pour cette si grande dignité. J’ai pris conscience, pris conscience d’un tas de choses, du nombre de litre d’eau que je consomme, que si internet est lent, ce n’est pas bien grave et que se doucher à l’eau  froide ce n’est pas la fin du monde, comme cohabiter avec toutes sortes d’animaux. J’ai aussi appris, beaucoup. Sur moi, sur toi, sur tes habitants. J’ai appris sur eux, sur leur gentillesse, et leur fatigue, mais aussi leur colère et leur tristesse. J’ai aussi rencontré des gens avec la main sur le cœur, travailler avec eux. Leurs compliments, leurs sourires, leurs encouragements vont me manquer. Et ces bruits de klaxonne dans la rue aussi. Et ces haïtiens qui mettent une doudoune à la moindre goutte de pluie aussi.

Oui, j’ai un peu hâte de rentrer, retrouver ma famille, mes amis, Paris, le Sud. Mais j’ai peur aussi, peur de ne pas m’adapter. Peur du froid, peur d’être devenue intolérante. Intolérante à la vie quotidienne, à leurs problèmes. Devenue intolérante à leurs petits bobos, à leur coupure de chauffage ou d’eau, parce que qu’il y a des gens à l’autre bout du monde (et même au coin de notre rue), qui vivent sans, qui survivent. Peur d’être devenue intolérante à ce qu’on prend pour acquis, aux futilités, à la fatalité aussi.

Mesi anpil Ayiti chérie, pour tes sourires, pour ton accueil, pour ses rencontres. Pour cette claque que j’ai prise, et pour cette envie que j’ai, déjà, de revenir. Ce n’est pas un au revoir, mais A bientôt !

Lecteur, quand tu liras ceci, je serais soit en route pour l’aéroport, ou déja dans l’avion, ou peut-être même en France. Je te laisse avec cette vidéo, une chanson qui m’a toujours apaisée, avec de sublimes images de ce si beau pays, et de belles paroles. 

Un de ces soirs

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Où la nuit se fait un peu plus profonde, un peu plus noire, où les draps ne suffisent plus à remplacer la couette. La pluie s’est remise à tomber alors qu’elle s’était faite absente depuis quelques semaines. C’est un de ces soirs où on se dit que ça aurait fait un an, et que ca aurait peut-être bien pu marcher. Un des ces soirs, où l’hiver n’est pas tout à fait là (et ne le sera jamais vraiment), mais où il fait bon d’enfiler un gilet quand même. La petite brise va rappeler le bord de mer de l’océan atlantique dans cette maison aux volets verts qui a abrité mon enfance. Un de ces soirs, où je pourrais envoyer des emails à des gens à qui je devrais (ou pas) en envoyer, où le décalage horaire dérange un peu trop, et que la distance est un peu lourde à porter. Ce sont ces mélodies au piano qui résonnent, et cette bougie que j’aimerais allumer. Ce chocolat chaud et ces quelques marshmallows m’attendraient avec un plaid. Un de ces soirs, où il me manque un peu trop et où Noël paraît loin, loin parce qu’ici, Noël ne ressemble pas à Noël. Les sapins sont de sortie, les chocolats aussi, mais il n’y a pas ce froid qui te fait rougir les joues, et te fait te cacher le nez dans ton écharpe. Un de ces soirs où les jours commencent à compter. Je rentre bientôt, un peu trop tôt peut être, je ne sais pas. Un de ces soirs où on imagine la tablée de Noël, et son repas festif. Ces embrassades et ces quelques mots murmurés à l’oreille. Leur dire que je les aime, que j’ai de la chance de les avoir, qu’on a de la chance de s’avoir. Un de ces soirs qui n’appelle que deux bras pour se blottir dedans. Où mon dos fait des siennes, un peu bloqué à cause du sport (quand je vous disais, que je ne faisais pas les choses à moitié). Un de ces soirs, où mon corps sent le chocolat (ou peut être le beurre de charité, je ne sais pas vraiment) où j’enfile un jean et un tee-shirt blanc, en mettant quelques barrettes dans mes cheveux. Un de ces soirs, où je file au restaurant et que ca fait un tout petit peu du bien quand même, et où la pizza et les fraises à la chantilly vont apporter un peu de réconfort. Un de ces soirs où tout est un peu compliqué. Compliqué de devoir finir d’écrire ce mémoire, et compliqué d’être un peu là bas et un peu ici, en même temps.

Un des ce soirs, un peu comme ca, pas tout à fait assez.