Les soirs d’été

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Il y a les rires, et les tintements des verres, on entend les couverts sur les assiettes et surtout ce brouhaha ambiant fait de toutes les discussions, de ces terrasses sur le bout du trottoir, des blabla des enfants, des « non » des parents, des bruits de scooter sur le boulevard, et des fois la cloche de l’église, les mouettes aussi on ne dirait pas comme ça à Paris, et le cri des hirondelles qui se chassent. On n’entend pas le coursier qui pédale pour aller livrer son plat fraichement commandé par des amoureux affalés sur un lit, par des amis devant un jeu vidéo, par une personne seule qui s’est laissée tenter. Il y a le bruit d’une radio, une porte de voiture laissée entrouverte le temps de sauter du taxi, de faire descendre maman et bébé, ou juste une fenêtre un peu trop ouverte, une radio un peu forte, la voiture à l’arrêt le temps de redémarrer car ça bouchonne des fois, les soirs d’été dans les petites rues où les pavés ne sont pas loin, où l’on entend les claquements des talons et les jupes voler.

They were kids that I once knew

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Tu crois qu’on se dira quoi dans dix ans quand on se croisera ? Tu crois qu’on se reconnaitra ? Une petite tête blonde accrochée à ta main, une petite tête blonde cachée entre tes jambes. Tu seras papa. Alors peut être que je te demanderai son prénom, et puis son âge, peut être que j’immiscerai un sourire. Les mains accrochées à la poussette, tu me regarderas. Qui nous aurait imaginé comme ça ? Qu’est ce qu’on aura grandit ! On se promettra de se donner des nouvelles, d’aller prendre un verre, histoire de savoir ce que l’autre est devenu. Tu l’auras trouvé ta moitié, celle que tu cherchais toutes ces années. Mais on ne se rappellera pas, parce que le passé est mieux où il est, parce que le passé fait mal quelque fois. Il ne faut pas trop le remuer, il risquerait de nous éclabousser. Ta petite tête blonde commencera à s’impatienter, tandis que je bercerai la mienne dans sa poussette. Tu n’apercevras que quelques cheveux, tu penseras qu’elle a les même yeux que sa mère, ses yeux si bleus dans lesquels tu te perdais, il y a si longtemps. Ta petite tête blonde commencera à tirer sur ton pantalon, c’est qu’on n’est pas très patient à cet âge. Et je te reconnaitrai en elle. Elle aura ce sourire espiègle et cette façon que tu avais de froncer les sourcils, et cette peau brillante, une peau dorée comme la tienne l’était après quelques secondes au soleil. Ce sourire qui me donnera la sensation de te voir à son âge. On se promettra de s’appeler, et peut être qu’on ira le boire ce café, enfin tu te rappelleras que je ne bois que du thé, et on finira par prendre une bière en terrasse. Les terrasses qu’on a arpenté étant jeune, lieu de notre premier rendez-vous, lieu d’un dimanche soir d’après fête. On essayera de mettre des mots sur dix ans de vie. Tu me raconteras Montréal, je te raconterai Haïti. Tu me raconteras ton travail, je te raconterai mes missions. On se parlera du passé, de cette ville qui nous a vu nous aimer, puis nous déchirer. Je me rappellerai de toutes ces larmes versées d’y avoir trop cru. Tu te rappelleras notre perpétuelle incompréhension. On se rappellera du beau, après longtemps avoir ressasser le laid. On se rappellera de nous un court instant, puis on se racontera nos têtes blondes. Leurs prénoms, leurs premiers pas, leurs premiers jours d’écoles. Je te parlerai de mes craintes du futur, de l’avenir. Tu auras ses mots rassurants qui m’ont tant manqué pendant un temps, comme tu les as toujours eu. Tu me parleras de tes rêves, de tes passions, de ces weekends à la mer, de ces randonnées à la montagne. On évoquera nos amis communs, c’est qu’ils se comptent sur les doigts de la main. On parlera voyage, la tête dans les nuages. Tu me parleras de toi, un tout petit peu comme toujours quand on est ensemble, j’aurai réussi encore une fois à te faire parler, doucement, sincèrement. On prendra des nouvelles et il sera temps de se séparer. Un dernier au revoir, un dernier sourire, un dernier souvenir.

NB : Titre venant de Stars – Dead Hearts (BO du film Like crazy)

On s’est dit Adieu sans rien se promettre, Au revoir est un vœu trop plein de peut-être.

Je te déposerai tes affaires sur la table. Ton tee-shirt bleu plié, ta montre, ton bracelet. Tu tournerai la cuillère dans ton café, me jetterai ce regard bref, essayerai de lire en moi. Il n’y aura rien à lire, ça sera la fin. Tu auras cessé de me manquer. Il sera temps de te dire au revoir, de te souhaiter une bonne route. Je te regarderai avec tendresse et affection. La tristesse aura laissé place au plaisir de t’avoir connu, d’avoir partagé ces quelques bouts de vie avec toi. Il y aura l’espoir aussi, l’espoir que nos routes se recroisent un jour. Mais je te souhaiterai tout le bonheur du monde, parce que ton sourire est un des plus beaux que je connaisse, parce que tes réflexions font de toi qui tu es. Tu pourras apercevoir au fond de mon regard, une pointe de nostalgie. Tu pourras y voir défiler tous mes souvenirs, tous nos moments. Tu y croiseras une pointe de regrets aussi, un gout amer pour ce jamais, qui a eu du mal a s’immiscer dans mon toujours.

NB : Titre venant de Volo – Montréal