Partir faire du volontariat, oui mais bien !

Le volontourisme

Le volontariat existe depuis longtemps, mais au début cela était géré par des associations, comme Peace Corps, qui s’occupaient en priorité de répondre aux besoins des pays en développement par l’envoi de volontaires formés et qualifiés pour de longue durée. Cependant ces dernières années, il s’est développé le volontourisme qui est le fait de permettre aux gens de faire du tourisme tout en venant en aide aux populations locales. En conséquence, le volontariat s’est monétarisé. C’est alors un phénomène largement décrié dans le milieu du développement international.

Faire du volontariat quand on voyage, NON !

  • Payer pour aider

Le volontourisme est décrié car il monétarise le développement international et le volontariat qui est à l’origine à but non lucratif. Des associations dites de volontariat recherchent alors des personnes pour partir dans les pays du sud pour aller donner un coup de main. Cependant, ces organisations font payer des personnes désireuses de partir, ces coûts varient selon les organismes, mais c’est quelque chose qui n’est pas cohérent avec le principe même du volontariat. Pour aider, on ne devrait pas avoir à payer. Ces entreprises commerciales reprennent le concept de l’humanitaire pour en faire un business. Peu de l’argent perçu par l’organisme sera alors reversé à l’établissement d’accueil. Ces organismes font donc de l’argent sur le dos des bons sentiments car les gens qui veulent partir sont en général pleins de bonnes intentions et sont dans une démarche fondamentalement bonne. Et puis en y réfléchissant, si l’on vous demande de payer pour faire du volontariat dans un orphelinat ou une école, ces organisations en encaissant votre argent ne profitent-elles pas de la situation de ces enfants pour faire du profit ? Ne font-elles pas du profit sur le dos de ces enfants ?

  • Et l’éthique alors ?

Cela pose aussi des problèmes éthiques. La misère, la pauvreté et les pays du sud deviennent alors des parcs d’attractions, et souvent les missions se font selon ce qui est vendeur, selon le souhait des volontaires, et ce qui marchera le plus auprès d’eux ; et non selon les besoins du pays d’accueil. Il existe des tas d’exemples de choses faites (murs, puits, etc) par des volontaires, non acceptés par la communauté locale, et reconstruits par la suite ou laissés à l’abandon.

De même, dans certains pays, cela installe la politique de l’assistanat qui veut qu’un gouvernement délègue ses responsabilités souvent en matière d’éducation ou de prise en charge de l’enfance à la société civile (aka le milieu associatif et le milieu de l’aide internationale) et n’y fait pas face car il sait que des ONG feront le travail à sa place via des envois de volontaires. Au Cambodge par exemple, des orphelinats sont montés de toute pièce pour accueillir des volontaires et alors recevoir de l’argent de l’entreprise et du gouvernement, alors qu’il n’y a pas le besoin de créer d’orphelinat. Des enfants sont donc dits orphelins alors qu’ils ont des parents vivants. 74% des enfants dans les orphelinats au Cambodge ne sont pas des orphelins, ce chiffre parle de lui-même, non ? ou encore 3/4 enfants dans les orphelinats au Cambodge ont un ou leur deux parents vivants, selon l’UNICEF.

En lien avec la politique d’assistanat, est l’impact sur l’économie locale. Ne vaudrait-il pas mieux engager un professeur localement et l’aider à améliorer son niveau de langue avec un partenariat avec les pays du nord anglophones par exemple ? De même, les volontaires qui viennent construire, ne serait-il pas mieux qu’ils laissent leur place à des travailleurs locaux qualifiés ?

  • Le blanc, ce sauveur

Cela pose aussi le problème des habitants des pays du nord venant en aide aux habitants des pays du sud, dans une optique de sauver le monde, de leur apprendre ce qu’ils ne savent pas, de leur montrer comment on fait, et comment on le fait mieux qu’eux, de leur inculquer des valeurs qui ne sont pas les leurs, et un mode de vie occidental qui n’est pas le leur. Souvent le volontaire peu préparé se trouve et se place dans le rôle du sauveur. Soigner un bobo à l’aide d’un pansement vous fait passer pour un médecin aux yeux de tous alors que vous n’en avez pas la compétence. Il y a cette idée de mieux faire. On parle alors de nouvelle forme de colonialisme ou alors d’une forme d’aide extrêmement condescendante.

  • L’humanitaire est un métier

D’autre part, cela entraine la déprofessionnalisation du secteur humanitaire. Pour aider il ne suffit pas de vouloir aider. Il faut aussi les qualifications et les capacités pour. L’humanitaire est un métier. On a souvent pour la plupart un bac +5 et des années d’expériences sur le terrain. C’est souvent soulevé lors des catastrophes naturelles où les gens veulent juste enfiler leurs baskets et aller donner un coup de main pour enlever les gravats – sauf que ces personnes sont une charge en plus à gérer pour les professionnels sur le terrain. Ils sont sous leur responsabilité et il faut les garder en sécurité, les nourrir, les abriter alors que ces professionnels ont bien souvent plus important à faire. On ne cesse de répéter que dans ce genre de situation, il est mieux d’apporter son aide depuis chez soi, par des dons d’argent mais aussi de matériels de première nécessité.

Envoyer des touristes sur le terrain sans qu’ils aient de compétences ni de qualifications, et sans connaissance du contexte socio-politique et géopolitique, décrédibilise souvent l’action des organisations internationales et les ONG. Souvent cela ne sert pas non plus la population. Tout comme cela ne sert pas aux enfants d’apprendre toutes les trois semaines l’alphabet, ou l’heure, ou la célèbre « head shoulder knees and toes ». Vous auriez aimé vous à l’école changer de professeur toutes les trois semaines ?

  • La pérennité

Un autre avis soulevé par les « humanitaires » est le fait que pour une action durable et efficace, il faut une action qui s’inscrive sur le long terme. Un volontariat de quelques semaines, voire quelques mois ne suffit pas. Certains parlent d’actions « cosmétiques » qui n’ont pas un réel impact sur la vie des populations locales mais qui existent pour faire venir les volontaires, cela rejoint le point sur le commerce de l’humanitaire. Il a été demandé aussi si le volontourisme ne serait pas un des maux de notre société, cette société qui veut tout faire et vite. Sauf que dans le développement, il faut du temps, et beaucoup de temps.

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Volontariat avec des enfants, NON NON et NON !

Il est important d’insister sur les missions de volontourisme avec des enfants, car ce sont la majorité des volontariats représentés. Qui ne connait pas quelqu’un qui est allé donner des cours de langue dans un pays en développement, ou faire de l’animation dans un orphelinat ?

C’est alors là que le volontourisme porte le plus préjudice.

Les enfants souvent sont des enfants en difficulté, venant de milieux difficiles ou pauvres avec une histoire souvent lourde. Avoir un volontaire auquel ils s’attachent pour quelques semaines, et qui repart, impacte négativement leur développement avec notamment des troubles émotionnels. Des études de l’UNICEF montrent le préjudice moral qui pèse ensuite sur ces enfants. Malheureusement aussi, quand cela touche aux enfants, on peut voir le pire comme le meilleur, je parlais de faux orphelinats créés, de structures non enregistrées qui encouragent la corruption, la traite d’enfants, mais il existe aussi tous les problèmes relatifs aux abus sexuels sur ces enfants. Aucun backup n’est fait sur les volontaires, on ne leur demande pas de preuves concernant leur casier judiciaire.

« Si tu étais un prof sans compétence chez toi en Angleterre ou en France, est-ce qu’on te laisserait débarquer dans une école et commencer à enseigner à une classe pendant deux semaines ? »

Je reviens aussi sur la problématique du volontariat en tant que professeur. Comme cité plus haut, souvent les volontaires s’engagent sur une courte durée, allant de quelques jours à quelques semaines, voire quelques mois. Il existe, il est vrai, un réel manque d’enseignants dans beaucoup de zones rurales de pays en développement (comme des pays développés) et notamment de langues étrangères (l’anglais devient nécessaire en Asie du Sud Est par exemple avec l’expansion du tourisme et l’ouverture des frontières souhaitée par l’ASEAN). Cependant, un volontaire qui vient trois semaines, et refait le programme déjà fait par un précédent volontaire, est-ce vraiment utile ? Il existe souvent peu de coordination entre les nouveaux arrivants et ceux qui partent. C’est aussi le risque que ces enfants aient un professeur d’anglais pour trois mois et après plus rien, jusqu’à la fin de l’année, chose que vous n’auriez pas toléré lors de vos études, ni vos parents et que vous ne tolérerez pas avec vos enfants. Alors pourquoi le tolérer dans les pays en développement ? sous prétexte qu’eux sont plus démunis que vous ? (et là, encore je ne m’étalerai pas sur la question qui est tout à fait relative, ces pays et leurs habitants regorgent de richesses que peu voient du fait qu’ils cherchent les richesses qu’ils connaissent).

De même, accepteriez-vous qu’un professeur non qualifié vienne enseigner à vos enfants ? Quelqu’un à qui on demande seulement un niveau B1 en anglais (niveau début de lycée) quand on sait qu’en France pour enseigner, il faut minimum un master ?

Le volontourisme, une démarche altruiste ou égoïste ?

« Faire du volontourisme, c’est une contradiction bizarre entre de l’égoïsme et de l’altruisme »

Certainement un peu des deux.

Une des premières critiques qui a été faite au volontourisme était les motivations des touristes. Tout d’abord concernant la destination mais aussi les activités à faire. Comme dit précédemment, les « tours opérateurs (aka organisations dites de volontariat) construisent les missions dites humanitaires sur les envies du volontaire et sur les destinations phares du moment – qui n’aimerait pas en profiter pour visiter Bali en même temps, ou les Bahamas, ou le Cambodge, et puis les Philippines c’est aussi drôlement joli – et non sur les besoins du terrain, de l’organisme d’accueil. Quand on parle avec de jeunes volontaires, on entend  beaucoup que c’est un devoir d’aider car ils sont plus chanceux, ils se sentent redevables d’avoir pu aller à l’école par exemple. J’ai déjà lu, « les enfants ont la chance de t’avoir » ou « c’est super pour les enfants ». L’idée est dérangeante. La question à se poser en premier est de savoir si une aide est vraiment demandée, et si oui quelle type d’aide et puis comment aider.

Le volontourisme s’est développé car il ne semble plus suffisant maintenant d’être un simple touriste. Avec la circulation de l’information et le développement d’internet, la misère, la pauvreté de ces populations pourtant lointaines sautent aux yeux et les gens, notamment les plus jeunes, veulent faire quelque chose. L’idée est très bonne, les intentions sont louables. Mais je crois qu’il est important de se concentrer sur ce quelque chose, pour que ce quelque chose ait le plus d’impact et soit le plus sain possible, pour soi-même et pour ceux à qui on veut venir en aide.

Cela reste une question ouverte et très complexe, et je trouve important de la poser là, pour ceux qui sont déjà partis mais aussi pour ceux qui souhaitent partir.

1c2a1edb3e58c35fddc3ccbd7c4e9e8bFaire du volontariat, non. S’engager, oui !

C’est peut-être moins glorifiant mais regardez à côté de chez vous, engagez-vous dans des associations qui vous tiennent à coeur, faites-y du volontariat régulièrement, votez, faites du lobbying, aidez dans les activités de plaidoyer, faites des dons à de « bonnes » ONG, faites du volontariat régulièrement chez vous.

Ne vous engagez pas pour trois jours, une semaine, un mois. Si vous voulez vraiment faire du volontariait, faites-le à long terme, et avec une association reconnue, une à qui vous faites des dons depuis longtemps, mais pas la première venue parce que tu comprends, faut que je fasse ma BA pour l’année 2016.

Il existe des systèmes de volontariat reconnus, comme le Volontariat de Solidarité Internationale (VSI), le Service Civique, le Service Civique Européen, les Congés de Solidarité, les Volontaires des Nations Unies, les Volontariat en Entreprise (VIE) ou en Administration (VIA), etc. Beaucoup d’ONG recherchent aussi des bénévoles pour aller rendre visite à des enfants à l’hôpital, pour aider avec les migrants, pour passer du temps avec des animaux, etc.

Avec toutes ces activités, vous avez plus de chance d’avoir un impact qu’en trois semaines sur le terrain, et surtout vous ne prenez pas le risque de faire plus de mal que de bien.

Et puis, si vraiment vous êtes un peu trop têtu, une des premières règles à suivre, c’est de ne pas payer. Rien du tout. Du moment où l’on vous le demande, alors vous tombez dans la machine commerciale du volontourisme.

Une autre des règles d’or est de ne tout simplement pas faire de volontariat avec les enfants. N’allez pas vous présenter dans toutes les écoles, orphelinats que vous rencontrez sur votre chemin pour toutes les raisons sus-mentionnées. Un enfant n’est pas un jouet ou une marionnette, une école ou un orphelinat n’est pas un musée. On ne vient pas visiter votre maison et vous demander si on peut donner un coup de main pour le ménage. Vous imaginez un tourisme japonais vous demander de garder vos enfants parce que, vous comprenez il faut que je me sente utile en plus de voyager ? Vous auriez accepté cette situation pour votre petit-e frère, soeur ?

« Pourquoi existe t-il cette conscience dans l’industrie du tourisme qu’il est acceptable de le faire dans un autre pays (alors que cela ne l’est pas dans le sien) ? »

Children-are-not-tourist-attraction-banner *Toutes les citations sont tirées du film, The Voluntourist de Chloé Sanguinetti 

Les phrases trop entendues quand tu vis à l’étranger


« Non mais toi, tu n’es pas très famille de toute façon »

C’est la phrase clichée que j’ai entendu pour la première fois au Cambodge et depuis, j’ai l’impression qu’on me la dit assez souvent. On me l’a dit plusieurs fois, on l’a aussi affirmé pour moi, ou alors on me l’a laissé deviner « Non mais moi, je suis très famille », est-ce que cela sous entend que je ne le suis pas ? Parce que je ne suis pas rentrée à Noël dernier ? Parce que je n’étais pas là pour l’anniversaire de ma maman ? Parce que je ne vois pas les bouts de chou grandir ? Parce qu’on se parle par écrans interposés? Je ne suis donc pas famille parce que je vis à plusieurs milliers de kilomètres ? Parce que ce n’est pas parce que je ne suis pas rentrée à Noël, que je ne vis pas à 10 min de chez mes parents que je ne les aime pas autant que ceux qui ne partent pas, que je ne tiens pas à eux autant? Et depuis quand de toute façon c’est devenu un concours d’aimer les gens ? Depuis quand je me dois de justifier que j’aime ma maman plus que tout au monde, et que mes neveux sont les prunelles de mes yeux ? Depuis quand je dois remporter ce concours d’amour encore plus que les autres parce que je suis à l’étranger ?

«  Et tes amis en France ? »

On ne me l’a jamais fait ressentir, je crois que mes ami(e)s comprennent et me soutiennent dans le choix de vie que j’ai fait. Certains se sont éloignés, d’autres oublient que je suis rentrée. Ils oublient de me mettre dans la boucle des emails, ils oublient de m’ajouter à une conversation groupée parce que même quand j’étais en France, j’étais loin. Et puis d’autres, viennent me voir, m’envoient des sms, des emails, prennent des rendez-vous skype. Je loupe leurs anniversaires, je loupe les fêtes surprise, j’envoie un whatsapp rempli de coeur, et je culpabilise. Je suis une mauvaise amie parce que je suis loin, parce qu’on a 5h de décalage, parce qu’on ne peut pas vraiment m’appeler instantanément quand quelque chose va mal. Je suis une mauvaise amie qui essaye de ne pas oublier les anniversaires mais se laisse piéger par le décalage horaire. Jamais ils ne me l’ont dit, je ne sais pas s’ils le pensent. Mais quand on me dit, « Je ne veux pas être loin de la région pour revenir aux anniversaires », je me dis mince, je ne suis jamais là, moi pour les anniversaires. Je fête les miens avec des étrangers, des gens avec qui peut-être dans 5 ans je n’aurai plus de contact, et je ne suis pas là pour ceux de mes amis.

« Mais t’es tout le temps en vacances ? »

C’est aussi un cliché sur ceux qui vivent à l’étranger. On est toujours en vacances parce qu’on part dans des destinations qui paraissent exotiques, vivre et en vacances. Parce que souvent il fait tout le temps beau. Il faut savoir qu’au Cambodge, il y a 26 jours fériés, j’ai pu y ajouter mes heures supplémentaires, et mes vacances comme tout salarié de droit francais. Je suis donc partie dans trois pays différents que celui dans lequel j’ai habité et j’ai aussi presque visité en long, en large et en travers le Cambodge. Cependant, oui j’ai des vacances mais non je ne suis pas tout le temps en vacances. Par contre, oui en général il fait beau et j’ai pu aller le midi manger au bord de la piscine, la plage n’est qu’à 4h et j’ai vécu en jupes et sandales toute l’année. Cela ne fait cependant pas de moi quelqu’un en vacances 365 jours par an. Je travaillais dans un bureau où je vois peu la lumière du jour, je travaillais plus que je n’ai eu de pause au bord de la piscine dans la journée (normal, me direz-vous).

« Ah mais tu dois être riche »

On rejoint le point précédent. Vivre à l’étranger a un coût et pour certains, cela signifie que si on peut se le permettre, on a de l’argent (encore plus, si c’est en famille, avec la scolarité des enfants, etc.) Evidemment aussi comme je voyage, je suis riche et puis je vais au restaurant trois fois par semaines, et puis je fais du Pilates et je me fais faire des chaussure sur mesure. Sauf que non, voyager ne veut pas dire être riche, voyager peut aussi vouloir dire économiser, mettre de côté pour un voyage et faire des choix sur d’autres choses. Déjà pour moi être riche est tout un concept, qu’est-ce qu’être riche ? Une personne n’est-elle pas plus facilement aisée que riche ? Et puis, on revient aussi au coût de la vie qui au Cambodge était, vraiment moindre que celui en France, et donc oui manger au restaurant deux fois par semaine ne coûte pas un bras, et faire des chaussures sur mesure en cuir ne coûte pas plus cher que la paire achetée à Zara ou les 40 000 tongs qu’on aura acheter en un an car abîmée avec la chaleur, la route, etc. Je pense que tout est relatif et que tout est une question de priorité. Il y a aussi la proximité, il est plus facile pour quelqu’un vivant aux Etats Unis, d’y faire des road trip, comme pour quelqu’un en Australie d’aller à Bali et pour quelqu’un vivant au Cambodge d’aller en Thaïlande « facilement ».

« J’espère que tu es entouré(e) »

Je l’ai souvent lu, et il y a eu cette discussion où on se demandait s’il était plus facile de se faire des amis dans une ville inconnu à l’autre bout du monde ou dans une ville inconnue en France. Je n’ai pas la réponse. Je n’étais pas seule là-bas, je ne suis pas seule quand je rentre en France. Mes amis sont éparpillés comme moi je suis éparpillée. Je rentre, je repars, je reviens. Je fais, je défais et je refais des valises. J’ai mes moments seules parce que je sais être seule avec moi-même, parce que je veux et j’ai besoin de ces moments, pour réfléchir, pour écrire, pour avoir le nez en l’air. Mais j’ai des soirées, des restaurants, des verres à aller boire, des séances cinéma à domicile, des brunchs, des massages à plusieurs ou seule, ce QG seule ou à plusieurs, je pars en vacances seule ou à plusieurs. On se fait des amis comme on se fait des amis en France. Cependant, je crois qu’effectivement l’expatriation, des fois, pousse à connaitre des gens qu’on aurait peut-être pas forcément côtoyer en France, à créer des liens plus vite aussi peut-être.

« Tu as l’électricité – internet – de l’eau potable ? » (rayée la mention inutile) / « Tu portes des sacs de riz ? »

Celle-là est spécifique pour les gens qui travaillent dans le développement international. Il y a une sacrée différence entre développement international et l’humanitaire (là où on pourrait croiser des gens qui portent des sacs de riz et encore !) et puis travailler dans le développement international ne veut pas forcément dire vivre en pleine brousse avec pas d’eau, ni d’électricité sous une moustiquaire à cause des milliers de moustiques et en compagnie des rats (même si cela peut arriver). Ne se laver qu’une fois par semaine et porter des petits enfants sur son dos. Ou encore être une hippie qui veut aider les autres. Je vous laisse regarder cette vidéo.

« Tu es payée ? »

Celle-là, je l’ai entendu pas mal de fois. Je pense qu’elle va avec le cliché typique du travailleur humanitaire qui porte des sacs de riz et dort dans une hutte en pleine brousse sans eau et électricité avec une barbe (pour les garçons de 10 mois). Mais oui, je suis payée, parce que le développement international/humanitaire est un champs/domaine de métier. Je ne suis pas « humanitaire » mais je peux être logisticienne, coordinatrice de projet, chef de mission, ingénieur, comptable, chargé de protection et j’en passe, et ce sont des métiers. Depuis quelques années, on parle de plus en plus de la professionnalisation de l’humanitaire, car il existe de plus en plus de diplômes, donc oui comme mes copains ingénieurs, j’ai un bac +5 (et je pourrais même être juriste ou passer le barreau si je le voulais) et donc oui je peux prétendre aux mêmes salaires que mes copains ingénieurs.

Et vous des questions qui vous agacent ? Ou des questions à poser ?

J’ai trouvé ma place (le développement international)

Je travaille dans le milieu du développement international ou de l’humanitaire, terme plus commun mais qui est faux. Il y a une vraie différence entre ces deux termes, ces deux domaines même si bien sur, ils relèvent tous les deux de la solidarité internationale*. C’est en lisant cet article que l’idée de l’article m’est venu. J’étais au Cambodge pour mon métier, tout comme je suis allée en Haïti pour la même raison, et Jérusalem aussi. Jérusalem a été le précurseur, je ne savais pas ce que c’était un pays en développement, la pauvreté qui vous tord les boyaux, cette même pauvreté qui vous révolte et vous donne envie de vous battre envers et contre tout. Jérusalem et ma première visite de ces populations palestiniennes oppressées en Cisjordanie, ont été ma révélation. Je ne m’étais pas trompée, j’avais fait mes études, pour ça, pour eux, pour que ces enfants aillent à l’école, que leur papa puisse aller travailler. Voilà pourquoi, les examens révisés au milieu de la nuit, les derniers sujets bouclés 5 min avant de le rendre, les nuits blanches, les « Non j’ai du travail », les « Je dois réviser », les « Oui mais seulement 5 min » , les « Oui mais seulement un verre ». Tout prenait sens, j’étais là où je devais être. Et puis Jérusalem, la Palestine, Israel s’est fini et a eu cet effet sur moi, de repartir révoltée, intriguée et frustrée.

Et puis il y a eu Haïti, choix conscient et pleinement assumé. Je voulais voir, connaitre ce pays sur lequel j’écrivais depuis deux ans. Naïvement, j’ai pensé que ce serait comme Jérusalem en un petit peu plus dur peut-être, Jérusalem ou le terrain devant chez moi ressemblait à un bidonville, où les enfants jouaient dans les conteneurs d’ordures, Jérusalem où des gens vivaient sans toit, sans eau, et ne savaient pas s’ils pourraient un jour se déplacer librement. Mais aussi Jérusalem et ses cafés, Jérusalem de Tel Aviv, Jérusalem d’Israel pays développé avec une ligne de trame, des autoroutes, des centres commerciaux. Je me suis trompée, et bien trompée. Haïti a été une réelle claque et encore une fois, une révélation, une consécration. Je ne m’étais pas trompée, j’étais bien à la bonne place, là où je devais être. J’ai mis du temps à m’en rendre compte, je me suis même demandé si Haïti n’était pas ma limite, si je ne la touchais pas du bout des doigts, si ce n’était pas trop. Mes trois premiers jours ont été vraiment dur, on m’aurait donné un billet d’avion pour repartir, je l’aurai aussitôt utilisé. Il y a eu cette arrivée de nuit et cette traversée de Port Prince, la chaleur pesante, le tonnerre qui grondait et les éclairs qui éclairaient la ville, les détritus, les sans abris, les bâtiments encore à terre, les gens dans la rue, la misère. Elle était là, bien réelle, elle l’est dans tous les pays où j’ai vécu.

Je suis tombée récemment sur un article qui se demandait si à force de vivre tout « ça », de voir des situations difficiles, on finissait par perdre notre compassion, on finissait par ne plus être touché par les histoires des gens, par des enfants qui mendient (et s’il vous plait, ne leur donnez rien même si ça vous brise le coeur. Donnez à un enfant dans la rue, c’est maintenir cet enfant dans la rue) et je me suis dit que le jour où cela m’arriverait alors, il serait temps pour moi de changer de métier. Il parait qu’on s’habitue à tout, je ne suis pas sure. Je me rappelle de ce petit garçon en pleine campagne cambodgienne qui m’a brisé le coeur, ou de ces dames en Haïti que j’aurai voulu aider à porter leurs bidons d’eau, et tout pleins de situations comme ça.

Je me rappelle exactement quand j’ai choisi que ça allait devenir mon métier. Je lisais un email d’un ami de la famille, déployé pour faire face au tsunami de Banda Ache en Indonésie. Il parlait de la dignité de la population, qui à genoux se relevait déjà et était entrain de reconstruire. En lisant cet email, j’ai su. J’ai su que je voulais aider les autres, et j’ai su comment je voulais le faire. Je savais déjà que je voulais aider les autres, on m’a souvent répété étant petite, que je serais avocate. J’étais toujours entrain d’argumenter, toujours entrain de défendre et toujours entrain de me révolter contre les injustices, aussi minimes soit elles. Je savais aussi que je voulais aider les enfants, me battre pour qu’ils gardent leur innocence le plus longtemps possible.

*J’y reviendrai dans un prochain article si cela vous intéresse. D’ailleurs, n’hésitez pas si vous avez des questions, des choses que vous voulez savoir. 

Les 17 objectifs du développement durable adoptés pour les 15 prochaines années,par les Nations Unies
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Pêle-mêle du Vietnam

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Il me dit que je suis belle parce que j’ai un long nez. Elle me demande si j’ai apprécié mon voyage dans son pays. Elle me propose toute sorte de fruit sortis de son sac pour que ce voyage de nuit se passe bien. Je parle anglais, espagnol et français. J’apprends à dire merci en vietnamien et je ne peux m’empêcher de dire « Oooh » et « Ahh » quand je lève la tête du trail dans les montagnes de Sapa. Je porte un sac à dos rouge et un tote bag bleu et blanc. J’ai froid dans les bus, et je met un pull à pois. J’attrape rapidement mon verre d’apéritif et monte sur le deck pour admirer le coucher de soleil sur la Baie d’Halong. Je souris de cette coïncidence de me retrouver avec trois californiens sur le bateau. Je souris de ce si joli garçon avec cet accent américain et ce sourire charmeur. Oh Californie, il y a toujours quelque chose qui me ramène à toi!

Je rigole à gorge déployée dans ce kayak que nous n’arrivons pas à naviguer pour finalement les arroser avec nos rames. Je rigole encore plus quand ils perdent une de leur rame au fond de la baie, et je répète « it’s pretty cool ». Je raconte ma vie au Cambodge devant des yeux étonnés, on me demande si je suis seule, si ma famille est venue avec moi, on me demande des conseils pour visiter et il dit qu’il m’enverra un email quand il sera là. Je mange des nouilles, des Oreos et un délicieux Cao Lau. Je me demande ce que signifie Halong Bay et Hanoi, mais aussi Hoi An, sachant que tout ça, c’est l’histoire d’un dragon. J’apprends que les vietnamiens vont au temple et à la pagode, ils ne prient donc pas les mêmes personnes à chaque fois. Je me prends des trombes d’eau sur la tête à Ho Chi Minh avant de prendre l’avion pour le nord, qui connaîtra quelques turbulences. Je me retrouve dans cette auberge tantôt avec deux garçons, tantôt avec une jeune fille, que je réveille à prendre une douche, ranger mes affaires et qui se vengera en me réveillant aux aurores le lendemain. Je rencontre ce japonais qui me prend en photo pour montrer à ses copains combien je suis belle. Il veut mon Facebook mais je refuse. J’écoute en boucle ça et ça. Mais je peste sur mon téléphone incapable de tenir la batterie.

Je pars avec la boule au ventre de cette peur de voyager seule pour revenir plus qu’enchantée et très en forme comme me le font remarquer mes collègues. Je reviens bronzée avec des coups de soleil sur les épaules, le nez et les cheveux emmêlés. Je me baigne dans la Baie d’Halong et tombe sur les fesses dans les rizières de Sapa. Je dis au moins 20 fois comment je m’appelle, quel âge j’ai, d’où je viens, et où je vais. J’apprends que mes compagnons viennent des Etats Unis, de Brunei, de Singapour, du Vietnam, d’Allemagne, de Nouvelle Zélande, d’Espagne, du Canada, d’Israel, d’Irlande, de Suisse, de Norvège. Je bois un mojito passion et de l’alcool de riz vietnamien. Je croise des buffles et des singes. Il y a une centaine de nuance de verts dans les rizières et une grande rivière qui coule en contre bas. Je demande au moins 5 fois à mon guide quand est-ce qu’on va se baigner pour ma deuxième journée dans la Baie d’Halong pour toujours recevoir une réponse négative.

Je serre des mains, je serre dans les bras, je ne dors que 5h par nuit, j’éteins mon réveil à la vitesse éclaire. Je lis dès que je peux, ce roman sur Haiti qui bouge, ce roman sur la recherche de soi sur le Pacific Crest Trail. J’envoie des photos et je me connecte en wifi pour dire que tout va bien. Je marche beaucoup dans les tumultes de ces villes asiatiques, je traverse des routes tant bien que mal, le Cambodge m’aura beaucoup appris. Je photographie des scènes de vies quotidiennes et je fais le plein d’architectures. Je fais des constats, c’est plus vert ici, il y a plus de parcs, ils mélangent l’ancien et le moderne. Je me pose au Starbucks – terrain connu en terre hostile. Je booke des auberges et des fois j’arpente des rues en recherche d’une. Je note consciencieusement mon budget et je souris aux voyageurs solitaires que je croise. Je monte des marches et je m’exclame face à la vue sur Tam Coc et sur la Baie d’Halong. On échange des noms et des prénoms pour s’échanger plus tard des photos, ou essayer de se revoir. Je prends des bus de nuit dans lesquels je dors comme un bébé.

Baie d'halons - Vietnam

Je perds mon peigne et je regarde au moins dix mille fois si j’ai bien mon passeport, mon téléphone, mon appareil photo et mon porte monnaie. Je convertis en dông, en dollars et en euros. Je fais un itinéraire pour finalement en changer et y revenir. J’oublie les jours et je ne sais jamais l’heure qu’il est. J’ai les ongles sales de la terre dans laquelle je suis tombée, et les cheveux humides de l’eau dans laquelle je me suis baignée. Je suis tantôt en sandales, tantôt en basket; souvent en short et peu en jupes. Je vois Ho Chi Minh, Hanoi, Tam Coc, Sapa, la Baie d’Halong et Hoi An. Je prends des bus, des taxis, des motos, des avions. Je prends trois livres et un carnet, j’en lis un et demi, j’écris deux pages. Je montre comment on met sa ceinture, et je fais des sourires à des bébés aux yeux étonnés de ma peau si blanche et de mes yeux si bleus. J’apprends des bouts de japonais dont je ne me souviens plus, et je joue aux cartes. On nous dit que nous les filles, on gagne facilement car on a plus de réflexes. J’apprends ce jeu où je dois flipper mon verre, et je me rappelle des règles pour un autre, réminiscence de soirées étudiantes.

Je prends des douches froides, chaudes et tièdes. Je me perds pour me retrouver et me reperdre. Je lis une carte et la tourne dans tous les sens. Au croisement des rues, on se sourit avec ceux qui suivent le même itinéraire du même guide ou qui regarde aussi leurs cartes. Je marche 12 kilomètres, je glisse dans la boue. Une toute jeune fille et une vieille dame m’aident avec leurs costumes traditionnels sur le dos. Je dors chez l’habitant, et des enfants courent au loin tout nus. Je laisse tomber le maquillage et les bijoux. J’ apprends les trois animaux sacrés du Vietnam (la tortue, le dragon et je ne sais déjà plus) et qu’on fait presque tous les mêmes arrêts dans des sens différents, dans des sens qui feront qu’on se dira au revoir ce soir, ou demain matin sans peut être jamais se revoir. Je dis que j’ai aimé Sapa pour ces paysages et Halong Bay pour les gens avec qui j’étais. Je dis que je préfère Saigon à Hanoi, que Hanoi c’est busy et Saigon lumineux. Je reçois un email de ce garçon que j’ai croisé et j’ajoute cet autre sur un réseau social.

Je rentre à la maison, parce que c’est comme ça que j’appelle le Cambodge maintenant, en ne voulant qu’une chose, déjà repartir. Je finis dans une chambre seule et me lève vraiment tôt pour aller prendre l’avion dans lequel je m’endors à peine assise, je me réveille juste pour le décollage, moment privilégié et préféré. Je parle de ces pays que je connais et des langues que je sais parler. Je dis à quel point j’ai aimé Bali et je conseille de se perdre dans la campagne cambodgienne. On me dit à quel point c’est beau l’Australie. Je mange des cookies vietnamiens et je retrouve les mêmes fruits qu’au Cambodge. Je m’étonne de la similarité des deux pays de chaque coté de la frontière pour m’étonner de leurs différences une fois en ville. On parle des études qu’on veut faire ou qu’on a fait, et de ce qu’on prévoit pour l’après quand nos vies ne seront plus en pause, plus en voyage. On fait l’apologie du voyage seule avec cette jeune fille blonde aux cheveux bouclés, on se dit que cela nous ouvre aux autres, cela nous bouscule. On rigole des coïncidences d’avoir le même itinéraire de voyage.

Ho Chi Minh - Vietnam

(Je suis donc de retour, avec un nouveau design. Il y a aura encore quelques modifications dans les semaines à venir, et n’hésitez pas à me dire si jamais quelque chose ne fonctionne pas, comme mon menu sur téléphone, mais ça arrive)

Repartir.

Je fais la fière mais je vous avouerai que j’ai un peu peur. Car ce n’est jamais facile de recommencer à zéro une nouvelle fois, et d’avoir l’impression de le faire pas mal de fois dans sa (courte) vie. Recommencer une nouvelle fois à la fin des études, recommencer une nouvelle fois dans une nouvelle ville, un nouveau pays, sur un nouveau continent. Ce n’est jamais facile et on a peur. Peur de ne pas trouver ses repères, de ne pas trouver nos marques. Peur d’être seule, peur de l’ennui, de la solitude. Peur de n’avoir que pour me réconforter ma peluche fétiche. Peur de la distance et de la vie qui continue sans nous en France. Peur des premiers jours d’adaptation. Mais c’est aussi beaucoup d’excitation. C’est la découverte d’un nouveau pays, d’une nouvelle langue, d’un nouveau continent. C’est pour le coup, être vraiment à l’autre bout du monde. Ce sont des heures interminables (c’est le cas de le dire) en avion et un mode de vie complètement diffèrent, diffèrent du notre et de ceux qu’on a pu toucher du bout des doigts avant. C’est le premier pas dans la cour des grands. Un vrai travail comme on en rêvait, un travail dans le domaine qu’on voulait. C’est une confiance qu’on nous donne, une confiance qu’on a gagnée. C’est ne plus être une étudiante, c’est sortir de notre zone de confort, c’est sortir du cocon qu’on s’est crée. C’est dépasser les limites en y laissant quelques larmes, en émettant quelques doutes. C’est se lancer, avec appréhension et excitation. C’est se lancer pour une nouvelle vie. Se lancer dans quelque chose que l’on ne connaît pas vraiment. C’est sourire à l’inconnu et se dire que l’inconnu ne le sera plus tant que ça dans quelques mois. C’est entendre déjà tout le monde me parler de vacances, de venir me voir. Ce sont ces amis qui sont vraiment heureux pour nous. Parce que la persévérance a payé, parce que seulement 5 mois après le diplôme, on va encore s’envoler à un autre endroit de la planète, faire ce pourquoi on a arpenté les bancs de l’école, faire ce que l’on aime. Ce sont aussi ces visages d’amis, de la famille un peu inquiets, un peu tristes parce que c’est un peu loin quand même, parce que les vies vont continuer sur un faisceau horaire diffèrent, parce que les évènements vont s’enchainer sans qu’on puisse être là pour célébrer, sans qu’on puisse pleurer, aimer, rire avec eux. Ce sont les sms remplis de je ne veux pas que tu partes, les larmes des plus petits qui ont peur parce qu’un an ou deux, ça parait long, très long. C’est consoler, rassurer. Se rassurer soi-même aussi, se consoler. Ce sont les larmes des au revoir, ce sont les yeux humides de l’aéroport. Mais c’est aussi dans un regard, se promettre qu’on se souviendra, qu’on sera toujours là. Parce que le monde est petit, parce que le monde est à portée de main, à portée d’un voyage, d’un email, d’un skype, d’un whatsapp, de facebook, de twitter, et de tous ces réseaux sociaux et moyens de communications qui nous permettent d’être proche en étant si loin.

Il y a des avions qui décollent pour ici, là-bas, ailleurs. Et il y a quelques jours, il y avait cet avion qui décollait avec moi à son bord, pour quelques temps, quelques mois, pour une année ou un peu plus. Dans ce pays, sur ce continent que je ne connais pas (encore).
L’Asie, le Cambodge plus précisement.

Bientôt mes premières impressions, en attendant bons baisers de Phnom Penh !

De l’autre côté de l’atlantique [Part I]

Malibu

Ca fait quelques temps déjà que je veux vous parler de cette année passée aux Etats Unis, mais je ne savais pas trop comment, et j’avais peur que ce soit un peu trop long et de ne pas savoir comment organiser mes souvenirs, et puis il y eu cet article de Proserpinne, et celui là un peu plus ancien de Jasmine, et je me suis dit que peut être, je pouvais essayer de mettre de l’ordre dans tout ça (vous m’excuserez si c’est pas tout à fait ça)(et puis je devais bien le faire, parce que déjà que j’arrive pas à trier les photos et à faire des albums)

C’est une année passée à l’étranger, à 9000 km de chez moi, de l’autre côté de l’atlantique, là bas où le soleil brille toute l’année, où quand on en entend parler, on pense palmiers, sable blanc, surfs et stars de cinéma. C’est bien de la Californie dont je veux vous parler (et pourtant ce n’était pas mon premier choix, je voulais le Mississipi, pour le campus, pour les cours) (donc vous devinerez que j’y suis partie en programme d’échange universitaire). A deux heures de Los Angeles, un peu moins peut-être, en tout cas tout proche de Santa Monica, 4h de Vegas et de San Francisco. Pas dans une grande ville non, pas dans une université comme UCLA, mais si je devais changer quelque chose, je ne changerai rien. Cette année ne fut pas parfaite car même à l’autre bout du monde il y a des hauts et des bas, et on pourrait même en imaginer encore plus, car on ajoute aux bobos quotidiens, et autres histoires, la distance avec les amis, et la famille, les évènements que l’on manque (mariage, divorce, naissance, anniversaires, diplômes) mais aussi le temps qui passe, les vies qui avancent sans nous. La distance, ce n’est pas franchement facile. Je crois que c’est l’une des premières questions que je me suis posée avant de partir, mais est ce que les enfants de la famille vont penser à moi quand je serais loin, est ce qu’ils vont me reconnaître quand je reviendrai, mais comment je ferais sans vous, sans ma maman en cas de petit bobos de corps et d’âme, et comment on fera pour se donner des nouvelles, mais je vais louper des trucs, mais vous allez plus m’aimer pareil. Et puis ma famille et mes amis m’ont rassuré. Ils ont été présent jusqu’au dernier moment, jusqu’aux lignes de sécurité, jusqu’aux dernières larmes et aux revoirs avant de disparaître dans la foule des voyageurs de Roissy, jusqu’aux derniers textos envoyer dans la salle d’embarquement pleins de je t’aime, je ne vous oublierai pas, de on se parle bientôt. Et 9h plus tard, j’atterrissais à San Francisco. Bientôt 4 ans et pourtant c’est comme si c’était hier et des fois, c’est comme si ça faisait 10ans.

San Francisco / Golden Gate

Septembre à juillet. Deux journées de cours la plupart du temps, des fois trois, et surtout pas mal de travail personnel (et des QCM). Les manuels scolaires qui coûtent super méga hyper cher. Mais aussi un système scolaire auquel on doit s’adapter. Et des fois, bien s’en sortir, même mieux que certains étudiants américains parce qu’on nous a appris à rédiger et qu’on fait un peu plus attention. Et parce que le par cœur ça nous connaît. Mais c’est aussi des fois avoir un dictionnaire en classe et réviser jusqu’à pas d’heure parce que pas de traitement de faveur, et qu’on veut bien faire. Et ce qui était bien, c’est que la BU fermait à minuit et après les salles de classe et les couloirs restaient ouverts alors, des fois entre copines (ou toute seule), on restait tard voir très tard pour cet exam qui nous faisait un peu peur. Je ne compte pas aussi le nombre de soirée qu’on a pu faire. Des soirées alcoolisées ou non, de celles où on croit que E.T s’est réincarné en bouche à incendie, ou de celles à discuter des heures en terrasse (parce que la Californie c’est un peu la classe pour ça aussi, il fait chaud toute l’année). Les évènements à l’américaine : un mariage, Thanksgiving qui je crois reste ma fête préférée (si je ne le fête pas tous les ans depuis, c’est un vrai petit drame pour moi), le Homecoming, le Superbowl, les playoff de basket et toutes ces fêtes que nous connaissons qui prennent une toute autre dimension : Noël et ses chants dans tous les magasins, sur toute la radio dès le 2 novembre, la St Valentin et des cartes pour tout le monde, de maman à papa, aux frères et sœurs, aux professeurs, aux voisins et même au chien, au chat et à la tortue (poisson rouge et tout ce que vous voulez). Et Halloween, avec les costumes et le Trick or Treat et même que nos potes se fichaient de nous, mais pour nous on est jamais trop grands pour aller frapper aux portes et c’était drôle, si vous saviez comment et ces maisons parfaitement décorés pour l’occasion. Mais Halloween, c’est aussi une fête sur le campus, être au mauvais endroit au mauvais moment, et le mauvais côté de la Californie et des Etats Unis qui ressort. Il y a eu tellement en un an que c’est dur de raconter, c’est dur comme quand on demande une fois rentrée, alors c’était comment. Comment vous résumerez un an de votre vie vous ? Comment résumez ces liens si forts qu’on a crée avec des gens venus des quatre coins du monde, qu’on est pas sur de revoir un jour et on ne sait même pas où. Ces gens en un an sont devenus une famille, des gens qui vivaient pour la plupart la même chose que moi. Ces gens à qui on s’attache vite et très fort parce qu’on sait qu’on a pas vraiment le temps de se poser trois mille questions, alors si on le sent, on fait confiance et on s’aime fort fort fort.

Los Angeles

C’est vivre à 300 à l’heure, se laisser guider par la folie, l’envie, la spontanéité et l’aventure.

C’est dur de résumer la vie sur un campus américain, alors oui tous les clichés sont vrais et en même temps pas tant que ça. Non tous les américains ne sont pas obèses, oui la plupart des étudiants travaillent en plus de leurs études, et non les basketteurs et cheerleaders ne sont pas super populaires, et oui il y a bien des fraternités et sororités. Et j’ai envie de revenir au gym parce que franchement c’est un peu trop cool de pouvoir y aller de nuit comme de jour pour courir, jouer au basketball entre amis (ce qui m’a valu une belle entorse, basketteuse professionnelle je passe mon tour), ou au badminton, et puis même qu’on peut faire de l’escalade, prendre des courses de danse et avoir un coach particulier (non mais je vous dit, le gym = le rêve = comment je n’ai pas pris de poids). C’est qui était plus ou moins cool par moment aussi c’etait de partager sa chambre de 20m2 avec quelqu’un et la salle de bain avec les filles de l’étage (mais elles étaient cool et propres), et de devoir aller au self. Ce qui était cool aussi, c’est que les gens ne font pas particulièrement attention à comment ils s’habillent alors va pour le pyjama pour aller faire les courses ou prendre le petit déjeuner, mais pour nous autres européens, ça paraît inconcevable (et je fais partie de ce lot, non je ne descendrais pas à la cafeteria en pyjama à carreaux) alors on avait des compliments sur notre tenue (et franchement faut avouer que c’est plutôt cool pour l’ego). Je pourrais aussi vous dire comment les prix changent entre les Etats Unis et la France (comme Starbucks ou une paire de Converse et que ça choque un peu quand on rentre) Et il y a eu des matchs de basket, de football, de volley aussi, et toujours des pompom girls et l’hymne américain à chaque fois.

Yosemite

Je pourrais encore vous dire pleins de choses comme le patriotisme américain (et surtout en classe de relations internationales), ou le fait qu’on reconnaissait les français à leurs chaussures, les français portent des espadrilles (et ils râlent aussi, beaucoup, trop),ou encore que c’est un peu déconcertant la première fois où on te demande comment tu vas à la caisse, et quand on te demande si à 20 ans, tu cherches déjà ton mari (parce que tu es un peu en retard tu comprends) Je ne sais pas trop si je vous raconte vraiment mon année mais quatre ans après, et puis un an à raconter, c’est beaucoup et cet article est déjà beaucoup trop long. (demain, ou lundi, je vous parle de voyage pendant cette année)

Malibu

Ps: Toutes les photos m’appartiennent ou aux copines (Merci les copines)(dans l’ordre : Venice Beach, San Francisco, Los Angeles, Yosemite et Malibu), prière de ne pas les utiliser sans mon autorisation.

Mesi Anpil Ayiti chérie

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C’est avec le cœur lourd que je te quitte. Je ne savais pas, je ne pensais pas. Haïti, tu m’as ému, tu m‘as touché. Tu m’as frustré aussi, tu m’as révolté. J’ai pris une claque face à l’élégance de ta population. Ces enfants en uniformes à la sortie de l’école, ces femmes dans la rue et ses hommes en costume partant au travail. J’ai pris une claque face à la gentillesse de ta population, face à ses sourires et à ses timouns rieurs. Je n’ai jamais cessé d’être surprise de tes habitants, de leur force, de leur espoir. J’ai aussi été en colère, en colère contre l’état de ton pays pourtant si beau, contre ces gens qui se sont résignés, contre ceux qui disent avancer d’un pas pour reculer de deux, contre ceux qui disent être habitués. J’ai aussi souvent voulu sauter de la voiture, aller aider ce monsieur à pousser sa brouette, ces enfants à porter ces bidons d’eau. J’ai voulu sauter de la voiture pour sortir ces gens des détritus, pour leur dire de ne pas boire cette eau contaminée. Mais aussi pour tous ces enfants qui mendiaient. Mais j’ai aussi voulu jouer au foot avec eux et m’asseoir sur les marches de la Place Boyer, et discuter avec ses marchandes sur le bord de la route. Discuter avec ses filles pour leur dire que vendre leur corps n’est pas la solution. Je me suis sentie impuissante des fois, toute petite aussi. Bien trop petite pour ce si grand monde qui est le tien, pour cette si grande dignité. J’ai pris conscience, pris conscience d’un tas de choses, du nombre de litre d’eau que je consomme, que si internet est lent, ce n’est pas bien grave et que se doucher à l’eau  froide ce n’est pas la fin du monde, comme cohabiter avec toutes sortes d’animaux. J’ai aussi appris, beaucoup. Sur moi, sur toi, sur tes habitants. J’ai appris sur eux, sur leur gentillesse, et leur fatigue, mais aussi leur colère et leur tristesse. J’ai aussi rencontré des gens avec la main sur le cœur, travailler avec eux. Leurs compliments, leurs sourires, leurs encouragements vont me manquer. Et ces bruits de klaxonne dans la rue aussi. Et ces haïtiens qui mettent une doudoune à la moindre goutte de pluie aussi.

Oui, j’ai un peu hâte de rentrer, retrouver ma famille, mes amis, Paris, le Sud. Mais j’ai peur aussi, peur de ne pas m’adapter. Peur du froid, peur d’être devenue intolérante. Intolérante à la vie quotidienne, à leurs problèmes. Devenue intolérante à leurs petits bobos, à leur coupure de chauffage ou d’eau, parce que qu’il y a des gens à l’autre bout du monde (et même au coin de notre rue), qui vivent sans, qui survivent. Peur d’être devenue intolérante à ce qu’on prend pour acquis, aux futilités, à la fatalité aussi.

Mesi anpil Ayiti chérie, pour tes sourires, pour ton accueil, pour ses rencontres. Pour cette claque que j’ai prise, et pour cette envie que j’ai, déjà, de revenir. Ce n’est pas un au revoir, mais A bientôt !

Lecteur, quand tu liras ceci, je serais soit en route pour l’aéroport, ou déja dans l’avion, ou peut-être même en France. Je te laisse avec cette vidéo, une chanson qui m’a toujours apaisée, avec de sublimes images de ce si beau pays, et de belles paroles. 

Un de ces soirs

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Où la nuit se fait un peu plus profonde, un peu plus noire, où les draps ne suffisent plus à remplacer la couette. La pluie s’est remise à tomber alors qu’elle s’était faite absente depuis quelques semaines. C’est un de ces soirs où on se dit que ça aurait fait un an, et que ca aurait peut-être bien pu marcher. Un des ces soirs, où l’hiver n’est pas tout à fait là (et ne le sera jamais vraiment), mais où il fait bon d’enfiler un gilet quand même. La petite brise va rappeler le bord de mer de l’océan atlantique dans cette maison aux volets verts qui a abrité mon enfance. Un de ces soirs, où je pourrais envoyer des emails à des gens à qui je devrais (ou pas) en envoyer, où le décalage horaire dérange un peu trop, et que la distance est un peu lourde à porter. Ce sont ces mélodies au piano qui résonnent, et cette bougie que j’aimerais allumer. Ce chocolat chaud et ces quelques marshmallows m’attendraient avec un plaid. Un de ces soirs, où il me manque un peu trop et où Noël paraît loin, loin parce qu’ici, Noël ne ressemble pas à Noël. Les sapins sont de sortie, les chocolats aussi, mais il n’y a pas ce froid qui te fait rougir les joues, et te fait te cacher le nez dans ton écharpe. Un de ces soirs où les jours commencent à compter. Je rentre bientôt, un peu trop tôt peut être, je ne sais pas. Un de ces soirs où on imagine la tablée de Noël, et son repas festif. Ces embrassades et ces quelques mots murmurés à l’oreille. Leur dire que je les aime, que j’ai de la chance de les avoir, qu’on a de la chance de s’avoir. Un de ces soirs qui n’appelle que deux bras pour se blottir dedans. Où mon dos fait des siennes, un peu bloqué à cause du sport (quand je vous disais, que je ne faisais pas les choses à moitié). Un de ces soirs, où mon corps sent le chocolat (ou peut être le beurre de charité, je ne sais pas vraiment) où j’enfile un jean et un tee-shirt blanc, en mettant quelques barrettes dans mes cheveux. Un de ces soirs, où je file au restaurant et que ca fait un tout petit peu du bien quand même, et où la pizza et les fraises à la chantilly vont apporter un peu de réconfort. Un de ces soirs où tout est un peu compliqué. Compliqué de devoir finir d’écrire ce mémoire, et compliqué d’être un peu là bas et un peu ici, en même temps.

Un des ce soirs, un peu comme ca, pas tout à fait assez.

C’était une belle journée.

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Ce coup de fil qu’on aurait ne pas voulu recevoir. Cette conversation Skype qu’on aurait aimé ne pas avoir. C’est qu’on aura tous traversé la planète. Certains viennent du bout du monde, d’autres de juste à coté. On a sauté dans un avion, pris une robe, deux tee-shirts, la brosse à dents. On ne s’est posé aucune question. Pour se retrouver à l’aéroport, les yeux rougis, on dira que c’est la fatigue. Mais on sait, on sait qu’on a passé la nuit à pleurer. Maintenant, il va falloir affronter, se montrer fort. Certains sont en costume. Alors que pour d’autres c’est jean-basket. Si tu le voyais, il est si élégant avec sa veste noire sur sa chemise à carreaux. Et elle avec sa robe noire, qu’elle a pris soin de ne pas froisser dans sa valise. Certaines ont mis du blush et d’autres se sont arrangées les cheveux. Ses yeux verts anis sont remplis d’eau, qui risque à tout moment de déborder, alors qu’elle baisse ses yeux bleus azur, comme une enfant. Le flot des larmes est discontinu. C’est par moment. Comme un coup de vent, pour nous rappeler que tu n’es plus. On est tous là, il ne manque personne. Et on ne sait pas quoi se dire. Les mots semblent dérisoires. Mais on esquisse un sourire, entre deux larmes. On se prend dans les bras. La pudeur de certains contre les larmes des autres. Les mains qui se lient, il faut s’avancer, se préparer à clore la pièce. Qu’elle était belle, on n’était juste pas préparer à jouer ce dernier acte. Certains parlent, alors que d’autres silencieux, essayent de coucher quelques mots sur le papier, pour te dire leurs derniers mots. On essaye de se parler, de se souvenir. Se souvenir de ton rire, et de tes blagues alors soudain un éclat de rire, une anecdote dont on se rappelle tous. On ne pense plus au pourquoi ni au comment. On repart quelques années en arrière, dans la cuisine de ton appartement lors d’une soirée alcoolisée. On repart sur la plage, notre première sortie de groupe. On repart un tout petit peu mais la réalité nous rappelle. Il faut prendre place, se tenir serrer sur un banc. Réconforter ceux pour qui les larmes ne peuvent s’arrêter de couler. Il a fallu se lever, aller dire quelques mots sur toi, comme si tu étais encore là. Quelques mots seulement, pas un de plus pour te garder encore un peu. Le passé qu’il va maintenant falloir utiliser. On s’est alors retrouvé en file indienne, à jeter de la terre sur nos souvenirs. Il n’a pas pu le supporter, son corps a collapsé. Il a fallu le prendre par les épaules, le bercer comme un enfant. Il m’a dit, il m’a dit que tu lui manquais.  Il a fallu clore cet acte, clore cette pièce mais pas avant d’avoir retrouvé nos vingt ans, pas avant. Il fallait partir, il fallait aller voir la mer. D’un hochement de tête, on a sauté dans la voiture. Ce n’était pas raisonnable mais qu’est ce qui est raisonnable dans ces moments.  Les cheveux aux vents on s’est rappelé. On s’est rappelé l’Amérique, on s’est rappelé nos promesses. Le vent qui frappait les larmes, qui séchait les yeux humides.  Ma robe a volé, alors j’ai ri. Ri comme tu l’aurais fait. Et je les ai emmené au café du coin, tu sais ce café. Les rayons de soleil ont caressé les vitres, laissant apparaître des ombres sur la table. Elle a laissé pousser ses cheveux, ils vont se marier, il vient d’avoir son diplome. Et on s’est reparlé, comme hier. Comme il y a trois ans. Ils ne sont plus là nos vingt ans, tu n’es plus là. C’était une belle journée.

Titre emprunté à Miss Blemish